Après l’une des périodes les plus turbulentes et controversées de l’histoire du football mondial, l’avenir de la FIFA et de son président Gianni Infantino est scruté de près.
Pour LesNews, ce rebondissement met en lumière les équilibres délicats entre gouvernance et mission publique du football.
La proposition de la FIFA de créer une nouvelle entité commerciale, FIFA Forward Enterprise (FFE), s’est effondrée après un tollé d’envergure mondiale.
Le plan visait à créer une société de 20 milliards de dollars US pour gérer la Coupe du Monde avec des investisseurs privés. Peu après l’annonce, l’UEFA, organisme directeur du football européen, a menacé de boycotter la Coupe du Monde et toutes les compétitions FIFA.
Ce qui avait commencé comme une initiative de restructuration technique s’est rapidement transformé en une confrontation politique révélant des fractures institutionnelles profondes au sein de l’instance dirigeante mondiale.
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Alors, pourquoi une telle vague de réactions et que pourrait-il se passer désormais ?
La réaction contre la FIFA et Infantino
L’UEFA a été la première à intervenire, avertissant que le plan revenait à une privatisation inacceptable de la Coupe du Monde.
La Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF) a suivi avec son rejet formel. Elle a insisté sur le manque de transparence et l’enracinement d’investisseurs privés dans la prise de décision commerciale de la FIFA.
Lorsque la Confédération asiatique de football (AFC), dont l’Australie est membre, a également annoncé son opposition, l’équation est devenue décisive : les 55 membres de l’UEFA, les 35 de CONCACAF et les 46 d’Asie représentaient un bloc potentiel de 136 voix, largement au-delà des 106 nécessaires pour bloquer la proposition.
Pourtant, la FIFA a d’abord assuré « personne ne vend le football », même si les dissensions internes s’intensifiaient.
Carlos Cordeiro, conseiller principal d’Infantino pour la stratégie et la gouvernance globale, a démissionné, qualifiant la proposition de « mauvaise affaire pour le football » qui « hypothéquerait l’avenir du football ».
Le directeur des ops de la FIFA, Kevin Lamour, a déclaré que l’administration avait été « dupée ».
Ce n’est que lorsque l’évidence est devenue claire que la proposition ne pouvait pas passer qu Infantino a annoncé son retrait. Il a reconnu qu’elle avait « créé des divisions » qui « n’étaient plus dans l’intérêt » des objectifs énoncés.
Le football comme bien public ?
L’effondrement de la FFE a replacé la controverse non pas comme un échec d’initiative commerciale, mais comme un moment qui met en question le leadership d’Infantino.
Alors que son prochain scrutin présidentiel est prévu pour 2027, cet épisode a mis au jour un fossé croissant entre les ambitions stratégiques d’Infantino et les attentes des associations membres de la FIFA.
La FIFA est, en principe au moins, une organisation d’intérêt public, et le football est largement perçu comme un bien public mondial.
Sa légitimité dépend d’une gouvernance collective, d’un accès équitable et d’une gestion responsable plutôt que d’une ingénierie financière ou de priorités dictées par des investisseurs.
La tentative d’intégrer des capitaux privés au cœur commercial de la FIFA, malgré des avertissements internes et une opposition externe, suggère une stratégie guidée moins par les intérêts à long terme du jeu que par des raisons politiques.
Un nombre croissant d’associations membres estiment que cet épisode révèle un problème structurel plus profond : une présidence de plus en plus orientée vers la consolidation de l’autorité plutôt que vers la sauvegarde de la mission d’intérêt public du football.
La volonté d’avancer une proposition qui a fracturé les confédérations, aliené les conseillers les plus influents et mis en péril la légitimité de la FIFA a renforcé l’examen de la viabilité du leadership d’Infantino.
Qui pourrait être le prochain à la tête ?
Aleksander Čeferin, président de l’UEFA, ressort comme le critique institutionnel le plus autoritaire de la proposition, positionnant l’UEFA comme la contrepoids central aux ambitions commerciales de la FIFA. Son leadership pendant la confrontation a renforcé son statut parmi les rares personnes capables de défier Infantino.
Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain et président de l’Association européenne des clubs (ECA), est une autre figure influente. Il pourrait mobiliser un soutien politique à travers l’Europe et le Moyen-Orient.
Dariusz Mioduski, propriétaire de Legia Varsovie et membre du conseil de l’Association européenne des clubs, est aussi un candidat potentiel. Il pourrait être soutenu par une coalition d’associations nationales influentes — notamment les fédérations bosniaque, norvégienne, suédoise, allemande et espagnole — ce qui indiquerait que certaines parties de l’Europe seraient prêtes à se rallier autour d’un candidat réformiste plutôt que de s’appuyer uniquement sur les dirigeants des fédérations établies.
Victor Montagliani, président de CONCACAF, émerge comme le challenger le plus probable venant de l’extérieur de l’Europe. Anciennement président de la fédération canadienne et dirigeant du football depuis 2016, Montagliani bénéficie d’un soutien institutionnel fort à travers l’Amérique du Nord et centrale, ce qui pourrait en faire un candidat crédible en cas d’évolution du contexte politique.
Un avenir incertain
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question n’est plus seulement de savoir si Infantino peut réunir les voix nécessaires pour demeurer en fonction, mais si le football mondial est prêt à adhérer à un modèle de gouvernance qui semble de plus en plus axé sur la survie politique plutôt que sur la santé à long terme du jeu.
Mais il serait naïf de supposer que le projet est véritablement terminé. L’initiative a été retirée uniquement lorsque son passage devenait mathématiquement impossible. Sa logique sous-jacente — centraliser l’autorité commerciale et intégrer des capitaux privés au cœur de la FIFA — demeure alignée avec la trajectoire stratégique plus large d’Infantino.
S’il est réélu et se sent moins vulnérable politiquement, il pourrait chercher à relancer l’initiative. Le cas échéant, cela susciterait encore plus de questions sur le fait que son leadership vise à protéger la mission d’intérêt public du football ou à consolider son autorité personnelle.
Bon à savoir
- Le football est souvent présenté comme un bien public mondial. Les réformes qui touchent sa gouvernance peuvent avoir des répercussions sur l’accès, l’équité et le financement des compétitions.
- La transparence des mécanismes de financement et des partenariats est un sujet clé pour la confiance des fédérations et des fans, en particulier lorsqu’il s’agit d’importants investissements privés.
- Les équilibres entre fédérations européennes, nord-américaines et régionales restent sensibles et peuvent influencer les votes lors des élections à la tête de la FIFA.
- Les élections à la présidence de la FIFA comportent des dynamiques régionales et stratégiques qui peuvent changer rapidement selon les coalitions qui se forment.
- La question du bien public implique une discussion sur l’accès équitable au sport pour les nations à faibles ressources et sur le rôle des confédérations dans la redistribution des ressources.