De Dzaleka au maillot des Tar Heels: Faraji Ramani, du camp de réfugiés à l’élite universitaire du football
Sur le terrain poussiéreux où Faraji Ramani a grandi, les lignes de touche ne sont tracées que sur la moitié du pré. Trente-cinq joueurs partagent un seul ballon, chacun réutilisant son maillot et le lavant chaque soir. C’est le football au camp de réfugiés de Dzaleka, au Malawi. Dans une zone initialement conçue pour 12 000 réfugiés, plus de 50 000 personnes y vivent.
La nourriture, l’eau potable et des toilettes fonctionnelles restent rares. « La vie là-bas était tellement dure », confie Ramani. « C’est ce qui me pousse à rester discret et à me concentrer sur mon parcours. »
Ramani a forcé sa chance et s’est imposé par le travail. Lors de la victoire 2-0 contre l’université West Florida, l’international en herbe a inauguré son palmarès en milieu de semaine, inscrivant son premier but universitaire. Né à Kamanyola, en République démocratique du Congo, une localité frontalière avec le Rwanda et le Burundi, Ramani a vécu les turbulences humanitaires et les violences qui perdurent dans l’est du pays depuis la fin des années 1990. En 2008, Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations unies, a qualifié le conflit dans l’est de la RDC de « crise humanitaire de dimensions catastrophiques ».
Ramani et sa famille ont quitté la RDC lorsqu’il avait environ trois ans, trouvant refuge à Dzaleka où il est resté près de onze années. Le nom « Dzaleka » vient d’une expression chichewa signifiant « je ne le referai jamais ». Autrefois une zone dure destinée à des prisonniers politiques, Dzaleka est aujourd’hui géré par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Les maisons, en briques d’argile et toitures métalliques, se serrent les unes contre les autres.
Jour typique: Ramani se réveille vers 6 h, fréquente l’école jusqu’à 14 h, puis, de 15 h jusqu’au coucher du soleil, il est invariablement sur le terrain. Il a joué dès qu’il en avait l’occasion, même si cela signifiait manquer l’école. « Parfois je me souviens d’avoir même manqué l’école pour aller jouer au football », se rappelle-t-il. « Mon père détestait ça, mais à l’époque je m’en fichais, parce que mes amis jouaient et il fallait que j’y aille. »
Le football qu’ils pratiquaient était sans structure, uniquement pour le plaisir. Puis, un jour, un joueur professionnel du Silver Strikers FC, champion dans la Super League du Malawi, est venu jouer sur le terrain de Dzaleka pendant la pause. « Il m’a dit : ‘J’aime ta façon de jouer et j’essaierai de t’emmener au Silver Strikers’ », se souvient Ramani. Il s’est entraîné avec les Strikers pendant quelques mois avant que sa famille ne se concentre sur le projet de relocalisation aux États-Unis.
En 2022, Ramani est arrivé à Houston. Deux ans plus tard, il a rejoint l’académie du Dynamo de Houston, où il a dû apprendre énormément pour s’acclimater, tout en finissant par être nommé capitaine de l’équipe. « Il faut être prêt à apprendre des aspects tactiques, les phases arrêtées », explique Ramani. « Je ne connaissais pas tout cela, et le terrain était différent; passer du gazon à l’herbe synthétique a été un vrai défi. »
La vie ne s’est pas arrêtée à l’adaptation sportivo-tactique. « On reçoit beaucoup de nourriture, de l’eau potable et on peut prendre une douche dans une bonne salle », raconte-t-il. Aujourd’hui, en première année comme Tar Heel, Ramani continue d’apprendre. Son coéquipier, l’attaquant senior Joschi Schelb, affirme qu’il incarne l’humilité et l’esprit d’équipe. Le coach Carlos Somoano partage ce point de vue, et voit chez Ramani bien plus que ce qu’il peut apporter sur le terrain. « C’est un excellent coéquipier », affirme-t-il. « Que peut‑il faire de mieux en tant qu’homme ? Pour l’instant, il est totalement engagé envers la Caroline. Combien de joueurs viennent dans leur première année et s’investissent autant avant même d’avoir découvert le programme ? »
À partir de ce premier apport en seconde période, la prestation de Ramani a pris de l’ampleur. Il a subtilisé le ballon pour mener l’action, Schelb le renvoyant vers lui qui, déjà entouré de deux défenseurs, a conclu d’une frappe au premier poteau. Schelb explique avoir voulu récompenser ce travail et le démontrer qu’il avait vraiment envie de marquer. En voyant le ballon franchir la ligne, Ramani a sprinté vers le coin du terrain pour célébrer avec le « Fimbu », la célébration traditionnelle des athlètes congolais. Fimbu signifie « le fouet » en Lingala, et la danse évoque un mouvement de fouet répété. Cette célébration puise ses racines dans la chanson « Fimbu » de l’artiste congolais Félix Wazekwa. L’équipe nationale congolaise a initié la tradition en 2016 et elle a été popularisée lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2017, puis s’est répandue sur la scène mondiale lorsqu’elle est revenue à la Coupe du Monde 2026 avec les Léopards. Pour le Congo et ses fans, elle est devenue un symbole.
Si Ramani a passé l’essentiel de sa vie au Malawi, il rend hommage à son pays d’origine et à la région d’où venait sa famille. « C’est une célébration que nous faisons dans notre pays, et j’adore ça », déclare-t-il.
Bon à savoir
– Le camp de Dzaleka est surpeuplé: il accueille bien au-delà de sa capacité initiale, avec des résidents venus de la région et des États environnants. Cette réalité influe sur les conditions de vie et les possibilités d’accès à l’éducation et au sport.
– Le nom et l’histoire du camp: Dzaleka vient d’une expression locale et symbolise un esprit de surpassement face à l’adversité.
– Parcours migratoire: le passage du camp en Afrique centrale vers les États‑Unis peut impliquer des étapes complexes, mais ouvre souvent des opportunités sportives et académiques.
– L’intégration sportive: les jeunes athlètes réfugiés peuvent accéder à des structures comme les académiques universitaires et les clubs locaux, mais l’adaptation physique et tactique peut nécessiter du temps et un encadrement spécifique.
– La dimension culturelle: les célébrations et les rituels sportifs peuvent devenir des marqueurs identitaires importants pour les communautés d’origine, tout en les reliant à leur nouvel environnement.
– L’impact du football dans le parcours personnel: le sport peut offrir une route vers l’éducation, des outils de résilience et une visibilité accrue pour des talents issus de contextes difficiles.
– Les défis de l’adaptation: terrains, équipements, et pratiques d’entraînement varient selon les pays et les clubs; l’accompagnement et la patience des entraîneurs jouent un rôle clé.
– Questions à explorer: quelles politiques et quelles initiatives peuvent mieux soutenir les jeunes footballeurs réfugiés dans leur parcours universitaire? Comment les clubs universitaires et les fédérations peuvent-ils faciliter l’intégration sportive et éducative de ces talents?
Si vous souhaitez approfondir ce récit, vous pouvez regarder les parcours atypiques comme celui de Ramani qui illustrent les passerelles possibles entre le sport et l’éducation, tout en restant attentifs aux conditions qui nécessitent une attention et un soutien continus.