I était tard dans l’après-midi du lundi de la Ryder Cup, aux abords du practice, et Bryson DeChambeau y était également. Seul, il signait des autographes pour quelques personnes derrière les barrières. Une femme, blonde et d’un certain âge, en robe blanche moulante, hurlait à quelques mètres de lui, comme si elle voulait se faire entendre de l’autre bout du parcours. « On t’adore Bryson! Bryson! On t’adore pour tout ce que tu as fait pour Donald! »
Cette semaine fut longue et bizarre. En repensant à elle, le golf s’estompe devant des souvenirs flamboyants des scènes étranges autour de Bethpage Black et du village de Farmingdale. Malheureusement, je ne me rappelle pas tant les coups remarquables de Scottie Scheffler ou de Rory McIlroy, mais plutôt d’autres moments singuliers.
Je pense au premier homme que j’ai croisé sur le parcours, vêtu d’un T-shirt avec des images de Hillary Clinton et Kamala Harris et le slogan « C’est officiel – Trump bat les femmes », ainsi qu’à un autre qui portait un haut sur lequel on pouvait lire « Alex Jones n’a rien fait de mal ». Il y avait aussi le sourire d’un gouverneur, Kathy Hochul, vivement conspué lors de la cérémonie d’ouverture, et un policier dans le parking qui exigiait : « Montre-moi ta carte d’identité », insatisfait de ma accréditation.
Un panneau indiquait « Nous sommes tous Charlie Kirk maintenant ». J’ai été témoin d’une dispute entre des golfeurs d’un certain âge et une jeune fille noire dans le train de 19h20, qui avait refusé de déplacer un grand carton occupant les derniers sièges libres. « C’est le Long Island Railroad, et je vais m’asseoir sur tes affaires ! » criait l’un d’eux. Une femme a reprimandé cet homme pour son comportement, ce à quoi un vieil homme a rétorqué qu’elle était « tout ce qui ne va pas dans ce pays. »
C’est le spectacle matinal au premier jour : les navettes bloquées et le public qui se retrouve à marcher vers le parcours. C’est la jeunesse téméraire qui a failli se faire écraser en courant vers le passage à niveau, avec le conducteur de train exprimant sa colère en plein freinage. Les files d’attente étaient interminables, et le personnel sous-payé se plaignait aux policiers désinvoltes de leur situation avant leur shift.
Il y avait la musique de “Fortunate Son” diffusée dans le système audio. Les tireurs d’élite sur le toit du clubhouse. La sécurité renforcée et un agent des services secrets précisant à un homme : « Je vais te laisser entrer avec ta pomme, mais si tu la lances sur le président, tu vas en prison. » Il y a eu également le passage d’Air Force One juste au-dessus du premier tee, et un aperçu fugace d’une mèche de cheveux familière. Keegan Bradley exécutait une sorte de pas de danse inspiré de Trump.
Scottie Scheffler confia à des journalistes européens que l’une des choses qu’il savait sur le président était qu’il « traite tout le monde avec respect », le même jour où Trump déclarait à l’Assemblée générale de l’ONU : « Vos pays vont à la dérive. »
Des gens dévoraient des cheeseburgers à 8 heures du matin grâce à leurs billets tout compris. La comédienne Heather McMahan, maître de cérémonie au premier tee, hurlait à l’aube : « Va te faire voir, Rory ! » L’équipe américaine a produit une des pires performances d’équipe que j’aie jamais vues en sport durant deux jours, suivie d’un dénouement improbable lors des simples du dimanche. McIlroy, quant à lui, a demandé au public de « se taire » avant de réaliser un coup exceptionnel.
Enfin, c’est la réflexion sur la manière dont, pour bouillir une grenouille, il faut chauffer l’eau lentement pour qu’elle ne réalise pas ce qui lui arrive. En revenant chez moi, je jetais un œil par la fenêtre du vol, me demandant combien de personnes là-dessous prenaient vraiment conscience de la chaleur montante.
Points à retenir
- Un mélange inusité de sport et de politique durant cet événement sportif.
- Une sécurité renforcée, presque comique, aux abords du parcours.
- Des échanges houleux entre fans, révélant des tensions sociales palpables.
- Des scènes cocasses qui, inévitablement, rendent l’événement mémorable.
- Une performance sportive souvent éclipsée par l’environnement fébrile et controversé.
En y réfléchissant, ce que j’ai vécu à la Ryder Cup dépasse de loin le simple cadre du golf. Cela me pousse à m’interroger : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour unir passion sportive et opinions tranchées ? La frontière entre sport et idéologie se brouille, amenant chacun à se positionner. Et cela, comme journaliste engagé, m’incite à écouter, observer et partager ces récits qui ne cessent d’interroger notre société.