Les clubs ont volé, mais la serviette n’a pas été jetée. Rory McIlroy a livré une bataille acharnée face au parcours impitoyable d’Oakmont et à ses propres frustrations pour décrocher sa qualification pour le week-end du 125e US Open. Tandis que McIlroy s’accrochait, plusieurs têtes d’affiche ont quitté la Pennsylvanie prématurément : le tenant du titre Bryson DeChambeau, Tommy Fleetwood, Dustin Johnson, Joaquin Niemann, Justin Thomas et Shane Lowry. Ce dernier a parfaitement illustré l’effet qu’Oakmont peut avoir sur l’esprit, écopant d’une pénalité d’un coup après avoir déplacé sa balle sur le green du 14e sans la marquer. L’Irlandais n’a pu que rire de lui-même, et à juste titre.
La journée de McIlroy avait mal commencé avec deux double bogeys en trois trous. Au 12e, l’ancien champion du Masters a lancé son fer à 30 yards dans le fairway, exaspéré par un coup raté. Cinq trous plus tard, il a même cassé un marqueur de départ en frappant son bois 3. Malgré tout, son courage a brillé : il a réussi un coup d’approche à 1,20 m du trou au 18e, un birdie lui assurant un 72, soit six coups au-dessus du par total. Ses quatre derniers trous, joués en deux sous le par, ont été décisifs. La folie de cet US Open laisse à McIlroy l’espoir d’une victoire improbable. Seuls trois joueurs sont sous le par : Sam Burns, JJ Spaun et Viktor Hovland, Burns occupant la première place avec trois coups sous le par.
Bienvenue à Grindsville, Pennsylvanie. Tout golfeur capable de rester immobile a réussi un tour honorable. Les putts de quatre pieds étaient traités comme un examen national, déconcertant même les meilleurs. George Duangmanee, en découverte à l’US Open, a signé des cartes de 86 et 89, sans un seul birdie. Cette épreuve est un véritable spectacle pour ceux qui aiment voir les champions transformés en pâles héros tremblants.
La sortie de DeChambeau à dix coups au-dessus du par reste une surprise, avec une carte de 77 après un 73 initial. Justin Thomas, avec un quadruple putt depuis 6,70 m, a enchaîné deux tours à 76, tandis que Dustin Johnson, vainqueur ici en 2016, semble amorcer une fin de carrière anticipée.
Denny McCarthy n’a pas mâché ses mots en qualifiant les tours à Oakmont de cinq heures et demie comme « un coup de poing en pleine figure ». L’agacement se lisait sur le visage de Jon Rahm après son 75. « Je suis trop énervé pour prendre du recul », avouait-il. « C’est frustrant de voir mes bons putts ne jamais toucher le trou. » Avec un total à +4, il reste toutefois en lice.
Scottie Scheffler partage le même score que Rahm. Après un coup dévié, il s’est exclamé « Oh sacr… » – une rare explosion de colère pour lui. « J’ai vraiment bataillé. C’est difficile et je ne plaçais pas la balle au bon endroit, payant les conséquences. Rester à un coup au-dessus aujourd’hui, c’est presque une victoire. Autour de ce parcours, je ne suis sûrement pas encore éliminé. » Et il s’est entraîné encore trois heures après son dernier trou.
Dans ce contexte infernal, la performance de Sam Burns vendredi a été remarquable. Il a transformé un putt de six mètres au 9e pour finir à -5 (65), prenant la tête provisoire. « Ce parcours est tellement dur qu’il est impossible de savoir ce qui est un bon score », expliquait-il. « Il faut jouer coup par coup et rester patient. Forcer le jeu ne mène à rien. »
Viktor Hovland maintient la pression. Malgré une réaction un peu poussive au 11e avec un double bogey, il a réussi à terminer avec un score de 68, soit un coup sous le par à mi-parcours. Dans cette année de Ryder Cup, ce retour en forme rassure l’Europe et son capitaine Luke Donald.
Brooks Koepka, quant à lui, a réussi à se placer trois coups sous le par en milieu de parcours avant de s’égarer avec plusieurs bogeys, terminant à +2 (74). Malgré ce score décevant, il reste bien dans la compétition. Koepka, ancien spécialiste des tournois majeurs, avait connu des résultats en demi-teinte après son triomphe au championnat PGA 2023, manquant le cut au Masters et à l’événement de Quail Hollow, où il avait été conspué pour sa participation au LIV Tour. Que ce soit grâce à un changement d’état d’esprit, une discussion franche avec son coach Pete Cowen, ou une remise à niveau technique, il semble redevenu une menace sérieuse. Oakmont ne l’impressionnera pas, contrairement au reste des concurrents.
Points à retenir
- Oakmont est un véritable test mental et physique – même les meilleurs joueurs tremblent face à ses défis.
- Le moindre oubli, comme ne pas marquer sa balle, peut coûter un tour complet (voir Shane Lowry et son penalty à 1 coup).
- Le parcours semble se jouer aussi bien dans la tête que sur le fairway : la patience et la capacité à s’adapter sont cruciales.
- Les favoris ont plus que jamais besoin de résistance mentale ; les erreurs coutent cher, et les scores explosent vite.
- Un outsider comme Sam Burns semble avoir adopté la bonne stratégie : se contenter de ce que le parcours offre, sans chercher la perfection impossible.
- Koepka, malgré un début de saison compliqué, montre que même une star déchue peut se rappeler au bon souvenir des fans en se battant.
Au final, cet US Open est une scène où la folie côtoie le talent. J’en viens à me demander si ce parcours a été conçu pour éliminer les egos plus que les balles mal frappées. Quoi qu’il en soit, je garde un œil curieux sur la suite : qui réussira à dompter cette bête verte sans perdre son calme ? Spoiler : pas sûr que ce soit pour les âmes sensibles.