On entend souvent que, aux États‑Unis, les femmes gagnent environ 80 centimes pour chaque dollar gagné par les hommes. La comparaison est devenue tellement familière qu’on finit presque par la réciter. Sauf qu’à l’échelle d’un tournoi de tennis, le décor s’inverse : lors de l’US Open 2026, le champion masculin a gagné autour de 52 centimes pour chaque dollar remporté par la championne féminine… si l’on rapporte le prize money au temps passé sur le court.
Elena Rybakina et Alexander Zverev ont tous deux touché 5,5 millions de dollars en remportant leurs finales de simple. Mais le chemin n’a pas occupé la même durée : Rybakina a passé 12 heures et 4 minutes sur le court, au fil de sept tours. Zverev, lui, a joué 23 heures et 11 minutes. Résultat : environ 456 000 dollars par heure de match pour Rybakina, contre 237 000 dollars pour Zverev.
Autrement dit, en reprenant la logique de la comparaison “qui gagne combien”, Zverev a perçu l’équivalent de 52 centimes pour chaque dollar gagné par Rybakina. En miroir, Rybakina a touché 1,92 dollar pour chaque dollar que Zverev a gagné.
Je ne dis pas que l’organisation du tournoi a discriminé Zverev de manière illégale. Et bien sûr, le prize money n’est pas un salaire horaire au sens strict : un champion est récompensé pour sa victoire, et il ne faudrait pas “punir” quelqu’un parce qu’il gagne plus vite. Les parcours diffèrent aussi : niveau des adversaires, longueur des manches, tie‑breaks, blessures… bref, le tennis n’est jamais une équation parfaite.
Mais l’écart observé à l’US Open 2026 ne se résume pas à un simple hasard de trajectoires. Il s’appuie sur une inégalité structurelle, inscrite dans le fonctionnement même des tournois du Grand Chelem.
En Grand Chelem, les femmes disputent des matchs au meilleur des trois manches, tandis que les hommes jouent au meilleur des cinq. Concrètement : une joueuse doit remporter deux manches pour avancer, alors qu’un joueur doit en gagner trois — soit 50 % de manches en plus à franchir.
Sur sept tours, une championne doit donc gagner 14 manches. Le champion masculin doit en gagner 21. Et l’écart peut encore grandir : un homme peut abandonner deux manches dans un match et rester dans la course, alors qu’une joueuse perd deux manches et quitte le tournoi. Rybakina a disputé 17 manches et 159 jeux avant de soulever le trophée. Zverev en a joué 26 et 271. Il a passé 11 heures et 7 minutes de plus sur le court (92 % de temps en plus) pour… le même prix de champion.
Cette comparaison met donc le déséquilibre en chiffres, de manière très concrète. Et les données sur l’ensemble du tournoi montrent qu’il ne s’agit pas d’un accident : c’est un mécanisme qui revient, et qui s’inscrit dans la structure.
Le système est “ajusté” en défaveur de la logique
Points à retenir
- Quand on rapporte le prize money au temps passé sur le court, l’écart peut changer radicalement par rapport à la comparaison habituelle “femmes vs hommes”.
- La différence de format (meilleur des trois manches contre meilleur des cinq) crée mécaniquement plus de manches à gagner pour les hommes.
- Le nombre de manches perdantes autorisées avant l’élimination n’est pas le même : à ce jeu-là, la structure ne fait pas semblant.
- Les parcours ne se ressemblent pas toujours (adversaires, tie‑breaks, blessures), mais ici, le point commun vient du règlement, pas du “talent” ou du destin.
- Même quand le titre et le montant du prix sont identiques, la “charge de jeu” n’est pas la même : et ça, les chiffres le rappellent sans émotion.
À mes yeux, ce sujet est intéressant parce qu’il déplace le débat : au lieu de parler uniquement de montants, on regarde aussi le temps de compétition, donc la réalité sportive derrière l’annonce. Et si on veut vraiment discuter d’équité, il faut accepter une question qui dérange un peu — pourquoi les formats ne créent pas les mêmes contraintes pour tout le monde ? Je suis convaincu qu’on doit porter cette réflexion plus loin, avec des données et des choix qui ne laissent personne sur le bord du court. LesNews, justement, mérite qu’on traite ces sujets comme ils le sont : sérieusement, sans détour, et avec un esprit ouvert… mais exigeant.