A quel moment Luis Enrique a-t-il su que tout allait bien se passer, que son équipe du Paris Saint-Germain allait s’imposer face à l’Inter à l’Allianz Arena pour offrir au club son premier titre en Ligue des champions ? L’entraîneur affichait en tout cas une confiance tranquille lorsqu’il est apparu sur la pelouse près de 90 minutes avant le coup d’envoi, pour un dernier briefing avec ses adjoints.
Les ultras parisiens se tenaient déjà derrière un des buts, sautillant en masse, prêts à faire vibrer les tribunes tout au long du match. Luis Enrique avait le sentiment que les signes étaient là. Chaque fois que Munich avait accueilli une finale de la Ligue des champions, un nouveau champion avait vu le jour : Nottingham Forest en 1979, Marseille en 1993, Borussia Dortmund en 1997, Chelsea en 2012. Inter, triple vainqueur, restait le favori historique.
Homme spirituel, Luis Enrique s’appuie aussi sur des symboles. Depuis la disparition de sa fille Xana en 2019, à seulement neuf ans, d’un cancer des os, il porte une lumière intérieure. “Tu seras l’étoile qui guide notre famille”, écrivait-il en hommage. Au-delà de sa douleur immense, il puise une force dans le temps qu’ils ont partagé.
Une fois le match lancé, tout semblait juste parfait pour le PSG. Luis Enrique avait affirmé connaître la recette pour déverrouiller la défense solide de l’Inter. Sa philosophie de jeu reposait sur le mouvement, la fluidité des positions, les surcharges inhabituelles et une pression agressive. Et un avantage de 2-0 dès la 20e minute renforçait la confiance.
Malgré un score déjà impressionnant (3-0 en seconde période), il voulait un quatrième but pour éviter tout relâchement, conscient que l’Inter pouvait revenir. Le but de Khvicha Kvaratskhelia à la 73e minute devait être l’instant décisif pour le coach espagnol, même s’il laissa éclater sa joie lorsque Senny Mayulu inscrivit le cinquième but juste avant la fin.

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À 19 ans, ce jeune remplaçant débordait de joie et d’incrédulité. Pour Luis Enrique, c’était la preuve de son incroyable capacité à révéler les talents, mais aussi la représentation de ce collectif qu’il a construit : une équipe sans stars flamboyantes, capable de performances exceptionnelles sur la plus grande scène du football.
Lorsque le capitaine Marquinhos est apparu sous une pluie de confettis dorés pour soulever le trophée – un peu prématurément –, il était clair que Luis Enrique mérite désormais une place parmi les grands entraîneurs de l’histoire.
Ce succès à Munich scelle son deuxième triplé “classique” (championnat, Ligue des champions, coupe nationale) après celui réalisé avec le FC Barcelone en 2014-15. Seul Pep Guardiola, son ancien coéquipier à Barcelone et en sélection espagnole, a réussi cet exploit, avec Barcelone en 2008-09 et Manchester City en 2022-23. Mais la vraie différence réside dans la manière dont Luis Enrique a accompli cela au PSG.
Contrairement à son passage à Barcelone où il a pu compter sur des légendes comme Messi, Neymar, Suárez, Busquets, Iniesta ou Xavi, il a façonné ce PSG avec l’aide de Luís Campos, directeur du recrutement, en assemblant un groupe plus discret mais soudé. L’été dernier, des joueurs comme Willian Pacho, João Neves et Désiré Doué ont rejoint l’effectif, complétés par Kvaratskhelia en janvier.
Le club a investi environ 200 millions de livres uniquement sur ces recrues, profitant de la puissance financière de ses propriétaires qataris. Pourtant, Luis Enrique a réussi le tour de force de forger une équipe qui joue pour le collectif et non pour l’égo individuel, marquant une nette rupture avec les dernières générations du club, et affichant une identité claire et appréciable.

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Ousmane Dembélé, recruté l’été 2023 lors de l’arrivée de Luis Enrique, a marqué 33 buts cette saison. Face à l’Inter, il n’a pas augmenté son compteur, mais a offert deux passes décisives et a été une menace constante. Son engagement défensif et son énergie dans le pressing ont particulièrement séduit son entraîneur.
« Tout le monde parle du Ballon d’Or… mais je le donnerais à Dembélé rien que pour son travail défensif contre l’Inter », a confié Luis Enrique. « Il a montré de quoi il était fait. Il a été un leader humble. »
Le technicien avait bien prédit une progression de son équipe : « La première année dans un club est rarement parfaite, mais la deuxième permet de grandir tant sur le plan footballistique que psychologique. » Le déclic a eu lieu en janvier, lors de la remontée spectaculaire contre Manchester City (4-2) en phase de groupes, un signe avant-coureur de ce qui allait suivre.
Depuis, le PSG a déroulé, dominé Liverpool, Aston Villa, Arsenal et enfin Inter jusqu’à ce couronnement final. À l’issue de la rencontre, les ultras ont déployé un tifo émouvant montrant Luis Enrique et Xana plantant un drapeau aux couleurs du PSG, rappelant le geste célébré après la victoire en finale de Ligue des champions avec Barcelone en 2015. Un moment chargé d’émotion, qui souligne combien Xana peut être fière de son père.
Points à retenir
- Luis Enrique a manifesté une confiance tranquille bien avant le coup d’envoi, preuve qu’il maîtrise son art sermoneur autant que tacticien.
- Munich semble vraiment être une ville magique pour la naissance de nouveaux champions, au détriment des habitués, cette fois c’est PSG qui en profite.
- Le souvenir de Xana, fille de l’entraîneur, transcende la dimension sportive et ajoute une belle touche humaine à ce succès.
- Le PSG version Enrique n’est plus seulement un catalogue de stars, mais un collectif structuré où les jeunes talents comme Mayulu peuvent éclore en finale.
- Dembélé pourrait bien recevoir un Ballon d’Or bis pour son pressing acharné, parce qu’évidemment c’est aussi ça, le football moderne.
- Cette équipe a franchi un cap en janvier, preuve qu’en football comme dans la vie, on apprend mieux après la période d’essai.
- Le rôle de Luís Campos ne doit pas être sous-estimé dans la composition de cet effectif ni les 200 millions injectés, histoire de rappeler que les miracles ont toujours un prix.
En fin de compte, on pourrait se demander si Luis Enrique est un magicien de l’entraîneur ou juste un gars qui a eu la chance d’hériter d’un coffre-fort qatari bien rempli. Une chose est sûre, ce PSG a trouvé sa voie, entre magie collective et folie des grandeurs. Et moi, perso, j’attends avec impatience la prochaine saison : est-ce que la potion va tenir sous la pression ou va-t-on vite retrouver les débats habituels sur le poids des stars et le charme du « vrai » football ? Suspense, mes chers lecteurs, qui a dit que le football était prévisible ?