Giulio Ciccone a signé une course quasi parfaite lors des Championnats d’Europe UEC de cyclisme sur route, ce dimanche. Non seulement il a été le seul à pouvoir répondre aux attaques de Remco Evenepoel, mais il a aussi profité du fait que son coéquipier s’occupait de la chasse derrière. Rester dans la roue du Belge jusqu’à l’arrivée lui permettait ensuite d’orchestrer un sprint à deux pour le titre.
Pendant un instant, on a cru à un coup de théâtre à la millimètre. Sorti du dernier virage dans la meilleure position, le coureur italien a toutefois dû regarder la photo-finish : Evenepoel le devance à l’arrivée, de quelques millimètres seulement.
Incertains du vainqueur, les deux coureurs attendent après la ligne que le résultat tombe. Ciccone baisse la tête, tandis qu’Evenepoel, tout près, laisse éclater un cri de joie.
Sur le podium, la déception est visible. Interrogé ensuite par la presse, Ciccone n’a pas vraiment cherché à cacher ce qu’il ressentait.
« Je suis vraiment, vraiment déçu. Mais d’abord, je veux féliciter Remco : c’est un très gros niveau, une super course », a déclaré Ciccone, rapporte Cycling Pro Net.
“C’était presque parfait.” On l’a compris en le voyant gérer le tempo : le Belge contrôle l’avant de la course, Ciccone attend, puis couvre la première accélération d’Evenepoel sur l’ascension de Možjanca, avec 36 kilomètres restants. Quand le leader déborde dans un virage et se met à glisser, Ciccone relâche et laisse le peloton revenir.
Mais le plan ne s’arrêtait pas là. À peine quatre kilomètres plus tard, une nouvelle attaque arrive. Les deux hommes se détachent, récupèrent un peu de temps, puis Ciccone refuse de tirer quand il apprend qu’à l’arrière, son coéquipier fait le travail—la différence, dans ces moments-là, tient parfois à des choix très précis… et à la timing du reste du peloton.
« J’ai aussi eu de la chance avec la situation : Christian Scaroni était seul derrière nous. Donc j’en ai profité pour rester dans la roue. Je comprends que ce n’était pas une situation agréable pour lui devant… mais bon, c’est une course », a ajouté le coureur.
Le circuit a aussi joué son rôle : Ciccone devait y passer cinq fois. Assez de temps pour réfléchir à la manière d’aborder le dernier virage avant la ligne.
« Dans ma tête, je réfléchissais à comment faire. J’étais dans les derniers kilomètres : je pensais à ce virage, je pensais prendre la première position… mais ensuite il a compris mon plan, et il a accéléré juste avant », explique-t-il.
Evenepoel prend alors une trajectoire plus large dans la dernière courbe, laissant l’intérieur ouvert. Ciccone accélère immédiatement, prend quelques mètres—le genre de “presque” qui fait toujours mal.
« Mon plan, c’était d’y aller à fond juste après le virage. À un moment, j’y croyais vraiment. Et puis… voilà, c’est la course. C’est comme ça », conclut-il.
Ce résultat correspond à son neuvième podium de l’année. Mais surtout, pour Ciccone, c’est une année particulièrement difficile à accepter sur le plan émotionnel : plusieurs places d’honneur, pas toujours la plus haute.
« Je pense que c’est une des années les plus dures de ma carrière. Je ne sais plus combien de fois j’ai fini deuxième, ou sur le podium… huit, neuf, je ne sais pas… Aujourd’hui, c’était vraiment très proche. Encore deuxième. Pour les deux dernières courses, je veux juste courir sans pression, et profiter du vélo. »
Prochain rendez-vous : Il Lombardia, le cinquième et dernier “monument” de la saison, le week-end prochain.
HOW CLOSE?! 😱📸 Remco Evenepoel 🇧🇪 vs Giulio Ciccone 🇮🇹 #EuroRoad26
Points à retenir
Ciccone a assuré la réponse aux attaques d’Evenepoel—et il a aussi profité du travail de son équipe à l’arrière.
Le duel s’est joué sur un détail : quelques millimètres et une trajectoire dans le dernier virage.
Le “plan course” du duo a été suffisamment lisible pour que Ciccone tente l’exécution… avant qu’Evenepoel ne réagisse.
La gestion des moments clés (relâcher quand ça glisse, accélérer quand ça s’ouvre) semble avoir fait la différence—même si le titre, lui, n’a pas suivi.
Neuvième podium de l’année : pas un bilan catastrophique, mais on comprend que la répétition des places “juste derrière” fatigue.
De mon point de vue, ce genre de course raconte quelque chose de très simple : à haut niveau, il ne suffit pas d’être fort—il faut aussi être parfaitement au bon endroit, au bon moment, et accepter que la marge soit minuscule (parfois littéralement “au bord de la photo-finish”). Et si ça donne un peu envie de discuter du rôle du timing, de la trajectoire et de la tactique d’équipe, alors tant mieux : c’est précisément ce qui rend le cyclisme passionnant. En tant que journaliste, je trouve important de mettre en lumière ces combats, parce que la course mérite mieux que des résultats “à l’emporte-pièce”.