L’équipe cycliste UAE Team Emirates s’expose à contribuer au “blanchiment d’image” du passé d’“atteintes graves aux droits humains” commises par les Émirats arabes unis (EAU), en raison de l’implication du pays du Golfe dans la guerre au Soudan, selon une alerte publiée ce jeudi par l’organisation Human Rights Watch (HRW).
Dans un communiqué, HRW explique que ses principaux sponsors sont des entreprises publiques et que l’équipe a déclaré vouloir représenter l’ensemble de la nation, les EAU. L’enjeu arrive alors que la formation compte deux coureurs dans le classement provisoire du Tour de France : le leader, le Slovène Tadej Pogacar, en quête d’un cinquième titre sur la course la plus importante du calendrier par étapes, et le Mexicain Isaac del Toro, actuellement troisième.
L’organisation affirme que, malgré les éléments de plus en plus nombreux suggérant un soutien militaire des EAU au groupe paramilitaire soudanais Fuerzas de Apoyo Rápido (FAR), l’équipe affiche en course de manière très visible des logos du gouvernement émirati.
HRW ajoute que l’équipe et ses partenaires pourraient, selon elle, profiter de cette forte médiatisation pour dénoncer le lien entre les EAU et un groupe tenu responsable de meurtres de masse, de violences sexuelles généralisées et d’autres violations graves au Soudan.
L’organisation accuse également les EAU d’utiliser des événements sportifs, de divertissement et culturels de grande ampleur pour afficher une image d’ouverture, alors que le gouvernement chercherait, en parallèle, à éviter l’attention sur ses violations systématiques et étendues des droits humains. Toujours selon HRW, Abu Dhabi s’appuie sur ces rendez-vous pour améliorer sa réputation, tout en maintenant une politique de tolérance zéro envers la dissidence interne et en soutenant, à l’étranger, des abus.
Depuis plus de trois ans, de nombreux rapports de médias internationaux, d’experts des Nations unies et d’organisations de défense des droits humains documentent régulièrement des flux d’armes, de personnel et d’autres formes d’appui en provenance des EAU vers les FAR. Ces forces combattent depuis avril 2023 l’Armée soudanaise, dans une lutte pour le contrôle du pays.
D’après HRW, le pays du Golfe aurait contribué à alimenter un conflit et une catastrophe humanitaire. Selon l’ONU, des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie, et près de 14 millions d’autres ont dû quitter leur domicile, faisant du Soudan le théâtre de la pire crise de déplacements et de faim au monde.
Points à retenir
- HRW reproche à l’équipe de mettre en avant les logos émiratis alors que le pays est accusé d’implication dans le conflit soudanais.
- Le Tour de France, avec ses images omniprésentes, devient malgré lui un décor idéal pour la bataille… de la réputation.
- Les accusations reposent notamment sur des rapports antérieurs faisant état de transferts d’armes et de soutiens vers les FAR.
- Si l’objectif affiché est de “représenter une nation”, HRW considère que cette représentation pourrait aussi servir à détourner le regard des responsabilités.
Et au fond, c’est là que ça coince : le sport est censé rassembler, mais quand les symboles politiques s’affichent au grand jour, il devient difficile de faire comme si tout était “simplement” sportif. De mon côté, je pense qu’on ne devrait pas laisser la communication couvrir les faits : une équipe peut gagner des étapes, mais elle ne peut pas s’exonérer du débat sur l’image et la responsabilité. En tant que journaliste, je trouve essentiel de garder la pression sur ces questions, parce que les droits humains ne se mettent pas en maillot le dimanche et en parenthèses le lundi.