lun. Août 10th, 2026
Tour de France Femmes : hors de l’ombre de Pogacar, une course enfin irrésistible

La deuxième victoire au classement général de Demi Vollering sur le Tour de France Femmes, à Nice ce dimanche, a été arrachée après une dispute très électrique avec Kasia Niewiadoma. Mais quand le soleil a commencé à décliner sur la Promenade des Anglais, l’ambiance de « sœur entre sœurs » qui fait l’ADN de cette course a repris ses droits.

Au cœur d’une dernière journée riche en suspense, les Néerlandaises ont effacé les tensions encore pendantes en signant une attaque décisive et un succès de très haut niveau. Une prestation solide, au passage, pour relancer le panache d’un cyclisme français longtemps en sommeil — notamment grâce au courage affiché par l’équipe FDJ United-Suez, sous les couleurs de sa coureuse.

La sortie de route (et de tempérament) de Niewiadoma à l’arrivée, le samedi, contre Célia Gery — coéquipière de Vollering, âgée de 20 ans — avait mis le feu aux poudres et monopolisé l’attention. Malgré tout, cela n’a pas réussi à réduire la portée de sa saison.

Ancienne fleuriste, la Polonaise traverse un printemps 2026 de ceux qui font tourner les têtes : victoire sur le Giro d’Italia Women, succès sur Liège-Bastogne-Liège, puis sur le Tour des Flandres et Flèche Wallonne. Sur l’ensemble de ces performances, son bilan fait presque de l’ombre à celui de son homologue masculin, Tadej Pogacar, vainqueur du Tour de France.

Vollering, elle, n’a jamais caché sa sensibilité sur le bien-être des jeunes. Elle a réagi vivement aux critiques publiques adressées à Gery. « Elle a reçu beaucoup de messages méchants », a-t-elle lâché dimanche. « Je suis très en colère, surtout parce que c’est une jeune fille. On devrait toujours protéger les jeunes des actions stupides comme ça. Elle a vraiment eu une période difficile. »

La Néerlandaise et la Polonaise ont ensuite eu une discussion pour remettre les choses à plat, directement sur le vélo, dans les premiers kilomètres de la journée. « Je voulais parler avec Kasia parce que j’étais un peu déçue qu’elle laisse sortir toutes ses émotions comme ça », a expliqué Vollering. « C’était bien qu’on se parle. Au final, tout est redevenu positif. »

Même ton, côté Niewiadoma : « On se connaît depuis des années et on court ensemble. On ne veut pas vraiment se retrouver avec une “querelle” entre nous. »

Le scénario a, en revanche, tourné plus mal pour Marlen Reusser, autre figure majeure de ces neuf jours de drame. La Suissesse, troisième au départ de l’ultime étape, a chuté à vive allure lors de la deuxième descente du col d’Èze. Repartie en larmes, elle a perdu ses chances de podium, mais a tout de même terminé l’étape.

Chez les hommes, la compétition était déjà largement pliée après l’étape six, quand Pogacar s’est imposé sur le Col du Tourmalet. Chez les femmes, en revanche, l’incertitude a continué jusqu’à la dernière montée étroite du Chemin de Vinaigrier, un petit ruban peu connu dans la banlieue niçoise.

Pogacar prendra la direction d’Édimbourg pour le Grand Départ de l’édition suivante, le 2 juillet, avec l’objectif d’aller chercher une sixième victoire. Mais la question qui travaille tout le peloton, c’est le duo de rivaux : Jonas Vingegaard restera-t-il son principal obstacle ? Pogacar a confirmé sa participation à la Vuelta a España, avec un départ depuis Monaco le 22 août. Pour Vingegaard, le futur reste flou.

Mattias Skjelmose, également danois, a révélé que Vingegaard, sorti du Tour sur blessure (clavicule cassée), avait été abattu par la domination de Pogacar. « Jonas dit : “Je ne peux plus faire plus. Je suis censé faire quoi ? Je produis le meilleur de ce que j’ai jamais fait et lui s’en va.” », a confié Skjelmose dans un podcast danois.

Cette chute est intervenue quelques heures après une visite nocturne, vers 2 heures du matin, d’agents de contrôle antidopage de l’International Testing Agency (ITA). La question du bien-fondé de ces mesures extrêmes, ainsi que leurs conséquences pour les coureurs, a continué d’alimenter les débats jusqu’à la fin de la course.

Pogacar, lui, a ensuite filé jusqu’à Paris, apparemment sans être perturbé par son réveil forcé à 5 heures du matin. De son côté, le président de l’UCI, David Lappartient, a rappelé qu’« il y aura toujours une suspicion dans le cyclisme ».

Le Tour de France masculin attire, lui, les plus grandes stars et les plus grandes polémiques. Mais à l’ère Pogacar, c’est le Tour de France Femmes qui offre la dynamique la plus captivante. Marion Rousse, directrice de la course, le résume sans détour : « Quand vous avez Tadej Pogacar à ce niveau, on parle davantage de la deuxième place. Dans l’épreuve féminine, c’est différent : il y a plus de suspense, parce que la domination est telle… qu’elle rend chaque mouvement plus intéressant. »

Selon Rousse, la fraîcheur propre à cette course reste intacte, même si l’événement grandit à vitesse accélérée. Pogacar, grand défenseur du cyclisme féminin, a d’ailleurs été aperçu plusieurs fois au bord des routes, notamment sur le Mont Ventoux, vendredi, béret sur la tête et lunettes vissées sur le nez — allant encourager sa partenaire, Urska Zigart. Il était de nouveau présent à Nice le week-end suivant.

Rousse estime aussi que cette édition, qui tiendra son Grand Départ à Leeds le 30 juillet prochain, avant des arrivées à Manchester, Sheffield et Londres, n’a pas perdu sa “candeur”. « Il y a une fraîcheur qu’on ne retrouve pas chez les hommes, parce qu’ils sont plus habitués à ce genre de contexte », dit-elle.

Et pour comprendre ce décalage, elle pointe un élément très simple : l’accès. « Le sport féminin est plus accessible. C’est peut-être parce qu’avant, quand le cyclisme féminin avait moins de visibilité, il y avait peu de “médiatisation” des courses. Maintenant, elles voient la couverture médiatique, voient autant de monde venu les encourager. C’est puissant. Ça les touche. À chaque podium, il y a beaucoup d’émotions. C’est une nouvelle expérience. »

Pour finir, Rousse assure que les sceptiques qui doutaient du niveau du peloton féminin ont été progressivement réduits au silence. « Avant, c’était : “Est-ce qu’elles sont assez bonnes ? Est-ce qu’elles savent faire les gros cols ?” Aujourd’hui, c’est plutôt : “Pourquoi il n’y a pas plus d’étapes ? Pourquoi ce n’est pas à chaque fois en direct à la télévision ?” Personne ne demande plus si elles sont assez bonnes. Elles l’ont prouvé sur la route et sur leurs vélos. Elles ont gagné leur place. »

Points à retenir

  • La dispute entre Vollering et Niewiadoma n’a pas “cassé” la course : elles ont parlé, puis le peloton a repris son rythme… comme si de rien n’était (ce qui est à la fois rassurant et légèrement surréaliste).
  • Niewiadoma garde un bilan énorme en 2026, même si ses mots ont été au centre du spectacle pendant les derniers jours.
  • FDJ United-Suez a continué à apporter un soutien utile dans les moments où il faut de l’énergie : l’ambiance d’équipe compte autant que les jambes.
  • Chute et émotion : Reusser termine, mais perd le podium sur la descente — un rappel brutal que, parfois, la course se joue en quelques secondes.
  • Côté “enjeux”, les contrôles antidopage et leurs timing ont continué de nourrir la discussion, preuve que la confiance sportive reste un sujet… jamais totalement clos.
  • Et dans l’ensemble, le Tour de France Femmes attire de plus en plus : plus on voit les courses, plus on attend autre chose que des “preuves” de niveau.

Au fond, je me dis que le plus intéressant n’est pas seulement qui gagne, mais ce que la course raconte : la solidarité reprend vite ses droits, les performances restent au premier plan, et le débat sur la place du cyclisme féminin gagne enfin du terrain. En tant que journaliste, je trouve que c’est précisément le moment de rester attentif… et de continuer à défendre ce rendez-vous, là où le sport, la visibilité et les règles doivent avancer ensemble.


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