sam. Juin 13th, 2026
Sydney Sweeney brille dans le biopic de boxe : 'Christy' !
Score final

Le genre cinématographique de la boxe a connu un grand succès durant les années 1930 et 1940, avec des classiques comme « The Champ » (King Vidor, 1931) et « Body and Soul » (Robert Rossen, 1947). Il a également connu un essor dans les années 1970 avec le succès phénoménal de « Rocky ». En revanche, les films de boxe centrés sur des femmes sont très rares, malgré l’espoir qu’avait suscité l’Oscar de Clint Eastwood pour « Million Dollar Baby ». Bien que Karyn Kusama ait réalisé « Girlfight » auparavant et que quelques films moins marquants aient suivi, les histoires de boxeuses n’ont pas réussi à s’imposer sur grand écran.

« Christy », le tout nouveau film du talentueux réalisateur australien David Michôd (« Animal Kingdom »), visait à transformer Sydney Sweeney en une sorte de femelle Raging Bull. Les films de boxe demandent souvent une transformation physique importante de leurs actrices, souvent couronnée de nominations ou de récompenses aux Oscars (Robert De Niro étant un exemple marquant). En incarnant Christy Martin, Sweeney a dû prendre du poids, développer sa musculature, subir un entraînement intensif, et arborer une coupe à la mullet. Malheureusement, ces efforts n’ont pas suffi à relancer l’intérêt pour le film : il a fait un flop au box-office et a récolté des critiques plutôt tièdes. Si Sweeney espérait fouler le tapis rouge pour un Oscar prochainement, elle devra patienter encore un peu. Il semble que la controverse autour de sa campagne pour American Eagle ait éclipsé sa quête de reconnaissance en tant qu’actrice sérieuse.


L’intrigue de « Christy » s’étend sur près de deux décennies et débute en 1989. Christy Salters, une adolescente lesbienne issue d’une famille conservatrice des mines en Virginie-Occidentale, passe de la pratique du basket-ball et de l’amateurisme dans la boxe à la réussite lorsque l’entraîneur de boxe Jim Martin, au départ à contrecœur, prend son destin en main. On assiste ici à un mélange de Rocky et de « Mo Cuishle » (le surnom gaélique donné à l’héroïne de « Million Dollar Baby »). Salters, pour sa part, obtient le surnom de « la fille du mineur », rappelant inévitablement le film d’où vient ce titre, pour lequel Sissy Spacek a remporté un Oscar en incarnant la chanteuse country Loretta Lynn. Comme dans ce film, l’histoire de Salters s’inscrit dans la tradition du passage de la pauvreté à la richesse. Toutefois, le succès sur le ring, comme nous l’ont appris « Champion » et « Raging Bull », n’est pas exempt d’autres dérives.

En se concentrant sur la vie de Christy, maintenant Christy Martin après son mariage avec son entraîneur, David Michôd, qui a coécrit le scénario avec Mirrah Foulkes, met en lumière une réalité sombre mêlant homophobie, exploitation, manipulation psychologique et violence domestique culminant dans une tentative de meurtre.

Les amateurs de boxe connaissent bien l’histoire de Martin : elle a cumulé une série de victoires impressionnantes sur le ring et est devenue la première boxeuse à figurer sur la couverture de « Sports Illustrated », avec un titre au jeu de mots très réussi : « The Lady Is a Champ ». (Netflix propose un documentaire de 2021 à son sujet, « Untold: Deal With the Devil »). Elle a aussi lutté verbalement contre ses adversaires jusqu’à ce qu’elle fasse face à des hommes : le légendaire promoteur Don King (incarné ici par Chad L. Coleman), qui a travaillé avec Muhammad Ali et Mike Tyson ; et surtout, son mari, dans une performance psychotique de Ben Foster, un acteur incroyablement talentueux qui mérite beaucoup plus de reconnaissance. Dans une scène presque accessoire, il l’emmène dans un motel sordide pour boxer un homme, une sous-intrigue de prostitution difficile à ignorer. Martin agit effectivement comme la proxénète de Christy, et dans une autre scène troublante, il l filme à domicile avec un pénis en prothèse. Michôd, dont le film a été réalisé en coopération avec Christy, ne laisse que peu de place à l’imagination concernant leur vie commune. L’histoire de cette Rocky féminine s’apparente à une version de « Sleeping with the Enemy ».

Cependant, c’est précisément là que se situe le problème du film. Il retrace méthodiquement les obstacles en suivant Christy : le conflit avec des parents, pour le dire poliment, peu à l’aise avec sa sexualité, tout en survivant dans un mariage hétérotoxique. Les combats sur le ring deviennent dès lors des métaphores de sa lutte pour son identité sexuelle, tout en répondant à l’attente d’être une épouse modèle. Ce conflit est présenté de manière un peu simpliste, opposant empowerment féministe dans le ring et répression à domicile.

En conséquence, bien que l’histoire de Christy parvienne à maintenir l’intérêt, son personnage n’est guère plus qu’un icône. Le monde semble presque entièrement contre elle, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du ring. Même des combats attendus, tels que ceux contre Deirdre Gogarty d’Irlande et Laila Ali, fille de Muhammad Ali, n’arrivent pas à susciter de l’excitation. Les combats apparaissent alors comme une simple étape dans le récit plutôt que des moments culminants. Michôd apprécie les arènes sanglantes (voir « The King », où Timothée Chalamet interprète un jeune Henri V), mais celle-ci manque de véritable force.

Cependant, l’histoire est captivante, et la performance de Sweeney, qui s’est illustrée avec brio en tant que dénonciatrice dans « Reality », prouve qu’elle est bien plus qu’un simple coup de pub. Bien qu’elle paraisse plus ou moins identique au fil des deux décennies couvertes par le film et malgré le fait que chaque homme croisé la traite de manière condescendante ou violente, Sweeney réussit à donner forme à un personnage qui, parfois, transcende le cadre réducteur de l’autonomisation féminine que le film lui impose.

Christy trouve des instants de grâce en dehors du ring, en compagnie de son ancienne amante (Jess Gabor), qui la quitte pour un homme tout en restant présente dans sa vie. Cependant, cette dynamique est dessinée de manière plutôt lâche, avec cette « vieille flamme » apparaissant à des moments quasiment scénaristiques. Quoi qu’il en soit, Sweeney reste une raison suffisante pour regarder le film — qu’il convient de noter, elle a également contribué à sa production.

Points à retenir

  • Les films de boxe, malgré leur popularité, négligent souvent les récits féminins.
  • Sydney Sweeney se confronte à un rôle qui n’a pas trouvé son public.
  • La dynamique de abus et de violence prend une place prépondérante dans l’histoire.
  • Les combats sont plus symboliques qu’excitants, n’apportant pas le punch escompté.
  • Christy gagne des moments de répit dans un monde hostile, mais cela reste fragile.

En somme, le film interpelle sur des sujets graves tout en cherchant à aborder, d’une manière légèrement biaisée, l’autonomisation féminine. Pour ma part, cela me pousse à réfléchir sur la manière dont l’industrie cinématographique continue de façonner les récits de force et de résilience. Au-delà des icônes, comment pouvons-nous vraiment explorer les complexités des véritables luttes, au-delà des schémas pré-établis ? Un questionnement nécessaire à une époque où le cinéma devrait être le miroir de la diversité de nos récits.


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