dim. Juil 19th, 2026

James Cook était reconnu et respecté comme l’un des hommes les plus sympathiques du monde de la boxe, aussi bien à l’intérieur du ring qu’en dehors. Sa disparition, survenue samedi dernier, a suscité une vague rare d’émotions sincères, de témoignages d’affection et de tristesse authentique. Dans un univers souvent impitoyable, il est impossible de trouver une seule critique à son égard : James Cook était universellement apprécié.

Il appartenait à une époque différente de la boxe, où les bons boxeurs savaient qu’ils auraient rarement leur chance et ne bénéficieraient jamais d’un vrai coup de pouce. Cook a longtemps cherché à se faire un nom, errant loin de son quartier de Hackney, enchaînant les combats où il était souvent désigné comme le perdant garanti, en Allemagne, en Italie, en France, aux Pays-Bas ou en Finlande. Il a été spolié de ses gains, privé de décisions justes, mais il a continué à se battre contre vents et marées.

Le monde de la boxe est simple et implacable : “Avoir des gants, c’est partir en tournée.” James Cook a été pendant quelques années le roi des boxeurs voyageurs dans les années 80. Il montrait qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs espoirs, mais, au fond, il ne correspondait pas vraiment à l’image attendue. “Je suis trop beau gosse pour ce métier,” plaisantait-il.

Un exemple marquant fut sa victoire en 1986 contre Michael Watson, alors invaincu en sept combats. Watson conservait son statut de vedette malgré cette défaite, tandis que Cook restait un simple caillou dans la chaussure. Autour de ce combat, Cook avait perdu à Amsterdam juste avant, et perdu en France juste après. C’était la dure réalité pour beaucoup de boxeurs invisibles.

“C’était un business dur à l’époque,” confiait Cook. “Il était difficile d’avoir une chance, alors j’étais obligé d’aller à l’étranger pour gagner ma vie.”

Après sept années de professionnalisme, 19 combats dont 7 défaites, il obtint une opportunité pour le titre britannique des poids moyens. En 1988 à Sheffield, il fut stoppé par le grand Herol Graham. Watson et Nigel Benn, meilleurs poids moyens du Royaume-Uni à l’époque, ne voulaient pas affronter Graham ; Cook, lui, a osé rêver.

James Cook était quelqu’un de bien, jamais amer de ne pas avoir été invité au grand cirque des Benn, Watson ou Eubank. Il n’avait tout simplement pas le profil pour cela. Après la défaite, il reprit la route, cette fois dans les salles plus modestes du pays, continuant à gagner sa vie sans une plainte.

Mark Kaylor et James Cook avant leur combat pour le titre européen
Mark Kaylor et James Cook avant leur combat pour le titre européen (Monty Fresco/ANL/Shutterstock)

En 1990, Cook eut une nouvelle chance pour un titre britannique, cette fois à Belfast face à Sam Storey, idole locale. Contre toute attente, il stoppa Storey au dixième round, remporta le titre britannique des super-moyens, puis s’envola pour la France où il décrocha le titre européen en stoppant son adversaire au douzième round. James Cook n’était plus anonyme. Du moins, c’est ce que l’on aurait pu penser.

En avril dernier, quelques jours avant le combat Conor Benn vs Chris Eubank Jr, j’avais eu l’occasion d’échanger avec Cook. Il était fatigué, amaigri, mais toujours souriant et optimiste. Fraîchement sorti de chimiothérapie, il ne cherchait ni pitié ni attention. Ce soir-là, il était là pour soutenir, dans le coin du ring, Anthony Yarde. Une chose est sûre : James Cook ne jouait pas.

Je me souviens notamment d’une soirée oubliée dans l’histoire de la boxe britannique, en 1991 au York Hall. Pour des raisons étonnantes, Cook défendait son titre européen des super-moyens dans une petite salle contre Mark Kaylor, une star du milieu et dernier grand idole de l’Est londonien. Aujourd’hui, ce combat se déroulerait devant vingt mille spectateurs à l’O2.

“C’était comme ça à l’époque,” se remémorait Cook. Yarde était stupéfait. Ce soir-là, Cook fit taire les supporteurs de Kaylor en stoppant son adversaire au sixième round. Kaylor prit sa retraite, Cook défendit son titre européen lors d’un combat dans un centre de loisirs à Wandsworth. Le parcours de Cook est le témoignage d’une époque anonyme pour beaucoup, où il fallait lutter pour chaque petit fragment de reconnaissance. Il n’a jamais râlé ni geint.

En 1992, il prit de l’argent, alla perdre son titre européen en France, puis récupéra son titre britannique dans un bassin à vagues de l’Elephant and Castle, au sud de Londres, alors que Benn et Eubank commençaient à amasser des millions dans la même catégorie.

James Cook disputa son dernier combat au York Hall en 1994 et perdit son titre britannique. La véritable bataille commença alors, de l’autre côté des cordes, au Pedro Club, un club de jeunesse à l’ancienne, situé dans une zone difficile de Hackney, la tristement célèbre “murder mile”.

Son MBE reçu en 2007 lui rendait hommage pour ses miracles accomplis dans les rues de Hackney. Et il en avait fait. “La boxe leur donne de l’espoir, et ils n’en ont pas beaucoup,” me disait-il en 2019. “Ils voient ce que la boxe peut faire pour un homme – ici, les boxeurs ont bonne réputation.” Cook adorait le Pedro. Chaque jour était une lutte pour trouver des financements, pour garder les portes ouvertes et maintenir vivants ses rêves. C’était un homme de combat – il n’a jamais fui un défi.

James Cook faisait encore partie de ce rêve impossible quand il nous a quittés samedi dernier.

Points à retenir

  • James Cook symbolise cette génération de boxeurs qui ont dû batailler dans l’ombre, souvent oubliés des projecteurs et des grandes salles.
  • Son parcours illustre les dures réalités de la boxe professionnelle : déplacements constants, injustices et combats sans véritable reconnaissance.
  • Malgré les épreuves, Cook n’a jamais cédé à la plainte ni au cynisme, préférant garder le sourire et continuer le combat.
  • Son engagement dans la communauté de Hackney témoigne d’un autre rôle que peut tenir un sportif : celui d’éducateur et de mentor.
  • Face aux stars qui amassaient les millions, Cook représentait une boxe plus vraie, plus proche des racines du sport, loin du bling-bling.

Au final, on se demande comment un homme aussi talentueux, travailleur et apprécié a pu rester si longtemps dans l’ombre. Est-ce une question d’apparence, de timing, ou simplement de hasard cruel ? Peut-être est-ce le prix à payer pour un combat plus grand, celui de la dignité. Mais bon, après tout, si la boxe était juste, on aurait peut-être tous déjà raccroché les gants… Vous ne trouvez pas ?


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