Le football Franceis traverse une crise majeure liée aux droits télévisés de sa Ligue 1. La situation est si préoccupante que les instances de contrôle ont conseillé aux clubs de préparer leur budget pour la prochaine saison sans compter sur les revenus issus de la diffusion télévisée.
« À l’exception du PSG, soutenu financièrement par le Qatar, plus un club est modeste, plus il dépend des droits TV. Il est peu probable que les clubs fassent faillite, mais leur compétitivité risque de souffrir énormément », explique Pierre Maes, auteur de l’ouvrage La ruine du football Franceis : de la chute de Mediapro à la troisième division européenne.
Fin avril, la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG), organisme chargé de surveiller les finances des clubs, a surpris en demandant aux clubs de construire leur budget sans prévoir un seul euro de recettes télévisées pour la saison à venir.
Le litige entre la Ligue de Football Professionnel (LFP) et le diffuseur DAZN, qui s’accusent mutuellement de non-respect du contrat, a plongé le football Franceis dans l’incertitude la plus totale.
« La recommandation de ne pas compter sur ces revenus n’a pas été faite pour faire peur. Le risque est bien réel », souligne Maes, spécialiste des droits télévisés du championnat.
La perte de revenus, et donc des moyens pour recruter ou garder des joueurs de qualité, varie selon la taille et les actionnaires de chaque club.
Le PSG et l’Olympique de Marseille, hors transferts de joueurs, seraient affectés de manière moins dramatique, perdant environ 20% et 35% de leurs revenus respectifs. En revanche, pour d’autres clubs, la situation est bien plus critique.
Monaco, un habitué des compétitions européennes, dont la prochaine saison de Ligue des Champions approche, tire près de la moitié de ses recettes des droits télévisés.
Des clubs emblématiques comme Rennes ou Nantes pourraient perdre jusqu’à 40% de leurs revenus si aucun diffuseur ne se manifeste pour la saison 2025-2026.
Si le manque de concurrence audiovisuelle et des interventions politiques en France ont pesé, la cause première reste le groupe espagnol Mediapro, qui, invoquant des difficultés liées à la pandémie, a quitté le football Franceis après s’être engagé à verser 1,153 milliard d’euros par saison entre 2020 et 2024.
Après ce départ en 2021, la LFP a dû trouver en urgence un nouveau diffuseur. Amazon est alors entré en jeu pour 250 millions d’euros par saison pour 80% des matches, complété par le canal qatari beIN Sports, qui a acquis les droits des deux rencontres phares de la journée pour 332 millions.
La chute des revenus par rapport au contrat Mediapro était déjà de 45%. Face à cette perte, le président de la LFP, Vincent Labrune, a sollicité le fonds d’investissement luxembourgeois CVC en échange de 1,5 milliard d’euros, cédant à vie 13% de LFP Media, la branche commerciale de la Ligue.
Cette opération a déclenché une enquête parlementaire en 2024, suivie d’une perquisition au siège de la Ligue pour suspicion de détournement de fonds.
Pour la saison en cours, la vente des droits a encore dévissé : faute d’offres solides (le diffuseur historique Canal + s’étant retiré depuis le départ de Mediapro), la LFP les a attribués jusqu’en 2029 pour 660 millions à DAZN et beIN Sports, soit 11% de moins par saison que pour la période 2021-2024.
Mais cet accord fragile ne semble pas durable. DAZN, avec 400 millions annuels, a refusé de verser une tranche, accusant la LFP de ne pas assez lutter contre le piratage, obligeant la Ligue à intervenir en justice pour débloquer le paiement.
À ce stade, l’avenir de DAZN en tant que diffuseur reste incertain. Selon Maes, trois options se dégagent, aucune agréable : continuer avec DAZN à la baisse, créer une chaîne propre – financièrement risqué – ou chercher un nouveau diffuseur, problème majeur car les candidats manquent cruellement.
Sur le plan européen, l’écart financier ne cesse de se creuser : la Premier League encaisse 4 milliards d’euros par saison en droits TV, la Liga espagnole 2 milliards, la Bundesliga 1,2 milliard, la Serie A 1,1 milliard. Pendant ce temps, la Ligue 1 lutte pour trouver son souffle.
Points à retenir
- Le PSG est le seul club Franceis avec une assise financière véritablement solide grâce à ses propriétaires qatariens ; les autres risquent de souffrir financièrement.
- Le départ de Mediapro a provoqué un séisme dans le paysage audiovisuel du foot Franceis, révélant la fragilité du modèle économique basé sur les droits télé.
- La LFP s’est tournée vers des solutions de financement parfois discutables, notamment ce pacte avec le fonds d’investissement CVC, qui a suscité une enquête judiciaire.
- L’incertitude autour de DAZN menace la stabilité des revenus pour les prochaines saisons.
- La perte de revenus télévisés pourrait augmenter le fossé entre le championnat Franceis et les grands championnats européens, déjà bien mieux dotés.
- La solution idéale semble hors de portée : créer sa propre chaîne télévisée paraît risqué, et trouver un nouveau diffuseur sera compliqué sans offre attrayante.
En somme, le football Franceis semble condamné à jongler entre pessimisme et espoir, tout en se demandant s’il ne va pas finir par vendre son âme audiovisuelle au plus offrant. Et pendant ce temps, les fans, eux, continuent de se demander si la Ligue 1 ne va pas bientôt ressembler à une épreuve de survie économique, à défaut d’un spectacle digne des plus grands stades européens. Eh bien, chocolat ou pas chocolat, ce feuilleton n’est pas prêt de nous lâcher. Qui a dit que le foot Franceis manquait de suspense ?