Le skyline extravagant de Benidorm se dresse en toile de fond, avec ses gratte-ciels, véritables cauchemars architecturaux, menaçant la quiétude de la mer Méditerranée. C’est à la fois le décor et la métaphore des Émirats, qui voient se rassembler des journalistes du monde entier dans le hall d’un luxueux hôtel désert en hiver. La scène évoque la présentation d’un blockbuster par des studios hollywoodiens, avec des stars en quête de couverture médiatique, tandis que des figures secondaires s’invitent à la table, comme Igor Arrieta, qui partage ses ambitions. Et au-dessus de tout cela, trône Tadej Superstar Pogacar, incarnant un nouveau paradigme du cyclisme.
À 27 ans, le champion du monde est plus brillant, illuminé même, ayant pris conscience du temps qui file. « Après toutes ces années et ces victoires, je réalise que nous faisons quelque chose de grand », confie-t-il. « J’aime ce que je fais. J’espère que nous continuerons à écrire ce livre. »

Le champion semble savourer sa liberté créative, sans rivaliser avec quiconque, suivant simplement ses propres désirs. Alors qu’il était récemment interrogé sur un choix impossible – gagner Paris-Roubaix ou le Tour de France – il n’hésite pas : « Je choisirais Roubaix, car j’ai déjà quatre Tours à mon actif et la différence entre quatre et cinq n’est pas si marquante. » Il laisse ainsi entendre qu’il ne cherche pas à rivaliser avec les géants du passé comme Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain.
Dans cette ambiance particulière, le calendrier du coureur slovène se dessine. Les deux premiers mois de 2026 seront dédiés aux monuments, débutant par les Strade Bianche, puis San Remo, Flandres, Roubaix, et Liège. En juin, il s’attaquera au Tour de France avant de se rendre au Mondial à Montréal.
Son désir de triompher à Roubaix est évident. Pour cela, il envisage de prendre quelques kilos, se concentre sur sa durabilité – un terme à la mode dans le cyclisme – pour améliorer son endurance et sa vitesse.
Son plan de compétition, aligné sur l’année précédente, témoigne d’une certaine urgence à combler les espaces vides de son palmarès. Bien qu’il ait remporté de nombreux monuments, il ne cache pas son envie de gagner Roubaix et San Remo, tout en admettant qu’il y a encore de nombreuses courses à conquérir. « Les années passent si vite et je crains de ne pas avoir assez de temps pour tout gagner », ajoute-t-il.
Il précise également qu’il ne souhaite pas suivre les pas du légendaire Eddy Merckx, avec qui on le compare souvent. Selon lui, sa mentalité est plus axée sur l’équipe que sur une quête individuelle égoïste.
Une fois la lumière du jour disparue et les gratte-ciels engloutis par la brume, une ambiance familiale émerge dans le bar, rassemblant les membres du personnel autour de Pogacar. Une scène émouvante se crée alors qu’ils rendent hommage à Joseba Elguezabal, leur masseur de toujours, qui annonce son départ pour un nouveau défi.
Points à retenir
- Le panorama de Benidorm contraste avec les ambitions cyclistes de Pogacar. Une belle métaphore, n’est-ce pas ?
- Pogacar privilégie un côté artistique à sa carrière, se libérant de la pression des chiffres.
- Le choix entre Paris-Roubaix et le Tour montre à quel point la perspective peut varier selon les coureurs.
- L’emphase sur la durabilité pourrait devenir le futur du cyclisme, qui l’eût cru ?
- Le soutien de son équipe met en lumière une dimension souvent négligée dans le monde du cyclisme.
En somme, cette évasion estivale à Benidorm nous rappelle que la compétition n’est pas uniquement une affaire de chiffres. En ce qui me concerne, je me demande si cette nouvelle approche plus réfléchie et collective pourrait redéfinir l’avenir du sport. À une époque où chaque victoire est analysée au microscope, il est rafraîchissant de voir un coureur privilégier ses désirs et son équipe. En tant que journaliste engagé, je me pose la question : cette approche pourrait-elle inspirer d’autres athlètes à envisager leurs carrières sous un angle différent ?