dim. Juil 19th, 2026

En France, plus de 1,2 million de citoyens ont signé une pétition réclamant au gouvernement de revenir sur la réintroduction très controversée d’un pesticide, ce qui devrait entraîner un débat public au sein du Parlement, sans pour autant garantir son abrogation.

La « loi Duplomb », du nom du sénateur conservateur qui l’a portée, autorise de nouveau l’utilisation de l’acétamipride, un insecticide reconnu pour sa toxicité envers les pollinisateurs, notamment les abeilles. Ce texte, adopté le 8 juillet, n’est cependant pas encore entré en vigueur.

Deux jours après son adoption, une étudiante de 23 ans, Eléonore Pattery, lançait une pétition pour demander l’abrogation de la loi, qu’elle qualifie d’« aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire ».

Très rapidement, ce mouvement a rencontré un écho favorable, attirant le soutien de députés de la gauche et des écologistes, jusqu’à dépasser 1,2 million de signatures ce lundi, selon les données de l’Assemblée nationale.

Ce chiffre dépasse largement le seuil des 500 000 signatures, fixé comme condition pour que l’Assemblée organise un débat en session publique.

Sa présidente, Yaël Braun-Pivet, s’est dite favorable à ce débat à partir de septembre, mais a assuré que le fond de la loi ne serait pas remis en question. Une position confirmée par le sénateur Laurent Duplomb, du parti Les Républicains, qui considère que la loi fait l’objet d’une campagne de « diabolisation ».

Le texte est en cours d’examen par le Conseil constitutionnel, qui doit rendre sa décision avant le 10 août.

Au cœur de la controverse se trouve la réintroduction, à titre dérogatoire, de cet insecticide de la famille des néonicotinoïdes, interdit en France depuis 2018, mais autorisé dans d’autres pays européens jusqu’en 2033.

Cette mesure a été réclamée par les deux principaux syndicats agricoles, la FNSEA et la Coordination Rurale. Les producteurs de betterave à sucre expliquent qu’ils n’ont pas d’alternative efficace pour protéger leurs cultures et craignent une concurrence déloyale face à des importations issues de pesticides interdits en France.

Le compromis négocié prévoit cette réintroduction pour faire face à une menace grave pesant sur la production agricole, sans limite de durée, mais assortie d’une clause de réexamen après trois ans, puis tous les ans.

Le retour des néonicotinoïdes, classés comme particulièrement toxiques pour les abeilles, a suscité une forte opposition des apiculteurs, des autorités en charge de la gestion de l’eau, ainsi que des scientifiques alertant sur la persistance de ces substances dans l’environnement et les risques sanitaires qui en découlent.

Après la décision du Conseil constitutionnel, le président Emmanuel Macron devra choisir entre promulguer la loi ou demander un nouvel examen du texte. L’association environnementale Générations Futures a d’ores et déjà appelé le chef de l’État à ne pas promulguer ce texte, qu’elle juge contraire aux principes de précaution et à la promotion d’un modèle agricole durable.

Points à retenir

  • Plus d’un million de signatures en seulement quelques jours, preuve que le sujet ne laisse pas indifférent, même si, paraît-il, un débat public ne changera rien à l’essentiel.
  • Les défenseurs des agriculteurs se plaignent du manque d’options pour protéger leurs cultures, ce qui illustre bien le casse-tête d’une agriculture sous pression constante.
  • Le retour des néonicotinoïdes, malgré leur toxicité documentée, continue d’être justifié par des arguments économiques parfois fâcheusement proches du bon sens éphémère.
  • La loi est une promesse de révision annuelle, mais dans la pratique, ce genre de clauses rime souvent avec « laissez-passer pour la routine ».
  • Le Conseil constitutionnel a son mot à dire, mais comme toujours, son feu vert ou rouge n’éteint pas les débats passionnés des uns et des autres.

Au final, on s’aperçoit que la lutte contre le déclin des abeilles et la préservation de nos écosystèmes se heurte encore une fois aux enjeux économiques et politiques. Je me demande parfois si ce n’est pas une pièce de théâtre bien rodée où chacun joue son rôle, mais sans que le spectateur, nous autres contribuables, ait le moindre contrôle sur le script. Espérons que le débat parlementaire ne soit pas juste un rendez-vous de pacotille où l’on applaudit sans jamais vraiment changer la donne.


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