Ben Shelton a dominé son compatriote Frances Tiafoe lors de la demi-finale de l’US Open, ce vendredi, pour se hisser jusqu’à l’affiche du titre contre Alexander Zverev.
La soirée avait quelque chose de particulier : l’événement a débuté par des commémorations marquant le 25e anniversaire des attentats du 11 septembre. Sur le court, Shelton a ensuite fait parler son intensité. Après avoir concédé un premier set (4-6), il s’est imposé en quatre manches : 6-3, 6-3, 7-5, se rapprochant d’un objectif très simple à dire… mais long à obtenir.
Personne n’avait remporté un Grand Chelem en simple chez les hommes aux États-Unis depuis Andy Roddick, sacré à Flushing Meadows en 2003. Shelton aura donc l’occasion de briser enfin cette attente de 23 ans, et de disputer sa première finale majeure.
De son côté, Zverev a aussi décroché son billet pour la finale en venant à bout de Karen Khachanov : 6-3, 7-6 (9-7), 7-6 (8-6). L’Allemand a continué d’avancer, vers son deuxième rendez-vous pour un titre à Flushing Meadows.
Après sa qualification, Shelton a évoqué sa relation sportive avec Tiafoe. « D’abord, “Foe”, c’est comme un grand frère pour moi. C’est ici qu’on veut être à la fin de ce tournoi. Je sais quel est mon but, c’est mon travail : je fonce ici. Faisons ça pour les États-Unis ! »
Puis il a ajouté, avec gravité : « Un dernier point : c’est une journée difficile pour jouer dehors. Mes pensées et mes prières vont à toutes les familles touchées par le 11 septembre. »
Dans le match, Tiafoe menait 5-4 au premier set, quand Shelton a commis une double faute, avant de tenir bon sur sa mise en jeu pour remporter la manche.
Au deuxième set, Tiafoe a continué de viser le revers de son adversaire. À 2-1 pour Shelton, ce dernier a cru tenir le service le plus rapide de l’histoire des Grands Chelems (158 mph), mais les vérifications vidéo Hawk-Eye et de l’USTA ont finalement corrigé : le tir était à 144 mph.
À 3-3, Shelton est reparti fort avec un service à 125 mph. Tiafoe a dû s’employer en défense, et le point a tourné. Ensuite, il a accéléré progressivement : 144, 139 puis 140 mph, jusqu’à revenir au niveau.
Dans le troisième set, Shelton a de nouveau fait la différence en prenant le break dans le cinquième jeu, avant de prendre l’avantage durablement. Appuyé par un service appuyé de gaucher et une défense solide, il a ensuite mis la pression dans le quatrième set pour conclure et s’offrir une victoire marquante. À 23 ans, il a terminé la rencontre avec 47 balles gagnantes, dont 20 aces.
Zverev s’est qualifié pour “sa” deuxième finale à Flushing Meadows
Le vainqueur de Roland-Garros a connu des débuts compliqués, puisqu’il a dû aller au cinq sets lors de ses deux premières sorties. Mais ensuite, il a enchaîné : quatre victoires de suite, sans lâcher un set, pour atteindre une troisième finale consécutive dans un Grand Chelem.
En 2020, Zverev avait déjà atteint la finale à Flushing Meadows, mais s’était incliné face à Dominic Thiem. Cette fois, il aura l’occasion de transformer l’essai.
« Après le deuxième tour à 3 heures du matin, moi et mon équipe étions dans le vestiaire, on se moquait presque de la façon dont je jouais », a-t-il raconté. « Cette bonne humeur m’a aidé. J’ai progressé un peu, sinon je ne serais pas en finale de l’US Open. »
De départ poussif à montée en puissance
Zverev a démarré l’US Open avec le sentiment, selon ses propres mots, que “ça ne servirait à rien”. Puis le tournoi l’a rattrapé dans le bon sens : il a profité de l’absence de Jannik Sinner, de contre-performances de Carlos Alcaraz et de Novak Djokovic, et d’un tableau qui l’a laissé respirer. Rien de magique : il a surtout su s’installer.
Il a ainsi arraché un premier set serré, puis a pris les devants dès le début du deuxième. Pourtant, une double faute a relancé Khachanov, et le match a basculé dans des tie-breaks tendus, avec un moment où Zverev menait presque tout le monde… sauf le score : il était mené 5-3, avant de renverser la tendance grâce à une longue séquence de 35 échanges.
Le troisième set a suivi un scénario similaire. Khachanov a eu des balles de match à 6-4, mais deux fautes de revers et un ace de Zverev ont offert un point de plus au scénario… puis au match.
Une finale à New York qui ne fait pas peur
Dans cette perspective, Zverev n’a pas dit qu’il redoutait la foule. Il a au contraire expliqué qu’il attendait “le bruit” autant que le reste.
« Je pense que ça va être fantastique de jouer une finale dans un Arthur Ashe complet, et pas dans un stade vide. Pour moi, un public bruyant et énergique, c’est toujours bien, tant qu’il reste juste. »
Navratilova salue la trajectoire de Zverev
Martina Navratilova, à propos de l’Allemand. « Quel parcours Zverev a eu aux Majors. C’est excellent. D’accord, Sinner a été éliminé tôt à Roland-Garros, et Alcaraz n’a pas joué… mais il n’y a pas de “petites étoiles”. Il fallait quand même passer par la case adversité, même quand on arrive avec le statut de favori. »
Elle poursuit : « Ça lui a donné confiance pour mieux jouer ensuite. Je pense qu’il a joué mieux à Wimbledon qu’à Roland-Garros. Ici, il a commencé mal, lui-même l’admet, mais il n’a perdu aucun set lors des quatre derniers matches. Il est en mode “cuisinière” en ce moment. »
Points à retenir
- Shelton a renversé Tiafoe après un premier set perdu : le genre de match où il faut croire quand ça se complique.
- La finale US Open mettra aux prises deux styles : la puissance de Shelton et le pilotage de Zverev, qui a su se stabiliser après un début plus instable.
- Le service a encore fait parler de lui : Shelton a flirté avec la vitesse maximale… avant correction vidéo du chiffre. La science, c’est aussi du suspense.
- Pour Zverev, la dynamique est claire : des tie-breaks, des retours, puis un verrouillage progressif — sans drame apparent, mais avec beaucoup de tension.
À mes yeux, ce qui rend cette finale intéressante ne tient pas uniquement au suspense du score : elle tient à la narration. D’un côté, une attente américaine qui demande un dernier acte. De l’autre, un Zverev qui parle de “l’humour à 3 heures du matin”, comme quoi le mental ne se résume pas à une conférence de presse. Moi, je trouve ça assez sain : ça rappelle que le sport n’est pas qu’une vitrine, c’est aussi un terrain où l’on s’engage, où l’on se remet en question, et où l’on apprend à construire avec les autres — pas juste à gagner pour la photo.