Un monde de fantaisie


08 mai 2012  |  Mis en ligne à 12h06  |  Guy Mathieu Leroux
Jamais le découplage entre la politique et l’économique, entre le cœur et la raison, entre la fantaisie et le réel, n’aura été aussi surréaliste que maintenant, ici et ailleurs dans le monde.
 
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Ex-conseiller de Mario Dumont, il est le principal concepteur de la position autonomiste de l’ADQ, «S’affirmer sans se séparer», endossée par la CAQ.
 

Tandis que la Grèce est saignée à blanc – taxes à la consommation de 23 % (14,5 % chez nous), diminution de salaire de 8 % chez les fonctionnaires et gel de trois ans, pensions réduites aux retraités –, les étudiants occupent la rue durant 13 semaines au Québec pour une hausse ridicule de 1 700 $ par année étalée sur sept ans.

Tandis que la France se trouve financièrement vulnérable comme jamais – prochain État européen sans doute à voir ses taux d’intérêt enfler après l’Italie et l’Espagne – et que son gouvernement omnipotent carbure encore à l’assistanat tous azimuts, le nouveau président élu mise sur la croissance et la relance… sans projet de réforme substantiel et penchant plutôt vers des emprunts additionnels massifs. Encore plus de dettes pour régler un problème d’endettement.

Tandis que l’Europe s’avère être un mauvais mariage entre des pays riches et exportateurs qui profitent d’un euro faible et des pays de la périphérie sud qui n’ont pas les moyens de sortir de la spirale d’endettement ni de dévaluer leur monnaie, les institutions et banques centrales continuent de nourrir le patient à dose de fonds perdus, gagnant quelques mois entre chaque crise.

Tandis que Barack Obama parle de faire payer davantage les riches en tant que piste de solution pour régler la crise, le gouvernement américain emprunte chaque année environ 10 % du produit annuel brut seulement pour joindre les deux bouts, et ce, depuis plusieurs années. Des sommes qui proviennent en bonne partie des réserves de devises américaines détenues par des gouvernements étrangers ainsi que par les achats soutenus de la Fed.

Et tandis que les médias se targuent de la reprise aux États-Unis, les statistiques économiques sont étirées au point de travestir la réalité.

La baisse du chômage à 8,1 % est factice, n’étant que le résultat de la baisse du nombre de travailleurs disponible, tandis que le paramètre d’inflation utilisé pour arriver au 2,2 % de croissance du dernier trimestre aux É.-U. est presque deux fois plus bas que le taux d’inflation officiel (si le taux d’inflation officiel était utilisé, la croissance n’aurait été que de 0,8 % et le mot récession serait sur toutes les lèvres).

En somme, il se passe quoi? La dure réalité économique de l’endettement dont on ne sort pas aisément rattrape l’univers politique dont le discours tend à s’échapper dans un monde de fantaisie… le même principe en somme qu’applique le cerveau qui bascule dans la folie ou la détresse lorsqu’un stress de longue durée vient complètement épuiser ses réserves de dopamine, l’hormone du plaisir.

La fantaisie fait un retour en force. Les repaires prennent le bord. Car peu importe ce qui se passe, on a toujours la liberté de tordre les mots et de déformer la réalité pour que ça fasse moins mal.

Comme de parler «d’accessibilité équitable» aux études supérieures, par exemple, pour éviter d’aborder la question des frais de scolarité, est tout à fait de cet ordre. Quel ridicule consommé.

 

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