ven. Sep 11th, 2026
Encore de la marge pour progresser : Remco Evenepoel affiche une forme inquiétante après sa victoire au GP de Québec avant de viser le double objectif aux championnats du monde

Le fait que Remco Evenepoel ait passé la matinée du Grand Prix de Québec à tester la célébration qu’il voulait faire après sa prochaine victoire dit déjà beaucoup sur son état d’esprit. En clair : il n’est pas venu pour “voir”, mais pour prendre la lumière.

Le coureur belge débarque au Canada pour un bloc de course chargé. D’abord avec les Grands Prix, puis très vite avec de grandes ambitions sur deux fronts : le contre-la-montre et la course en ligne des Championnats du monde, à Montréal.

Sur le papier, ces étapes canadiennes peuvent ressembler à une simple mise en route, avec le retour à la compétition après plus d’un mois d’entraînement. Mais avec Evenepoel, l’idée d’un “échauffement tranquille” n’a jamais vraiment fait partie du vocabulaire : la motivation, c’est d’aller chercher la victoire.

Vendredi, il a quand même cadré son démarrage : pas de précipitation, pas de geste inutile au début. Il a même avoué ne pas se sentir au mieux sur les cent premiers kilomètres. Puis, une fois les sensations revenue à la bonne température, impossible de résister à l’envie d’en découdre. Résultat : une victoire, et un message clair.

« Ce week-end, l’objectif était de faire le mieux possible deux fois. Et je crois que c’est un très bon début », a-t-il déclaré après la course.

Ce n’était pas une démonstration de domination totale. Evenepoel n’a attaqué que sur les trois derniers tours. Et il a aussi reconnu qu’au départ, il n’était pas au meilleur de sa forme. Mais il est resté calme, posé dans ses choix—le genre de sérénité qu’on remarque surtout quand on sait que tout peut basculer très vite.

« Parfois, tu pars avec les jambes lourdes… et après trois heures ça se relâche. J’ai souvent vécu ça en stage, je pense donc que je m’y étais habitué. C’est aussi pour ça que je n’ai pas paniqué : j’ai essayé de rester tranquille, et à certains moments j’ai tenté ma chance. Et heureusement, ça a payé dans les derniers tours », a-t-il expliqué.

Ses accélérations répétées n’ont pas suffi à lâcher Giulio Ciccone (Lidl-Trek), son compagnon de manœuvre. Mais elles ont eu un autre effet : le faire payer assez pour qu’il ne puisse pas suivre lors du sprint final. Même en gagnant, Evenepoel précise qu’il ne “peaufine” pas uniquement pour ce week-end, et qu’il ne se projette pas comme si tout était réglé avant l’heure.

« Je pense qu’il me reste du travail. Ce week-end, je voulais surtout retrouver les meilleures sensations. Oui, ce n’était pas une mauvaise journée, sinon on ne gagne pas ici. Mais perso, je ne sens pas que c’était ma journée la plus parfaite sur le vélo. Donc il y a clairement de quoi progresser », a-t-il ajouté.

Il reste maintenant deux semaines avant la course en ligne. Pour lui, le Canada sert à franchir une marche, puis à enchaîner : contre-la-montre ensuite, et une semaine de travail plus spécifique pour préparer la suite.

Au-delà de la forme physique, ces rendez-vous à Québec puis à Montréal permettent aussi de lire le terrain tactiquement : comprendre comment les équipes veulent lancer les offensives, et repérer les moments où il devient possible (ou dangereux) de tenter quelque chose. Evenepoel a confirmé vendredi qu’il avait le timing dans la tête.

« Sur les courses en circuit, ça correspond souvent à mon profil : trouver le bon moment. J’avais le sentiment que beaucoup de coureurs voulaient ouvrir trop tôt. Déjà environ huit tours avant, alors qu’il reste encore sept ou huit fois le temps de grimper. À un moment, tu payes… et vu le vent jusqu’à l’arrivée, c’est encore plus vrai », a-t-il raconté.

« Donc j’ai “gambler” quand tout le monde a commencé à placer les gros coups, et j’ai essayé de tenter quelque chose à trois tours de la fin. Par chance, la tactique a été bonne. Mais ce sera aussi important dimanche, puis dimanche dans deux semaines. L’idée, c’est que mon timing reste là. »

Une nouvelle célébration

Remco Evenepoel célèbre sa victoire au Grand Prix de Québec, avec Giulio Ciccone en deuxième plan.

La nouvelle célébration d’Evenepoel

Et puisqu’on parle de victoire : Evenepoel a aussi présenté une nouvelle célébration. Il prend une pose façon “télescope” (un œil vers l’avant, l’autre en mode viseur) et pointe devant lui. Pour certains, le geste peut faire penser à un clin d’œil aux Championnats du monde… mais lui n’a pas encore décidé de la signification exacte.

« C’est assez drôle, parce que la célébration “réglée”, je l’avais copiée. C’est celle où je “pose le téléphone”, que j’ai déjà utilisée plusieurs fois, y compris quand j’ai gagné le titre olympique de course en ligne à Paris », a-t-il rappelé.

« Oumi—et ses frères—m’ont toujours dit qu’il fallait que je trouve quelque chose à moi. Du travail, oui. Mais j’ai eu un mois pour réfléchir. Et ce matin, on en parlait avec Oumi, puis on a décidé pour ça. Je pense que j’aimerais que ce soit ma célébration signature à l’avenir. »

La signification peut encore évoluer, mais une chose est sûre : le geste fait ses débuts de manière précoce. Et forcément, Evenepoel espère pouvoir le ressortir au moins une ou deux fois dans les semaines qui arrivent au Canada.

Points à retenir

  • Evenepoel a géré son retour en compétition comme un pro… sans faire semblant : il a démarré prudent avant d’appuyer quand les jambes étaient mieux.
  • Sa victoire n’a pas reposé sur une attaque immédiate : il a attendu le bon moment, sur les derniers tours, avec un timing maîtrisé.
  • Les accélérations ont surtout “usé” Ciccone : pas besoin de décrocher tout le monde pour gagner, il suffit de choisir le bon rythme au bon moment.
  • La célébration “télescope” semble être pensée comme une signature, mais la symbolique officielle reste encore à écrire (ce qui est plutôt humain, finalement).
  • Le discours reste volontairement prudent : il affirme avoir encore du travail, ce qui est une façon élégante de ne pas se cramer l’avance de phases.

De mon point de vue, ce week-end dit quelque chose de simple : Evenepoel n’a pas seulement remporté une course, il a surtout confirmé une logique—optimiser les sensations sans surchauffer trop tôt. Et quand on voit ça avant les Mondiaux, on ne peut pas s’empêcher de se demander qui, cette fois, aura le courage de répondre quand “les bons coups” arriveront. En tant que journaliste, je trouve intéressant de suivre ces détails-là : pas pour le folklore, mais parce qu’ils racontent la préparation, la tactique… et la manière dont on construit la performance à l’échelle d’une saison.


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