sam. Juil 18th, 2026
La folie Paul Seixas est lancée : sous l’enthousiasme en France, l’espoir du Tour de France s’embrase

Sur le Markstein, il y avait comme un parfum d’exploit. Entre la fumée des barbecues débordant de saucisses et le brouillard qui balayait la montagne après chaque averse brutale, la foule avait fini par monter en masse. Et au moment de l’ultime montée vers le Col du Haag, il ne restait plus qu’une mince portion de route, happée par le tunnel de spectateurs.

Jusqu’ici, Paul Seixas avait couru plutôt tranquillement. Mais ce décor, lui, ne laissait aucune place au “plutôt”. Il fallait du répondant.

Et c’est exactement ce qu’il a fait. Pour la première vraie fois de ce Tour de France, le jeune prodige de 19 ans — grand espoir français — a vraiment pris feu au contact du public. Le rythme a grimpé d’un cran, et ses impulsions ont immédiatement fait vibrer les tribunes.

Dans cette séquence, Tadej Pogačar a aussi montré qu’il ne lâchait rien. Seixas n’est pas allé chercher le haut du podium, mais sa manière de s’y prendre — en poursuivant puis en accrochant la roue avant de s’envoler en accélérant — a changé la physionomie de sa course en un instant.

Au sprint final, Isaac del Toro, coéquipier de Pogačar au sein de l’UAE Team Emirates-XRG, a repris l’avantage et a ravi la deuxième place. Seixas, lui, termine troisième sur la journée, et gagne deux rangs au classement général pour se hisser au quatrième.

Cerise (blanche) sur le gâteau : il s’empare également du maillot blanc du meilleur jeune, au détriment de Juan Ayuso (Lidl-Trek). Sans que cela soit “dans sa tête”, comme il l’a laissé entendre, la symbolique n’en reste pas moins forte. Pour la première fois, il se retrouve sur le podium d’arrivée d’un Tour de France, devant les fans qui l’ont porté, puis dans le rituel post-étape, avec les médias et le protocole… et manifestement, pas pour la dernière fois.

« C’est incroyable, je vis un rêve », a confié Seixas.

Le coureur a ensuite remis les choses à leur place, façon terrain : « Le Tour, c’est magnifiquement dur. C’était une journée très compliquée, mais je commence à m’y faire. C’est très dur — c’est ce qui m’a le plus frappé. J’ai travaillé pour ça : l’équipe a travaillé pour ça. Et c’est un plaisir d’avoir ce maillot blanc, d’être vraiment dans la course pour le podium. »

Seixas n’en faisait pas trop. Mais la France, elle, n’avait pas la même retenue.

Au milieu des spectateurs, le studio France Télévisions était installé à ciel ouvert. Plusieurs anciens professionnels français y ont commenté ce qu’ils venaient de voir.

« Aujourd’hui, tant pis pour Tadej Pogačar ! », a lancé Thomas Voeckler, déclenchant une salve d’applaudissements.

« Ce que les fans ont vécu aujourd’hui… ce que Paul Seixas a vécu… on a déjà eu un goût de ça sur le Tourmalet, mais là, c’était un autre niveau. Il s’est accroché à la roue de Vingegaard, et ce sont les spectateurs qui lui ont permis de le faire. Il a déjà gagné des courses, mais il n’avait jamais eu cette force, ce soutien, pour aller chercher ces derniers mètres. C’est la première fois qu’il le ressent… et ce n’est clairement pas la dernière. »

Le matin de la 14e étape, un récit avait déjà été consacré à Seixas, justement sur son approche plus prudente et plus posée pendant ses débuts sur le Tour. Sur le coup, c’était une bonne idée : à la fin de la journée, une partie de ce constat était déjà dépassée.

Ses performances étaient déjà impressionnantes, sans débat. Mais son directeur sportif Luke Rowe, chez Decathlon CMA CGM, a rappelé qu’il avait aussi “calibré” ses instincts les plus agressifs pour son premier Tour de France à étapes longues.

Il reste évidemment du chemin. Tous les jours ne ressembleront pas à celui-ci, mais il y a quelque chose de décisif dans ce moment : une bascule potentielle dans l’histoire de son Tour.

« Naturellement, ça me donne de la confiance pour la suite. Le Tour est encore long : la partie la plus dure arrive. Donc je reste pragmatique. Il y a encore beaucoup à faire. »

Et de préciser l’autre enjeu : « Il y avait une inconnue sur les deuxième et troisième semaines. On n’y est pas encore : restons prudents. Mais je me suis entraîné très dur pour ça. La récupération est la chose la plus importante maintenant, et on a beaucoup travaillé dessus. On a fait des camps d’entraînement extrêmement durs, donc on sait à quoi ressemblent les efforts et comment récupérer. Pour l’instant, ça se passe bien. Si ça continue comme ça, ce serait formidable. »

Tandis que Seixas essaie de garder les pieds sur terre, l’atmosphère pourrait bien lui donner un peu de hauteur… s’il continue d’être porté par ce même élan.

« Je pense qu’il va être porté par toute la France », a résumé Laurent Jalabert.

« La Seixas-mania a commencé », a répondu Thomas Voeckler.

Points à retenir

  • La journée a montré que Seixas peut accélérer quand le public ne fait plus qu’encourager, mais qu’il “pousse” réellement la course.
  • Le maillot blanc du meilleur jeune devient un repère concret : ce n’est pas le centre de sa stratégie, mais ça pèse dans les jambes et dans l’histoire.
  • Il passe de “prometteur” à “présent” au classement : quatrième au général, ce n’est pas une promesse, c’est un statut.
  • Le Tour reste le Tour : il a lui-même rappelé que la suite n’est pas une balade, surtout avec l’inévitable montée en complexité des semaines à venir.

De mon côté, ce qui me frappe, c’est la capacité de Seixas à faire un choix clair au bon moment : ni trop tôt, ni trop tard. Dans un Tour de France où tout peut basculer sur quelques kilomètres, ce type de “déclic” ne se décrète pas — il se construit. Et si la France entière continue de lui donner de l’air, alors on ne parle plus seulement d’un talent : on parle d’un coureur qui fait le spectacle et qui, forcément, mérite d’être suivi de près. Journaliste engagé, je le dis : ce genre de dynamique populaire, c’est aussi ce qui donne du sens à la course… et à notre devoir de raconter le sport autrement.


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