La Coupe du Monde de football n’était pas la seule source d’enthousiasme autour de Charlotte ces dernières semaines. Un rassemblement local a offert à des résidents malvoyants la chance de jouer et de bousculer les idées reçues sur la cécité.
Une douzaine de joueurs se sont réunis ce mois-ci sur un terrain de Matthews. Ils s’entraînaient et s’affrontaient grâce aux indications verbales des coachs et des coéquipiers, lors d’un événement organisé par Blind Football Nation.
Parmi les participants figurait Jahmil Garrett-Bey, âgé de 20 ans, qui a dribblé le ballon sur le terrain, ses pieds chaussés de baskets noires et blanches. Garrett-Bey venait de Virginie pour participer aux séances d’entraînement et aux rencontres de l’association.
« Avant, j’avais tendance à rester chez moi… puis je me suis lassé, et j’ai voulu profiter réellement de la vie », a-t-il confié. « Être aveugle ne veut pas dire que je ne peux pas sortir et profiter de tout ce que la vie offre. »
Selon l’US Association of Blind Athletes, le football pour aveugles est né en Espagne dans les années 1920. Garrett-Bey affirme que ce sport l’attire par sa capacité à rassembler les gens. « C’est mon sport préféré pour une raison. Je l’adore. Voilà pourquoi je viens ici et que je fais tout ça », a-t-il déclaré. « Parce que je veux que ma communauté malvoyante, ou n’importe qui, sorte et s’amuse. C’est ça, Blind Football Nation. »
« C’est vraiment une communauté », a ajouté la joueuse Kate Firehammer, 23 ans. Firehammer, qui souffre elle aussi de troubles visuels, a expliqué qu’un mélange de facteurs — notamment la rétinite pigmentaire — contribue à son handicap. Elle espère que des événements comme ce rassemblement changeront les perceptions publiques. « Quand on entend ‘aveugle’, on pense tout de suite à quelqu’un qui voit soit parfaitement, soit pas du tout, mais en réalité il s’agit d’un spectre. La vision de chacun diffère lorsque l’on est aveugle ou malvoyant. Avec le sport, les gens ont tendance à limiter ce que les personnes aveugles peuvent faire parce qu’ils ne comprennent pas nos capacités », a-t-elle confié.
Antoine Craig, fondateur de Blind Football Nation, était à proximité pour prodiguer des conseils aux joueurs lors de leurs exercices de contrôle du ballon. Craig, lui-même malvoyant, a lancé l’organisation il y a un an. « Aller enseigner aux enfants comment jouer au football pour aveugles m’a procuré beaucoup de joie et donné un sens à ma démarche », a-t-il raconté. « Je me suis un peu plus investi dedans. »
Les participants portent des masques oculaires afin que tous jouent sur un pied d’égalité, la cécité se situant sur un large spectre. Ils s’appuient aussi sur des repères verbaux et sur un ballon de football équipé de boîtiers métalliques qui font du bruit lorsqu’il se déplace, pour les aider à le localiser par le son.
Craig estime que ce sport peut aider à élargir les perceptions de ce que les personnes aveugles ou malvoyantes peuvent accomplir. Les organisateurs espèrent organiser d’autres événements afin que la joie de marquer un but continue de créer des moments de célébration bien après l’effervescence de la Coupe du Monde.
Bon à savoir
– L’inclusion sportive passe par des formats adaptés qui privilégient la communication verbale et l’entraide entre joueurs.
– Le football pour personnes malvoyantes s’appuie sur un ballon qui émet des sons et sur des aides auditives des joueurs pour favoriser l’orientation sur le terrain.
– Le port de masques oculaires permet d’aligner les conditions de jeu et de mettre l’accent sur les sens non visuels.
– L’origine du football pour aveugles remonte aux années 1920 en Espagne.
– Les initiatives locales, associations et bénévoles jouent un rôle clé dans la diffusion de pratiques sportives accessibles et dans la construction de communautés solidaires autour du sport.
– Développer ce type d’événement peut aider à réfléchir à des moyens concrets d’inclusion sportive sur d’autres disciplines et dans d’autres régions.
Note: Ce récit met en lumière une démarche locale visant à favoriser l’accès au sport pour toutes et tous, et invite à réfléchir aux conditions qui permettent à chacun de pratiquer librement et avec plaisir.