La victoire a échappé à Georg Zimmermann… dans les derniers 300 mètres

Un an après sa victoire à Linden, Georg Zimmermann (Lotto – Intermarché) avait bien l’air d’avoir les jambes et la fraîcheur de son champion. Le titre allemand, cette fois encore, semblait à portée… jusqu’au bout, et plus précisément sur les quelque 500 derniers mètres du final.
Après 191,6 kilomètres sous une chaleur appuyée dans la forêt de Thuringe, le coureur de 28 ans arrive en position très favorable avant la ligne droite d’arrivée, longue d’environ 500 mètres. Dans le dernier acte, il se retrouve au contact, dans le bon rythme, et garde ses adversaires dans le viseur.
Au sein d’un groupe de tête à cinq, Zimmermann se cale en deuxième position derrière Denz, franchit un virage à l’allure, puis ajuste pour relancer idéalement dans le vent. Il observe, il attend… et quand Nils Politt (UAE – Emirates – XRG), placé en quatrième position, accélère tôt, Zimmermann réagit immédiatement.
Le problème ? L’accélération suivante ne prend pas tout à fait. Zimmermann ne parvient plus à imprimer la même vitesse, et même à l’abri, il ne rejoint pas Denz. Il termine finalement cinquième, un rang qui pique forcément un peu quand on s’était imaginé reprendre la tunique une seconde fois.
« J’ai peut-être remis un rapport de trop… »
Déçu, mais lucide, Zimmermann résume la scène avec une franchise qui ressemble à un mécanicien qui chercherait la petite vis responsable :
« Dans le sprint, je n’arrivais plus à “tourner” correctement les pédales. Peut-être que j’avais encore un rapport de trop. Jusqu’aux 200 derniers mètres, ça allait vraiment bien : Nico était devant, j’ai laissé trois ou quatre mètres de trou pour pouvoir me replacer et me laisser rouler. Mais si on n’arrive plus à actionner la manivelle comme il faut, la bonne position dans le final ne sert plus à grand-chose. »

En cédant le maillot, Zimmermann n’avait évidemment rien d’amoureux… mais il peut aussi regarder sa forme avec un certain soulagement : six jours avant le départ du Tour de France, son niveau et sa courbe de progression sont clairement en hausse. Son bilan est net :
« Une course parfaite, sauf dans la dernière partie. Et après, voilà : c’est arrivé comme ça. »
Engelhardt : le champion du jour, et un rappel du scénario de l’an dernier
Le vainqueur, Felix Engelhardt (Jayco – AlUla), n’a pas seulement gagné : il a aussi rappelé un contexte plus large. Zimmermann compare directement avec l’année précédente, comme pour remettre les choses à l’endroit :
« L’an dernier, Engel était le plus fort et il a fini deuxième. Cette année, parmi les cinq, c’est lui qui a su récupérer quelque chose. »
Engelhardt est lâché dans la montée longue avant le sommet, à la suite d’un mouvement depuis l’avant. Puis, dans la descente, il revient petit à petit. Dans la zone des 1 000 mètres, il se replace, et au moment crucial, il prend l’avantage sur la ligne droite finale, depuis la cinquième position, au moment où Politt s’est élancé tôt.

Zimmermann explique aussi pourquoi il ne s’est pas trop occupé d’un éventuel retour dans le final :
« Dans un sprint comme celui-là, je suis plus focalisé sur moi que sur les coureurs qui pourraient revenir. Je me concentre sur ma position, puis je laisse venir. Je sprinte contre ceux qui sont là. S’ils sont là, ils sont là. »
Et au fond, ce sprint à cinq n’était même pas forcément “prévu”. Quelques kilomètres avant, lorsque Lennard Kämna (Lidl – Trek) attaque seul à 34 km de l’arrivée, Zimmermann pensait que c’était plié :
« Je me suis dit : c’est terminé. »
Le retour de Lennard “a surpris”
Autre détail intéressant : Zimmermann dit avoir été étonné de voir Lennard Kämna revenir au contact au lieu de disparaître définitivement. Il raconte le déroulé avec un mélange d’incrédulité et de satisfaction d’avoir eu finalement un final à suspense :
« Ça m’a surpris qu’on ait récupéré Lennard encore une fois. Il roulait très bien sur le Dauphiné. Quand il part et que Tim (Teutenberg, son équipier) bloque l’effort derrière, je pensais qu’il était parti avec ses qualités. Mais finalement, on a réussi à retrouver l’énergie et à le ramener. »
Après ces championnats, Zimmermann met le cap sur l’Espagne et Barcelone. Le 4 juillet, le Tour de France commence pour sa 6e participation. Même si l’équipe Lotto – Intermarché n’a pas encore annoncé officiellement l’effectif, tout semble indiquer que Zimmermann sera du voyage, et qu’il partira à la chasse aux étapes. Espérons surtout que ce sera, cette fois, avec le bon rapport… plutôt que celui “de trop”.
Points à retenir
- Zimmermann avait la bonne place très tôt dans le final, mais le sprint final ne s’est pas “verrouillé” comme prévu.
- Le décalage vient souvent d’un détail : quand les pédales ne tournent plus à la sortie, même un emplacement idéal ne compense pas.
- Engelhardt n’a pas gagné seulement par force brute : il a su revenir au moment où ça redevient possible, puis accélérer au bon endroit.
- Le scénario a basculé autour de Kämna et de son mouvement à 34 km : une attaque qui semblait “terminer” la course, puis un retour qui a relancé le suspense.
- Pour l’équipe comme pour les coureurs, c’est un rappel discret : la forme du jour et la mécanique du moment comptent autant que les plans sur le papier.
À titre personnel, je trouve que le plus intéressant dans cette course, ce n’est pas seulement le classement final, mais la façon dont Zimmermann explique le “petit” problème qui coûte cher. Et ça me donne envie de regarder le Tour de France avec un œil encore plus attentif : les détails, eux, ne font pas de bruit… jusqu’au jour où ils font perdre une victoire. En tant que journaliste, je continuerai à suivre ces championnats et ces coureurs avec l’idée simple qu’ils méritent mieux que des comptes-rendus tièdes : on doit rendre justice au travail sur le terrain, pas seulement au podium.