La rémunération des dirigeants : le vrai débat


Mis en ligne le 8 Mars 2012 à 8:43   |  Jérôme Côté

Les médias semblent adorer soulever la question de la rémunération des dirigeants.
 
 
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L’expression «pharaonique» a été utilisée la semaine dernière pour qualifier la rémunération des PDG des grandes banques canadiennes.

C’est en effet un sujet qui peut faire réagir, considérant que cette rémunération vogue souvent dans les mêmes eaux que celle des athlètes professionnels.

Les passions semblent par contre plus négatives à l’endroit de la rémunération des PDG que pour celle de nos joueurs de hockey, outre peut-être le cas de ce pauvre Gomez

C’est comme si nous acceptions mieux le fait de payer 5 M$ par année à un joueur de hockey qui a peut-être terminé son secondaire et qui œuvre dans une industrie qui, de façon directe, crée quelques centaines d’emplois, alors que les mêmes millions payés à des dirigeants d’entreprises, qui créent des milliers d’emplois et qui contribuent à enrichir des milliers d’investisseurs, nous horripilent.

C’est pourtant une dynamique similaire d’offre et de demande qui influence la rémunération de ces deux groupes.

Autant il y a peu de joueurs de hockey ayant le talent et la persévérance nécessaires pour se rendre à la LNH, autant il y a peu de gestionnaires ayant les compétences et la capacité d’engager des milliers d’employés à travailler vers un but commun pour devenir PDG.

L’argument souvent énoncé pour différencier ces deux situations est que dans le cas des joueurs de hockey, la rémunération semble liée plus étroitement à la performance. Les meilleurs joueurs gagnent en général de meilleurs salaires.

Il fût un temps où la question du lien entre la rémunération des PDG et la performance de leur organisation était pertinente.

Elle l’est toujours et les cas où un PDG reçoit une augmentation alors que la performance de son entreprise n’est pas en rendez-vous font d’ailleurs encore la manchette.

Mais l’arrivée du vote consultatif sur la rémunération des PDG des entreprises cotées en bourse et une gouvernance plus serrée vont rendre ces situations de plus en plus exceptionnelles.

La parution récente des circulaires de procurations des grandes banques canadiennes est indicative à cet effet.

Comme le publiait, la semaine dernière, le site Argent, la rémunération du PDG de laBanque RBC et celle du PDG de la Banque Laurentienne a diminué respectivement de 6 % et 8 % compte tenu des résultats en-deçà des attentes de leur employeur.

Les lamentations des investisseurs, qui s’appauvrissaient alors que les dirigeants s’enrichissaient, ont été entendues.

Existe-il beaucoup d’autres exemples dans notre société où la rémunération des travailleurs peut diminuer d’une année à l’autre à moins?

Selon moi, le vrai débat – appelons-le le débat éthique – demeure :

  • est-il justifié de payer un dirigeant d’entreprise 10 M$  par année?
  • est-ce équitable?
  • est-ce socialement responsable?
  • est-ce qu’un être humain, aussi compétent et talentueux soit-il, mérite une telle rémunération?
  • est-ce que cet argent ne devrait pas servir à autre chose?

Les tenants d’une approche plus équitable ont recommandé qu’un plafond lié à un multiple de la rémunération moyenne des travailleurs soit imposé.

Du même coup, on vient fausser la fameuse loi du marché si chère aux capitalistes fidèles à Adam Smith.

D’autres solutions envisagées par les équitables : hausser la taxation des fortunés. La taxe
Buffett, du nom du richissime investisseur américain, est une expression de cette volonté de mieux équilibrer la richesse.

Il m’apparait évident que ce débat n’est pas prêt d’être clos. Mais il est clair que plus le fossé se creusera entre les riches et les pauvres, un phénomène en croissance au Canada selon l’OCDE, mais encore bien loin de nos voisins du Sud, plus cette vision de justice sociale prendra de l’ampleur et que le mouvement Occupy Wall Street fera des petits.

D’ici là, essayons de garder les choses en perspective et de ne pas tomber dans le sensationnalisme de bas étage en faisant nos gorges chaudes sur le dos des PDG.

Leur rémunération est de plus en plus liée à leur rendement et comme investisseurs, ça ne peut être qu’une bonne nouvelle.

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Jérôme Côté est le cofondateur de 37-2, une boîte conseil en rémunération, performance et gouvernance. Son entreprise développe des stratégies et des programmes de rémunération et les aligne aux autres initiatives de ressources humaines. Ellle supporte également les directions d'entreprises et les conseils d’administration en rémunération des dirigeants, en gestion de la performance et en gouvernance des sociétés.