In the Shadows : l’odyssée vraie de Ramla Ali portée à l’écran
Ce film retrace avec clarté et sensibilité l’histoire inspirante de Ramla Ali, boxeuse britannique d’origine somalienne et réfugiée, qui a marqué l’année 2021 en devenant la première athlète à représenter la Somalia aux Jeux Olympiques. Porté par une écriture soignée de Ursula Rani Sarma et une direction documentaire d’Anthony Wonke, In the Shadows se distingue par son mélange de réalisme et de pudeur narrative, loin des clichés habituels du biopic sportif.
Le rôle principal est confié à Jasmine Jobson, connue pour la série Top Boy, qui interprète Ramla avec une énergie vive et une détermination contenue. À ses côtés, Finn Cole incarne Richard, son mari musulman converti, figure centrale qui permet à Ramla de s’affranchir du jugement familial et de poursuivre ses choix. Gershwyn Eustache Jr. prête ses traits à Clinton, l’entraîneur au caractère autoritaire et parfois oppressant. Le casting donne à l’ensemble une couleur particulièrement humaine, loin des stéréotypes récurrents du genre.
Sur le plan narratif, le film suit les couloirs familiers du cinéma de boxe – l’appréhension avant la première sortie en salle, l’entraîneur qui devient quasi parental, et le combat inaugural qui glace le sang. Le huis clos des débuts et la précision des détails (notamment le rituel de la glace après le combat) donnent au récit une texture crédible et touchante.
Toutefois, In the Shadows se démarque par une approche qui ne vire pas au simple récit d’ascension. Ramla doit apprendre à boxe en secret; sa famille, comme beaucoup de communautés, verrait mal qu’une jeune musulmane s’adonne à ce sport. Cette contrainte intime colore le film d’une tension durable et d’un sens de l’anticipation sur ce qui pourrait être découvert à tout moment. Le contraste avec certains biopics féminins est palpable: ici, le combat peut être vécu comme une transgression nécessaire plutôt que comme une simple passion.
Le film ne se résume pas à une soumission à la réussite sportive. Il évoque aussi la douleur marquée par l’enfance en Somalie et la douleur qui a suivi, parfois narrée à travers des flashbacks, et qui, selon le film, a finit par nourrir la détermination de Ramla à fuir le passé tragique et à tracer sa voie sur le ring. La performance de Jobson est à cet égard un véritable point fort, apportant à la protagoniste une présence à la fois fragile et Trentipante.
In the Shadows a été présenté au London Film Festival et sortira au Royaume-Uni et en Irlande le 30 octobre. Le film s’inscrit dans une tradition de cinéma britannique qui sait parler des minorités et des trajectoires migratoires avec nuance, tout en offrant une expérience émotionnellement investie.
Points à retenir
- Une approche subtile du biopic sportif, centrée sur une vie réelle et une couture familiale complexe.
- Une distribution convaincante, avec une performance centrale marquante et des soutiens qui apportent de la profondeur au récit.
- Une tension dramatique renforcée par le secret autour de la pratique de la boxe et par les choix de l’entraîneur.
- Une réflexion sur les limites imposées par la communauté et sur les moyens de les dépasser.
- Un regard sur le passé douloureux de Ramla et sur la façon dont il alimente sa détermination actuelle.
- Une mise en image qui privilégie la sobriété et la précision plutôt que les effets spectaculaires.
En tant que lecteur de LesNews, on peut voir dans ce portrait une occasion de réfléchir à la manière dont le sport et l’identité se rencontrent dans des parcours aussi intimes que publics. Ce film invite à discuter de la représentation des femmes issues de l’immigration sur les scènes compétitives et des choix narratifs qui leur permettent de prendre la lumière sans réduire leur histoire à un seul angle. Je suis convaincu que ce type de récit, loin de simplifier la réalité, pousse à un regard plus nuancé sur ce que signifie se battre pour exister, sur et en dehors du ring.