Entre l’ombre portée du Tour de France et les aléas météo, le Giro d’Italia doit composer avec des défis bien connus… et les dates du calendrier font partie du problème.
Jusqu’à la fin du mois de juillet, Luca Guercilena était directeur général de Lidl-Trek — un rôle qu’il occupait depuis 2013, quand l’équipe portait encore le nom de Radioshack-Leopard. Quelques jours après la fin de son mandat, il a néanmoins poursuivi sur une note de prestige, avec une visite au podium du Tour de France : pour Mads Pedersen et le maillot vert, ainsi que pour le classement par équipes.
Le tournant est ensuite devenu officiel : l’Italien a pris une nouvelle fonction, comme directeur général de la branche cyclisme de RCS Sport. Autrement dit, il supervise désormais un portefeuille de courses incluant… le Giro d’Italia. Et, dès ses premières semaines, il a commencé à dessiner des pistes pour une nouvelle ère — tout en sachant que le Giro est souvent relégué dans une zone de confort compliquée : celle de l’après-Tour.
Dans une interview accordée au Corriere della Sera et à la Gazzetta dello Sport, Guercilena explique vouloir “libérer” le Giro de sa dépendance à la course française, en particulier sur le plan de la programmation. Son idée : une nouvelle fenêtre dans le calendrier, avec une route pensée “à l’avance”, mieux structurée, et un contexte météo plus lisible.
Il évoque notamment un décalage permettant de capitaliser sur le 2 juin, jour de la Festa della Repubblica, un peu comme la France l’a fait avec le 14 juillet et la fête nationale. Résultat recherché : attaquer les hautes montagnes avec davantage de garanties, et, au passage, s’éloigner des compétitions belges qui grignotent parfois l’attention des coureurs.
Sur le contenu sportif, Guercilena insiste aussi sur l’équilibre des parcours. L’objectif n’est pas seulement d’aligner les grandes affiches, mais de proposer un Giro où différents profils — grimpeurs, sprinteurs, et même spécialistes du contre-la-montre (une discipline qu’il dit particulièrement aimer) — trouvent leur place sans avoir l’impression d’être “invités” plutôt que réellement attendus.

Le Giro lui-même, depuis sa création en 1909, a longtemps occupé une position assez stable sur l’échiquier du calendrier — avec quelques ajustements ici et là. L’exception notable reste 2020, quand la pandémie de Covid-19 a imposé un déplacement sans précédent en octobre. La Vuelta a España, elle, fait figure de voyageuse : arrivée plus tard dans l’histoire des trois grands tours, elle a réalisé un vrai changement durable, passant du printemps à la fin du mois d’août en 1995.
Avant le début des années 2000, le Giro se retrouvait souvent en chevauchement avec la première semaine de juin. La dernière arrivée tardive citée remonte à 2001, quand la dernière étape avait lieu le 10. Pendant ce temps, le Tour de France, avec ses dates très “fixées”, ne s’est déplacé que pour laisser passer des événements majeurs, comme des Jeux olympiques.
Points à retenir
- Le débat de Guercilena tourne autour d’un calendrier : donner au Giro une fenêtre qui ne le met pas en concurrence directe permanente avec le Tour.
- Le changement de dates viserait aussi une météo moins capricieuse, surtout sur les étapes de montagnes — histoire d’éviter que la haute altitude joue au yoyo.
- Les parcours seraient pensés pour inclure plusieurs styles de coureurs, au lieu de n’avoir qu’un seul “type” qui coche toutes les cases.
- Le repositionnement chercherait également à réduire l’impact des courses belges, souvent très accrochantes dans la tête… et dans le calendrier.
Au fond, quand je lis ces intentions, je me dis que le Giro n’a pas besoin d’être “recruté” par le Tour : il a besoin d’exister à son propre rythme. Et si on lui donne une place plus cohérente, on pourrait enfin attendre autre chose que le traditionnel compte à rebours vers la grande course française. En tant que journaliste, je trouve que la question dépasse le seul planning : c’est une bataille pour offrir un vrai spectacle aux fans et une vraie respiration aux coureurs. Alors oui, je suis pour un Giro qui se libère — et pas seulement pour un Giro qu’on replace.