Être arbitre est un métier ingrat. Malgré l’utilité et la complexité du rôle, les décisions des arbitres restent scrutées avec véhémence.
Lors du huitièmes de finale de la Coupe du Monde opposant l’Angleterre au Mexique, deux interventions de l’assistant arbitral vidéo (VAR) ont eu lieu après que l’arbitre ait permis le jeu de se poursuivre. La première a abouti à un carton rouge envers l’Angleterre, la seconde à un penalty en faveur du Mexique.
Comme on pouvait s’y attendre, les avis des supporters et des experts n’ont pas fait consensus sur ces décisions.
Après la rencontre, l’entraîneur de l’Angleterre, Thomas Tuchel, est revenu sur l’intervention de la VAR, en déclarant :
« les arbitres ne sont tout simplement pas assez bons, les agents responsables du VAR ne sont pas assez bons — c’est la réalité. »
La VAR est censée aider les arbitres
Peu de tournois sportifs attirent autant l’attention et l’examen que la Coupe du Monde masculine de la FIFA, qui entre dans ses phases finales.
La prise de décision sous pression devient une compétence critique pour l’arbitre. Toutefois, la décision dans le sport est extrêmement complexe et sujette à l’erreur, même pour les meilleurs.
Les arbitres doivent concilier des priorités opposées telles que la précision, l’équité, le divertissement et la sécurité, en temps réel, dans un environnement rapide, imprévisible et hostile.
Beaucoup se sont demandés si les arbitres peuvent être influencés par des biais, comme une préférence pour les équipes locales. Si l’on ne peut exclure l’existence de biais, des recherches récentes ont plutôt mis en évidence l’influence du « bruit » — la variabilité indésirable des jugements, provoquée par la fatigue, l’interprétation des règles, la perspective visuelle et l’environnement.
Nous sommes tous vulnérables à ce brouhaha dans nos propres décisions.
Pour tenter de réduire ce bruit décisionnel, la VAR a été introduite au football fin 2018.
Globalement, la VAR a conduit à une augmentation des décisions correctes : sur 2 195 matches dans 13 pays, une étude a observé une hausse significative de l’exactitude des décisions (passant de 92 % à 98 %) après l’intervention de la VAR.
Une autre étude a montré que les arbitres de la Premier League anglaise ont sollicité et annulé leur décision initiale dans 95 % des cas après recours à la VAR.
La VAR peut employer une gamme de méthodes d’amélioration que l’arbitre sur le terrain ne peut pas utiliser. Par exemple, l’observation de plusieurs rétroplaniques, le ralenti et différents angles ont tous démontré une amélioration de l’exactitude des décisions.
Cependant, même avec le soutien de la VAR, la prise de décision dans des sports dynamiques comme le football demeure une science imprécise, et viser une précision ou un consensus à 100 % n’est pas envisageable.
Cette absence d’accord définitif et les interruptions du match expliquent pourquoi la VAR est encore si impopulaire auprès des fans.
La VAR semble aussi influencer le comportement des arbitres.
Des preuves préliminaires suggèrent qu’ils prennent moins de décisions « en ligne » qui pourraient être revues par la VAR.
Par exemple, une étude a montré que les arbitres accordaient moins de cartons rouges et de penalties après l’introduction de la VAR. Deux petites études menées en Ligue israélienne ont décrit une fatigue mentale accrue des arbitres lors des matchs nécessitant la VAR. Beaucoup ont aussi modifié leurs décisions en fonction de la manière dont ils pensaient que la VAR percevrait l’action, plutôt que selon leur propre jugement. L’un des participants a déclaré :
« Maintenant, les arbitres courent sur le terrain en attendant que la VAR prenne les décisions à leur place. »
Ces résultats ne seraient peut-être pas nécessairement applicables à la Coupe du Monde, et des recherches de meilleure qualité sont nécessaires pour comprendre l’impact réel de la VAR sur le comportement des arbitres.
Voulons-nous réellement des décisions « correctes » ?
En fin de compte, il faut réfléchir à ce que nous cherchons vraiment. Regardez n’importe quel match de football et vous verrez des centaines d’erreurs humaines : mauvais positionnement, centre mal dosé, tir manqué. La plupart de ces erreurs s’effacent rapidement.
En revanche, les arbitres sont souvent tenus à un standard disproportionné.
Tout comme les entraîneurs et les joueurs, les arbitres ne peuvent pas être censés prendre chaque décision parfaitement. Si l’objectif est d’augmenter la précision grâce à la VAR, il faut accepter les délais et les interruptions qui l’accompagnent.
L’alternative serait d’accepter un certain niveau d’erreur humaine — ou de « bruit » — au profit d’une prise de décision qui s’insère dans le flux du jeu et qui n’est pas nécessairement exacte au regard du texte de la loi. Après tout, si la VAR ne détecte qu’un hors-jeu du bout du pied, est-ce vraiment ce que nous désirons en tant que passionnés ?
Comme l’a dit le sélectionneur croate Zlatko Dalic après la défaite controversée de son équipe contre le Portugal en huitièmes de finale :
« La VAR tue les émotions, elle tue tout ce qui est en nous. Nous sommes allés trop loin avec la VAR. »
L’impact sur les arbitres
Le débat sur les mérites de la VAR se poursuivra. Mais elle ne doit pas être un prétexte pour dénigrer les arbitres.
Les arbitres, à tous les niveaux, subissent insultes, menaces et violence, et beaucoup choisissent de quitter le football. Notre revue systématique a montré que la santé mentale des arbitres est directement liée à ces abus verbaux et physiques.
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Il faut se rappeler que la majorité des arbitres — notamment dans le football amateur — n’ont pas accès à la VAR pour prendre leurs décisions. Il est indispensable de les protéger et de changer la culture autour des abus envers les arbitres pour y parvenir.
Bon à savoir
- La VAR vise à réduire le biais et les erreurs dans les décisions, mais peut aussi introduire des interruptions et des délais de jeu.
- Les études montrent une augmentation de l’exactitude des décisions dans certains contextes, mais l’impact sur le rythme et l’ambiance des matchs reste débattu.
- Le comportement des arbitres peut être influencé par l’attente de la décision de la VAR, ce qui mérite une surveillance et des formations adaptées.
- Le phénomène d’insultes et de violence envers les arbitres est un enjeu de sécurité et de santé mentale nécessitant des mesures de prévention et une modification de la culture sportive.
- Les résultats et chiffres cités varient selon les ligues et les compétitions; il faut les interpréter avec prudence et dans leur contexte.