Les quatre grands tournois de tennis (les “grand slam”) ont décidé de créer un Player Advisory Council, un conseil consultatif officiel de joueurs. Objectif annoncé : désamorcer la polémique autour du partage des revenus et des prix.
Cette annonce devrait être confirmée mercredi, au moment où l’US Tennis Association (USTA) publie le montant des primes du US Open pour cette saison. Les sommes en jeu devraient dépasser les 100 millions de dollars pour la première fois, ce qui ferait déjà beaucoup parler dans les loges.
Le bras de fer dure depuis près de 18 mois. Des joueuses et joueurs en tête du classement — dont Jannik Sinner et Aryna Sabalenka — réclament une part plus importante des revenus des tournois. Ils demandent aussi un cadre plus lisible : davantage de contributions au bien-être des athlètes et une représentation des joueurs plus “réelle” dans la gouvernance.
En parallèle, les tensions ont déjà pris la forme d’actions médiatiques : les meilleurs joueurs, hommes et femmes, ont renoncé à certaines activités presse liées à leurs contrats au French Open, en mai. Un boycott prévu à Wimbledon le mois suivant a finalement été annulé après des discussions de dernière minute.
Sur le cœur du sujet, les joueurs souhaitent que les grand slams s’alignent sur les circuits ATP et WTA, notamment via un objectif de 22 % des revenus consacrés aux prix. À titre de comparaison, Wimbledon proposait environ 14,4 % du total des gains du tournoi, avec une enveloppe de 64,2 millions de livres.
Les grand slams restent sous pression, et beaucoup attendent un signal clair de l’USTA, désormais dirigée par Craig Tiley, ancien directeur général de Tennis Australia.
Le US Open démarre le 30 août. Historiquement, c’est le tournoi qui verse les primes les plus élevées : l’an dernier, le fonds total s’élevait à 90 millions de dollars. Dans le vestiaire, l’idée que le total franchisse 100 millions pour la première fois circule déjà… et pas juste pour la galerie.
Si les joueurs n’estiment pas les primes à la hauteur, la menace d’une nouvelle opération de boycott médiatique à Flushing Meadows reste dans l’air. Ils attendent aussi de connaître les détails du futur Player Advisory Council avant d’officialiser leur position.
Selon une source impliquée dans les discussions, l’enjeu central est simple : permettre aux joueurs de participer concrètement à la façon dont la représentation se met en place. Qui désigne les représentants ? Comment sont-ils sélectionnés ? Et surtout : jusqu’où ces représentants auront voix au chapitre dans les décisions des tournois.
À noter : l’ATP et la WTA disposent déjà de conseils de joueurs, dont les membres sont élus directement par les athlètes pour des mandats définis.
Enfin, l’affaire ne se limite pas au simple sujet des primes. Plusieurs joueuses et joueurs avaient aussi évoqué un boycott du double mixte du US Open, qui se joue la semaine prochaine. L’USTA veut notamment développer cette épreuve en la transformant en événement sur trois semaines.
Dans les inscriptions dévoilées mardi, Jannik Sinner (numéro 1 mondial chez les hommes) ne figure pas dans le tableau principal. En revanche, Aryna Sabalenka (numéro 1 côté femmes) participera à un double mixte avec Novak Djokovic. L’an dernier, Sinner avait pris part au double mixte avec Katerina Siniakova, mais s’était retiré pour cause de maladie contractée lors de la semaine précédente au Cincinnati Open.
Points à retenir
- Les “grand slam” veulent calmer le jeu avec un conseil consultatif : pratique, mais il reste à voir si la consultation pèse vraiment dans les décisions.
- L’objectif affiché côté joueurs : rapprocher la part des primes de celle des circuits ATP/WTA (autrement dit, moins de “promesses”, plus de pourcentage).
- Le US Open pourrait franchir le cap des 100 millions de dollars : un chiffre qui donne envie… et qui devient vite un test de crédibilité.
- Les joueurs gardent une carte en réserve : le boycott médiatique, si les montants ou le dispositif de représentation ne leur conviennent pas.
- Le double mixte n’est pas oublié : entre développement commercial et calendrier, les athlètes surveillent aussi les détails concrets.
À mes yeux, ce qui se joue n’est pas seulement une bataille de montants. C’est une question de pouvoir : qui parle, qui décide, et avec quelle légitimité. En tant que journaliste, je ne peux que suivre ça de près — parce que quand les athlètes demandent une place dans la gouvernance, ce n’est pas une revendication “mode”, c’est un signal envoyé à tout un système. Et franchement, il était temps.