Le temps supplémentaire, une bombe financière à retardement dans la fonction publique?


18 mai 2012  |  Mis en ligne à 11h46  |  Modifié à 14h28  |  Jérôme Côté
Le Journal de Montréal rapportait mardi que certains employés d’Hydro-Québec avaient plus que doublé leur salaire en temps supplémentaire.
 
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Il est le cofondateur de 37-2, une boîte conseil en rémunération, performance et gouvernance.
 

Selon l’article, «un technicien a même empoché 90 160 $ en heures supplémentaires, en 2011, soit plus que son salaire de base de 77 360 $. Si l’on additionne les primes auxquelles il a eu droit, cet employé a eu un revenu de 204 676,33 $, en 2011».

L’angle habituel de ce type de nouvelle est de susciter l’indignation à l’effet que des employés de métier dans une entreprise publique ou parapublique puissent faire le salaire d’un vice-président oeuvrant dans le privé.

De mon côté, je me dis que l’employé les a sûrement travaillées ces heures-là et que c’est le patron qui lui a demandé de les faire. Donc, tant mieux pour lui!

On semble dire d’ailleurs que ce sont des cas exceptionnels et que le travail était lié à des situations d’urgence.

Ce qui m’embête comme payeur de taxes, ce ne sont pas ces cas exceptionnels, bien qu’ils soulèvent certains enjeux de qualité du travail effectué ainsi que de santé et de sécurité pour le pauvre gars qui en est à sa 16eme heures sur la job.

C’est plutôt l’attente qu’ont ces employés que le temps supplémentaire est normal et qu’ils vont tous se chercher un 15 – 20 000 dollars de plus annuellement car le temps supplémentaire est effectué à taux et demi et souvent à taux double.

La question est la suivante : à quel point le travail en temps supplémentaire est seulement effectué dans des cas d’urgence non planifiés?

Selon mon expérience, le recours abusif au temps supplémentaire est lié à des problématiques plus profondes.

Il peut, par exemple, être fondé sur un manque de compétences des employés. Une tâche qui prend une heure pour quelqu’un de compétent peut peut-être en prendre deux ou trois pour la personne n’ayant pas tout le bagage voulu. Ces heures doivent souvent se faire en temps supplémentaire.

L’employeur a économisé sur les coûts de formation, mais il le paie, parfois plus, en temps supplémentaire. Et comme la gestion du rendement dans ces environnements est presque inexistante, on tolère cette incompétence et on continue de payer.

Il y a quelque chose de pernicieux dans le temps supplémentaire car en général, c’est un win-win pour l’employé et le gestionnaire.

L’employé arrondie ses fins de mois pour se payer le nouveau iPad et le gestionnaire, rarement imputable des coûts de main-d’œuvre dans le grand appareil public, s’assure que la job se fait sans se faire questionner sur sa capacité à bien planifier au départ ce qu’il y a à faire.

Ce qui devrait être un mécanisme de dernier recours pour procurer une flexibilité dans l’organisation du travail est ni plus ni moins qu’un système de reconnaissance indirecte qui passe sous le radar, mais qui vient gonfler la facture pour nous tous.

Ça va être très intéressant de suivre, dans les années à venir, l’impact des coupures de postes dans les ministères et organismes publics.

Mon petit doigt me dit qu’on va effectivement couper des postes, mais que la facture à la fin sera sensiblement la même car on va juste demander aux personnes restantes d’en faire un peu plus, sachant qu’ils seront payés en temps supplémentaire.

C’est bien plus facile que de s’attaquer aux problèmes de fonds liés à l’organisation du travail, à l’utilisation plus optimale des nouvelles technologies, à une meilleure planification des effectifs ou au rehaussement des compétences des fonctionnaires.

 
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