ven. Août 28th, 2026
Samu López (entraîneur de Carlos Alcaraz) : l’entraînement le plus dur, ce sont 3 heures de tennis et 2 de physique

Carlos Alcaraz compte parmi les grandes figures du sport mondial depuis avant même d’avoir franchi le cap des 25 ans. Son tennis électrisant, son charisme sur et en dehors du court, ainsi qu’une ambition peu commune, ont façonné l’image d’un champion précoce qui joue — et gagne — comme s’il dominait le circuit depuis une décennie.

Mais derrière cette apparence, il y a une réalité beaucoup moins visible : une routine de travail extrêmement exigeante. Samu López, l’un de ses entraîneurs, aux côtés de Juan Carlos Ferrero, décrit — dans un entretien — que la journée la plus dure ne se limite pas au tennis : c’est trois heures de travail au court, auxquelles s’ajoutent presque deux heures de préparation physique.

Ce qui frappe, c’est que ce n’est pas un programme figé. L’équipe ajuste l’intensité en fonction du calendrier : en période de tournois, on allège pour arriver frais sur le court. Quand les échéances se font plus rares, l’équipe “appuie” davantage. Et c’est là que surgissent ces journées longues, quasi chirurgicales, conçues pour construire le joueur qui ensuite affronte la compétition.

López l’explique sans dramatiser, comme si cela faisait partie du quotidien à ce niveau : “C’est le jour où on met le plus de volume.” Autrement dit, le maximum n’est pas une anomalie : c’est une étape du processus. Ensuite, le corps — et surtout la compétition — reprennent le contrôle, avec une diminution progressive de la charge à l’approche des matchs.

S’il fallait trouver un autre élément distinctif, ce ne serait pas seulement dans les jambes. Le vrai écart se joue surtout dans la tête. López résume l’attitude d’Alcaraz de façon directe : “Ils n’ont peur de rien” et, selon lui, on le voit “gagnant” au-dessus de n’importe quel adversaire. Dans son discours, un mot revient comme un fil conducteur : la mentalité.

Dans cette logique, le travail de l’équipe ne se limite pas à renvoyer des balles de l’autre côté du filet. Entraîneurs, préparateur physique, kinésithérapeute et psychologue forment, selon López, une sorte de système intégré : tout est connecté. Lui et Ferrero jouent le rôle de “directeurs d’orchestre”, avec une attention portée aux détails, autant sur le geste que sur la manière de penser.

Et au milieu de tout ça, une idée qui peut surprendre arrive sans détour : progresser, c’est aussi accepter de prendre des risques. “Si tu entraînes quelque chose et que, ensuite, tu n’oses pas le faire en match, tu ne vas pas progresser.” Dit autrement : le talent, tout seul, ne suffit pas tant qu’il n’est pas confronté au moment réel.

À cela s’ajoute la vie sur le circuit, loin du côté glamour quand on regarde de près : déplacements constants, décalages horaires, matchs qui ne démarrent pas à l’heure “parfaite”, et ajustements permanents — repas, récupération, échauffements. En clair, le corps joue aussi son propre match.

C’est pour cela que le repos fait partie du plan, au même titre que l’entraînement. Savoir s’arrêter (même quand on aurait envie d’en faire encore un peu) reste une priorité de l’équipe. Dans un calendrier sans réelle trêve, la différence n’est pas toujours celle qui s’entraîne le plus : c’est aussi celle qui sait quand il faut ne pas le faire.

Alcaraz a trouvé un équilibre entre exigence et maîtrise : une formule qui lui permet de continuer à progresser sans perdre de la fraîcheur. Ce qu’on voit sur le court n’est que la partie visible. Le reste — les heures, les choix, la conviction — raconte une idée simple : pour être le meilleur, on travaille comme si ce n’était pas encore acquis.

Points à retenir

  • La journée la plus chargée combine tennis et préparation physique, ce qui explique pourquoi “viser la performance” ne veut pas dire “ne faire que du tennis”.
  • L’intensité varie selon le calendrier : on allège avant les matchs pour arriver opérationnel, puis on remonte quand la fenêtre s’y prête.
  • Le staff fonctionne comme un ensemble coordonné : technique, physique, récupération et mental ne sont pas traités comme des silos.
  • Progresser passe par l’action en match : s’entraîner “bien” ne sert à rien si l’on n’ose pas le moment venu.
  • Dans une saison chargée, le repos n’est pas une récompense : c’est un outil. Et oui, parfois la meilleure décision, c’est d’en faire moins.

En somme, ce qui me frappe, c’est que la performance d’Alcaraz ressemble moins à une trajectoire “naturelle” qu’à un pilotage fin, où l’esprit pèse autant que le physique. Et si on se posait la question, plus largement, de notre propre rythme : on s’entraîne pour progresser… ou on s’entraîne pour prouver quelque chose ? Pour moi, il y a là une leçon utile, et pas seulement sportive : exiger davantage devrait aussi vouloir dire apprendre à mieux décider, défendre la santé et refuser l’illusion du “toujours plus”. En journaliste, je trouve ça presque nécessaire.


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