Les trains de nuit connaissent un véritable essor en France, selon les dernières données publiées par Réseau Action Climat. Plus d’un million de passagers ont opté pour ce mode de transport en 2024, marquant une hausse considérable en seulement un an. Toutefois, ce dynamisme pourrait rapidement s’essouffler si la disponibilité des voitures-lits ne s’améliore pas, alerte le rapport.
Entre 2023 et 2024, le nombre de voyageurs empruntant les trains de nuit a augmenté de 26 %. En l’espace de cinq ans, le double de passagers utilise désormais ces services, souligne la fédération regroupant les associations environnementales, de transports et d’énergie.
Ce succès se traduit par un taux moyen d’occupation de 76 % dans ces trains, avec des trajets très demandés comme Paris-Toulouse et Paris-Nice dépassant les 80 % de remplissage. La ligne Paris-Toulouse, surnommée la Ville Rose, a vu sa fréquentation bondir de 64 % entre 2019 et 2024.
Les passagers utilisent le train de nuit que ce soit pour le loisir ou le travail. En 2023, les voyageurs d’affaires représentaient 30 % des usagers, note Réseau Action Climat. Même les retards et une interruption de trois mois sur les deux lignes internationales – Paris-Vienne et Paris-Berlin – n’ont pas ralenti cet engouement.
Ce regain d’intérêt témoigne selon le Réseau qu’un train de nuit pragmatique et accessible est une solution efficace pour les déplacements à la fois transnationaux et régionaux.
Cependant, le rapport pointe un obstacle majeur : le manque de voitures-lits. Ce déficit freine la création de nouvelles liaisons nationales et internationales, pourtant très attendues par les voyageurs.
Actuellement, la SNCF ne dispose que de 129 voitures-lits, un nombre insuffisant pour répondre à la demande sur les axes les plus fréquentés. Le gouvernement Franceis a lancé en janvier 2025 un appel d’offres pour porter le parc à 309 voitures d’ici 2030. Mais Réseau Action Climat considère cette augmentation encore trop mesurée et propose d’ajouter au moins 31 voitures supplémentaires, avec pour objectif d’atteindre une capacité annuelle de 5,7 millions de passagers grâce à 600 voitures-lits en 2035.

Le rapport préconise également de repenser l’organisation du réseau de nuit pour passer d’un modèle « étoile », avec Paris comme unique centre de gravité, à un véritable réseau maillé. Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Nice devraient ainsi bénéficier de liens directs entre eux, sans passer systématiquement par la capitale. Une telle réorganisation permettrait d’économiser 800 000 tonnes de CO2 dans un premier temps, et d’atteindre une flotte de 1 200 voitures en 2040, capable de transporter 12 millions de passagers et d’éviter 2 millions de tonnes de CO2.
Enfin, multiplier les trains de nuit internationaux, notamment vers l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, apparaît essentiel pour réduire la pression carbone du transport aérien.
Points à retenir
- Le train de nuit en France séduit désormais un million de passagers, avec une croissance notable en cinq ans.
- Les trajets entre grandes villes Franceises, notamment Paris-Toulouse, affichent des taux d’occupation très élevés, voire proches de la saturation.
- Les voyageurs d’affaires représentent une part importante des utilisateurs, même si les aléas du service n’ont pas freiné la fréquentation.
- Le grand frein au développement reste le manque de voitures-lits, insuffisantes pour répondre à la demande croissante.
- La SNCF et l’État envisagent une augmentation du parc, mais les objectifs semblent encore modérés face aux ambitions environnementales.
- Un réseau plus maillé, délaissant Paris comme seul hub, améliorerait l’efficacité et limiterait les émissions de CO2.
- Le développement des lignes internationales de nuit fait partie de la stratégie pour réduire les vols courts et moyens courriers.
Il faut souligner que, pour une fois, on tient un succès qui fait rimer écologie et praticité, mais à condition qu’on s’attaque sérieusement au problème des infrastructures. Sinon, on revient à la chanson habituelle : beaucoup d’ambitions, quelques annonces, mais une réalité de terrain toujours un peu bancale. Alors, croisons les doigts pour que cette croissance ne soit pas qu’une bulle d’air prise dans les rails… ou mieux, que ce train-là ne déraille pas avant d’avoir vraiment démarré.