La mission MicroCarb, réalisée en partenariat avec l’Agence spatiale française CNES, s’apprête à devenir le premier satellite européen dédié à la surveillance du dioxyde de carbone, un jalon important dans la lutte mondiale contre le changement climatique.
Lancé avec succès ce matin depuis Kourou en Guyane française à bord d’une fusée Vega-C, MicroCarb rejoint la constellation internationale virtuelle de satellites dédiés aux gaz à effet de serre (GES), apportant un saut notable dans les capacités de surveillance climatique à l’échelle mondiale.
Avec un financement de 15 millions de livres sterling apporté par l’Agence spatiale britannique, cette mission confirme la place du Royaume-Uni comme acteur majeur des sciences climatiques et des technologies spatiales. En orbite à 650 km, MicroCarb utilise une technologie révolutionnaire de balayage des villes, capable de cartographier les émissions de CO₂ avec une résolution inédite de 2 km sur 2 km — un niveau de précision jamais atteint depuis l’espace. Cette performance est essentielle puisqu’aujourd’hui plus de 70 % des émissions mondiales de CO₂ proviennent des zones urbaines.
Sir Chris Bryant, ministre britannique chargé du spatial, insiste :
« Cette mission innovante illustre ce que nous pouvons accomplir en associant la dynamique de l’industrie spatiale britannique à notre expertise scientifique approfondie. Soutenu par 15 millions de livres du gouvernement, le satellite MicroCarb transformera notre capacité à suivre les émissions de carbone, un élément clé du plan gouvernemental pour une transition énergétique ».
« C’est aussi une nouvelle preuve de la richesse de notre collaboration avec la France, renforcée récemment lors du sommet franco-britannique par nos deux chefs d’État. »
La précision des mesures fournies par MicroCarb permettra de vérifier les objectifs climatiques et de guider les stratégies vers la neutralité carbone. Les données recueillies offriront aux gouvernements des repères fiables pour suivre les progrès réalisés dans le cadre de l’Accord de Paris et élaborer des politiques efficaces de réduction des émissions.
Dr Paul Bate, directeur de l’Agence spatiale britannique, ajoute :
« Les satellites comme MicroCarb sont nos yeux dans le ciel. Plus de la moitié des données cruciales sur le changement climatique proviennent de l’espace. Le lancement réussi de MicroCarb est une avancée majeure dans notre capacité à suivre les émissions et l’absorption du carbone avec une précision inédite, des villes aux forêts et océans. »
« Reliés par des investissements et expertises britanniques et françaises, c’est une fierté pour nos deux secteurs spatiaux et un bel exemple de collaboration internationale. »
Au-delà des émissions urbaines, MicroCarb surveillera également les puits naturels de carbone tels que les forêts et les océans, contribuant à mieux comprendre où et combien de carbone est absorbé par la planète. Ces données seront cruciales pour améliorer les bilans nationaux de carbone et identifier de nouvelles opportunités de capture et stockage du carbone (CSC).
Le satellite mesurera aussi la fluorescence induite par le soleil (SIF), une faible lueur émise par les plantes lors de la photosynthèse. Ce signal aidera à quantifier l’absorption de carbone par la végétation, renseignant ainsi le cycle du carbone et distinguant les émissions naturelles des sources humaines.
La science britannique a joué un rôle central dans cette mission : le National Physical Laboratory (NPL) a fourni les moyens de calibration au sol pour tester les performances du satellite avant son lancement. Paul Green, du NPL, collabore également au développement d’algorithmes garantissant la qualité des données.
Thales Alenia Space UK a assuré l’assemblage, l’intégration et les tests du satellite à Harwell, tandis que RAL Space a mis au point le système de pointage et de calibration, indispensable pour des mesures précises.
En partenariat avec Capgemini France, GMV UK s’occupe du développement et de la validation des algorithmes et des processeurs opérationnels nécessaires à la fiabilité des produits CO₂.
Le professeur Paul Palmer, du National Centre for Earth Observation (NCEO) et de l’Université d’Édimbourg, est le chef de file britannique pour MicroCarb. Il transformera les données de CO₂ en cartes détaillées d’absorption et d’émissions de carbone. Son collègue Dr Rob Parker, avec l’appui de l’Université de Leicester, est responsable du développement de l’algorithme SIF.
Selon Paul Palmer :
« Nous assistons actuellement à des changements rapides et sans précédent dans le cycle mondial du carbone. MicroCarb fournira des données cruciales sur le SIF et le CO₂ atmosphérique, indispensables pour comprendre ces évolutions. Il va aussi revitaliser une constellation virtuelle de satellites vieillissante, offrant des données de qualité pour le prochain bilan global de l’Accord de Paris. »
« Plus largement, MicroCarb illustre les capacités de pointe de la science et de l’ingénierie britanniques, travaillant main dans la main avec nos partenaires français. »
Ce partenariat franco-britannique, initié en 2014 et renouvelé en 2021, témoigne d’une coopération solide en matière de programmes spatiaux. Récemment, les deux pays ont étendu leur collaboration stratégique dans les domaines de l’espace et des technologies de sécurité, avec des annonces spécifiques sur les communications par satellite et les systèmes PNT (positionnement, navigation et synchronisation).
Alors que le monde s’efforce de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, MicroCarb constitue une étape essentielle pour fournir des données transparentes et vérifiables, nécessaires pour tenir les États responsables et accélérer la transition vers un avenir bas carbone. Les premiers résultats sont attendus dans environ un an et offriront un éclairage inédit sur les principaux émetteurs urbains ainsi que sur la performance des puits naturels de carbone, informations capitales pour les prochaines évaluations climatiques internationales et pour le développement futur de la surveillance terrestre britannique.
Points à retenir
- MicroCarb sera le pionnier européen de la surveillance fine du CO₂ depuis l’espace, grâce à une résolution inédite dans la cartographie des émissions urbaines.
- Cette mission illustre un bel exemple de coopération franco-britannique, un partenariat qui paraît aussi solide qu’une vieille alliance diplomatique, avec un léger boost technologique en prime.
- Le Royaume-Uni ne fait pas que lancer des satellites, il investit aussi dans la maîtrise des données, des algorithmes et de la calibration au sol, histoire de ne pas envoyer des chiffres approximatifs à la planète entière.
- La technologie innovante de MicroCarb ne se limite pas aux villes : elle s’intéresse aussi à ces fameux puits de carbone naturels – forêts et océans – ces héros méconnus qui luttent contre l’emballement climatique.
- Le satellite mesure également la fluorescence des plantes, un phénomène presque poétique qui, en lumière tamisée, révèle le secret de la photosynthèse et du cycle du carbone.
- Les données fournies dans un an devraient nourrir des décisions politiques, mais aussi calmer – ou alimenter – certains débats enflammés sur les chiffres du climat.
En fin de compte, on pourrait se demander si la précision fine de MicroCarb suffira à calmer les sceptiques du climat ou à motiver les dirigeants au niveau mondial. L’efficacité de ces données dépendra moins de la qualité des satellites que de la volonté politique et sociale de les utiliser. Mais bon, espérer que la raison l’emporte dans ce grand bal climatique, c’est un peu comme compter sur un cocktail Molotov pour éteindre un feu de forêt… On verra bien.