DesLesNews — Buenos Aires, Argentine — Des dizaines de milliers de fans de football ont envahi les rues de la capitale mercredi soir, célébrant la victoire de l’Argentine 2-1 face à l’Angleterre pour accéder à la finale de la Coupe du monde. D’autres criaient, certains sanglotent encore, et les plus intrépides ont couru, torse nu, sous une pluie hivernale battante à travers les artères de la ville, leurs corps peints des bleus et blancs nationaux. Des jeunes grimpaient sur les poteaux et les feux de circulation, agitant des drapeaux argentins; nombre d’entre eux pleuraient, dépassés par l’ampleur du moment. Les festivités, qui devraient durer tard dans la nuit, ont été déclenchées par le but victorieux de Lautaro Martínez à la seconde du temps additionnel, lors d’un match disputé à Atlanta. L’Argentine, championne en titre, affrontera l’Espagne en finale dimanche.
« Regardez autour de vous, tous ces inconnus qui sautent et dansent ensemble », a raconté Rosana Beto Cruz, religieuse catholique de 48 ans piégée dans l’océan de fans argentins convergeant vers l’Obélisque, monument emblématique du centre-ville, qui scandaient des chansons, klaxons et feux d’artifice. « La Coupe du Monde, notre équipe nationale, c’est cela qui se produit. »
L’Argentine vise désormais un nouveau trophée
La joie publique, selon de nombreux supporters, ne résidait pas tant dans l’accès à la finale ou dans la défense du titre remporté il ypoque quatre ans au Qatar, mais plutôt dans l’amour retrouvé d’un adversaire historique. La demi-finale de mercredi est le chapitre le plus récent d’une rivalité qui a largement dépassé le terrain et concerne le contrôle britannique des îles Malouines, que l’Argentine appelle les Malvinas et revendique comme territoire souverain.
« Ce n’est pas que du football, c’est battre le pays qui nous a brisés le cœur », a confié Maria Bertero, 40 ans, évoquant la guerre des Malouines de 1982. « Mon cœur souffre encore pour tous les jeunes garçons envoyés à leur mort. » Mais sa tristesse a cédé face à la magie du match de mercredi. « C’est immense. C’est magique. Ça me rend fière d’être Argentine. »
Les célébrations à Buenos Aires contrastent vivement avec les échanges sur les réseaux sociaux, où certains estiment que la FIFA et les arbitres conspirent pour faire progresser Lionel Messi et l’Argentine jusqu’à la finale. Rien ne prouve de telles allégations, mais plusieurs décisions litigieuses ont fait parler. Cela n’a toutefois pas éteint l’euphorie des Argentins. « Tout ce bruit sur une éventuelle manipulation, ont‑ils même regardé ce qui se passe sur le terrain ? Combien on a souffert ? » interrogeait Jorge Luis Lema, qui suivait le match dans un bar du centre, où l’ambiance était grave jusqu’à la 85e minute, quand le but d’Enzo Fernández a déclenché une euphorie pure. « C’est un mensonge. Le football, c’est le football. Qui gagne, gagne. Et l’Argentine a encore gagné. »
L’ombre d’une guerre lointaine et une rivalité tenace
La guerre des Malouines, qui fit 649 morts chez les Argentins — pour beaucoup de jeunes conscrits mal équipés face à l’armée britannique — demeure l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays. Elle a aussi façonné durablement la culture du football argentin depuis que l’un des plus grands joueurs de l’histoire, Diego Maradona, a mené l’équipe à la victoire contre l’Angleterre en quart de finale du Mondial 1986, avec le célèbre « main de Dieu » et un improbable sprint de 58 mètres surnommé le « but du siècle ». Un groupe d’anciens combattants argentins, cherchant à apaiser les tensions avant le match de mercredi, a déclaré que les buts de Maradona « nous ont déjà vengés », ajoutant : « Nous n’avons plus de scores sportifs à régler avec l’Angleterre ».
Pour Messi, cette rencontre était peut‑être la première et peut‑être la dernière face à l’Angleterre, et l’artiste de 39 ans a laissé une trace distincte, honorant encore une fois l’héritage de Maradona et les attentes écrasantes pesant sur lui et son pays. Les joueurs argentins ont brandi une grande banderole après le match: « Las Malvinas son Argentinas ». « Voir Messi jouer comme ça, à son âge, c’est sans mot », a déclaré Matías Adorno, 28 ans, l’un des innombrables fans portant des maillots à l’effigie du numéro 10. « En tant qu’Argentins, on lui a toujours mis énormément de pression. Mais il nous a donné tout ce qu’il avait. »
Tout au long de l’avenue 9 de Julio, au cœur de la capitale, des cris tels que « Por las Malvinas, por Diego, por la dernière de Leo » ont traversé l’air, tandis que les foules reprenaient des chants emblématiques depuis des décennies — « El que no salta es un inglés » (« Celui qui ne saute pas est un Anglais »).
Les célébrations ont offert une catharsis rare à de nombreux Argentins, déjà traversés par les divisions politicot économiques sous le gouvernement libertarien radical de Javier Milei et habitués à des cycles de crise. « C’est une joie pure, surtout dans le contexte difficile que nous traversons, avec la vie devenue très coûteuse et ce président qui nous divise », explique Yanina Quinteros, 40 ans, portant sur les épaules sa fille de six ans, les mains sur les oreilles face aux feux d’artifice. « Nous sommes tous ici pour célébrer ce soir: grands-parents, enfants, mères et pères. » Le président Milei a lui aussi évoqué partager cette joie. « Ils ont gagné un match qui est très important d’un point de vue émotionnel », a déclaré Milei à la radio après la rencontre. « C’est une joie immense, une émotion écrasante et indescriptible. »
Bon à savoir
– Le contexte des Malouines et les implications historiques dans le sport argentin: l’arène sportive y est souvent mêlée à des questions identitaires et de mémoire collective.
– Lionel Messi et la place du joueur dans la culture sportive argentine: l’importance de son leadership et de la pression publique autour de ses performances.
– Le climat politique et économique actuel en Argentine et son impact sur le sentiment national autour du sport: comment les victoires sportives peuvent temporairement apaiser les tensions sociales.
Pour rappel, ce récit a été rédigé dans l’esprit des reportages de LesNews, en adaptant le style et le vocabulaire pour offrir une vision fluide et contextualisée de l’événement, tout en évitant les récits sensationnalistes et en encourageant la réflexion autour des enjeux historiques et sociétaux.