Titre: Jozy Altidore sur Telemundo: les diffuseurs remettent le football au cœur du Mondial
Quoi qu’il advienne de la finale du Mondial, l’un des grands gagnants de ce tournoi est déjà clair: les diffuseurs. Telemundo, chaîne hispanophone appartenant à NBCUniversal, a attiré des millions de téléspectateurs par match, y compris parmi des personnes qui ne parlent pas espagnol. Notre invité est Jozy Altidore, l’un des talents émergents de Telemundo. Son expérience sur le terrain, notamment comme attaquant de l’équipe masculine des États‑Unis pendant plus d’une décennie, inclut la Coupe du Monde. Ces dernières semaines, Altidore a captivé le public en tant qu’analyste et commentateur football sur Telemundo.
Extrait d’archive
JOZY ALTIDORE : « Je parle espagnol. »
MA : Pour nous expliquer ce que cela implique de passer du statut de joueur à celui de pundit (expert), Jozy Altidore nous rejoint. Merci d’être avec nous.
ALTIDORE : Merci de m’accueillir, les amis.
MA : C’est ta première expérience comme commentateur et analyste pour la Coupe du Monde. Je suppose que c’est un poste à forte pression dès le départ, mais ressens-tu une pression supplémentaire à l’idée de le faire en espagnol ?
ALTIDORE : Oui. Pour moi, l’opportunité m’a vraiment intrigué, énormément intrigué. Car je suis convaincu que les gens qui croient en vous vous donnent confiance. Et Telemundo, depuis que j’étais jeune joueur, très jeune même, m’a toujours sollicité pour des interviews, des opportunités diverses. Cela m’a toujours donné confiance pour me lancer. Quand j’ai enfin eu l’opportunité de faire mes premiers pas à la radio/à la télévision, il était évident que je devais parler avec Telemundo.
Avoir maintenant l’opportunité de tout mener à bien et d’être sur la diffusion, de participer, c’était une expérience incroyable. Je ne le dirai jamais assez: cela m’a offert une perspective différente, tant en tant que joueur, qu’en tant que fan, qu’en tant que commentateur football, et en tant que personne engagée dans l’écosystème du football. Cela donne une vision complètement nouvelle.
MA : J’ai entendu dire que tu as grandi à Miami, que tu parlais un peu espagnol, et que tu as aussi joué en Espagne et au Mexique. En quoi le espagnol conversationnel que tu as appris diffère-t-il de l’analyse en espagnol ?
ALTIDORE : C’est définitivement un peu différent. J’ai grandi à South Florida, donc Miami, Homestead, Kendall, des zones où l’Espagnol est omniprésent. Quand on évolue dans ces environnements dès le jeune âge, ce sont presque des milieux de rue, avec les parents, les joueurs, les parcours et ce que le football représente pour eux. Ainsi, dès le plus jeune âge, j’ai reçu une formation qui me permettait de comprendre les différentes nuances et façons de parler espagnol et d’interagir avec la langue.
MA : Ta couverture sur Telemundo a été largement saluée. Pourquoi, selon toi, répond-on aussi favorablement ?
ALTIDORE : Je pense que l’une des raisons tient au fait que ceux qui me connaissent savent que j’aime regarder les matchs en espagnol. J’adore la couverture, le commentaire, l’approche quasi continue autour du jeu, la manière dont on met en lumière les duels et les enjeux. C’est ce que j’ai toujours apprécié, car cela apporte plus de couleur et d’information au visionnage. Pour moi, c’était comme du théâtre, y compris les émissions d’avant-match. Peut-être que les spectateurs me voient simplement prendre du plaisir à faire quelque chose que j’ai aimé regarder pendant longtemps.
MA : Donc c’est peut‑être ce lien avec Telemundo qui te parle. Pourrais-tu développer un peu plus ce point, car ce qui est fascinant dans ce Mondial, c’est le nombre de personnes qui ne parlent pas espagnol et qui regardent Telemundo pour suivre les matchs. Qu’est-ce qui, selon toi, rend leur diffusion si captivante ?
ALTIDORE : Étonnamment, ici aux États‑Unis, on est perçus comme faisant les choses avec un côté showmanship. Or, les diffusions en espagnol apportent une autre dimension: les présentateurs anglais font du bon travail et savent raconter les matchs, mais l’espagnol offre un ton plus dramatique et plus immersif. C’est une question de culture et du fait que le football est profondément ancré dans cette culture. Les diffuseurs hispanophones savent raconter une histoire et expliquer certains éléments de manière très naturelle. Beaucoup de gens apprécient cette approche.
MA : Pour revenir à la finale de demain, sur quoi vas-tu porter ton attention ? Y a-t-il un joueur ou une histoire qui t’intéresse particulièrement ?
ALTIDORE : Comme tout le monde, je suis extrêmement captivé par le lien entre Lamine Yamal et Lionel Messi. Dès que l’Argentine est arrivée en finale, beaucoup ont vu circuler la photo de Messi et de Lamine Yamal lors d’une séance photo pour l’UNICEF il y a vingt ans, où le jeune Yamal était bébé, et aujourd’hui il dispute une finale. On dirait presque une intervention divine: pour qu’un tel chemin se réécrive, il faut qu’un grand nombre d’événements se mettent en place. C’est une histoire incroyable à suivre, car ce jeune joueur se retrouve face à son idole, qui occupe désormais une place clé au Barça. C’est véritablement spectaculaire et je suivrai cela de près pour voir comment il gère la pression, et qu’il réalise une grande prestation qui restera gravée longtemps.
MA : Dernière question parfois dangereuse: des pronostics pour le vainqueur ?
ALTIDORE : C’est vraiment difficile à dire. Ce Mondial nous a montré qu’il faut prendre les pronostics avec précaution; il y a eu beaucoup de surprises. Mon esprit me dit Messi, mon cœur dit l’Espagne et Lamine.
MA : Nous discutions avec Jozy Altidore, de Telemundo. Merci beaucoup pour ton temps.
ALTIDORE : Merci à vous pour l’invitation.
Bon à savoir
– Les diffuseurs multilingues comme Telemundo jouent un rôle croissant dans l’accès à des audiences diversifiées, au-delà des frontières linguistiques.
– Le choix d’une narration en espagnol peut modifier la perception du public, en apportant un rythme et une tonalité différents qui enrichissent l’expérience spectatorielle.
– Le passage de joueur à commentateur nécessite une adaptation du langage et de l’angle d’analyse, mais peut aussi offrir une meilleure compréhension des enjeux tactiques pour les fans.
– Les histoires personnelles des joueurs, comme celle entre Lamine Yamal et Lionel Messi, ajoutent des dimensions émotionnelles qui parlent au public et renforcent l’engagement autour du tournoi.
– Le Mondial continue de démontrer que les dynamiques de couverture médiatique et la perception du football dans le public américain évoluent lorsque des voix bilingues racontent le jeu.
– Pour les diffuseurs, combiner expertise technique et storytelling accessible peut élargir l’audience et encourager l’émergence de talents locaux dans le domaine des médias sportifs.