Considéré comme l’un des « bad boys » du circuit masculin, Alexander Bublik ne manque jamais de faire parler de lui. Régulièrement aux prises avec ses adversaires, il n’hésite pas à les défier à la sortie du court, comme récemment avec le Franceis Corentin Moutet, lui aussi réputé pour son caractère bouillant.
Sa réputation de « fou du vestiaire » colle à la peau du Kazakh, dont les attitudes dérangent autant qu’elles fascinent. Mais Bublik réfute cette étiquette : « Ce sont les autres qui disent que je ne suis pas normal, mais moi, je le suis. Certains gagnent des millions et accumulent les titres, et pourtant ils veulent toujours plus. Pour moi, ce n’est pas ce qu’on appelle normal. Si j’ai envie de dormir, je dors. Un jour sans entraînement, ça ne me tue pas », explique-t-il, dénonçant ses collègues ambitieux qu’il qualifie de « robots », tandis qu’il refuse de devenir une machine parfaite.
Une tentative de professionnalisation, il y a quelques mois, ne lui a pas réussi. « J’étais n°17 mondial, mon équipe m’a conseillé une pause après Wimbledon 2024. J’ai commencé à penser à me qualifier pour le Masters, à gagner des tournois, alors j’ai suivi un régime, arrêté les sorties et l’alcool. Résultat : j’étais épuisé. »
Passé à l’extrême opposé, son entraîneur l’a prévenu : « Si tu continues comme ça, tu seras rayé du tennis. Il m’a proposé un break à Las Vegas entre l’Indian Wells Masters et un challenger à Phoenix. Trois jours comme dans un film, j’arrivais à peine à temps pour le match à Phoenix… et j’ai gagné. Je suis même arrivé en finale. »
Ce besoin de liberté est vital pour lui. « Je ne fais pas de folies, je suis juste quelqu’un de sociable, le gars qu’on peut croiser en soirée à Paris la veille d’un match », confie-t-il.
Ce lundi, il affrontera en huitième de finale le Britannique Jack Draper. « Je l’ai vu le premier jour et je lui ai demandé s’il se préparait pour un combat UFC ! Il est incroyable, passé de la 40e à la 5e place mondiale et deuxième au classement Race, avec un bras d’enfer. Je ne sais pas comment je vais pouvoir le battre, alors je vais juste m’amuser », dit Bublik.
Spécialiste du service sous la cuillère, il revendique ce geste comme un atout tactique. Dans une vidéo de l’ATP, il jouait ironiquement le rôle d’expert en destruction de raquettes, un art qu’il maîtrise manifestement, ayant déjà brisé plusieurs.
À 27 ans et 62e mondial, Bublik redoute surtout de sortir du top 100. « Là, je deviens un peu sérieux, car cela signifie ne plus pouvoir jouer les tournois que je veux ». Mais sans jamais renoncer à son style. « J’ai ma propre vision de ce que je veux accomplir dans ce sport, ce que je veux me démontrer à moi-même. Au fond, je suis très normal : quelqu’un qui aime rire avec ses collègues hors du court et gagner sa vie à sa manière dans un univers de sportifs d’élite qui donnent tout. J’accepte qui je suis, et ce que je peux obtenir ainsi. »
Indomptable, atypique, mais surtout redoutable, Bublik a déjà fait tomber des joueurs du top 10 comme l’Australien Alex de Miñaur. Il se prépare désormais à défier Jack Draper, récent champion à Indian Wells et finaliste à Madrid. Pour lui, ce match, ce n’est qu’un jour de travail de plus.
Points à retenir
- Alexander Bublik préfère suivre son propre rythme, quitte à agacer les ambitieux « robots » du circuit.
- Son passage à une discipline « pro » stricte s’est soldé par un épuisement total, preuve que la liberté a parfois du bon.
- Sa technique atypique du service sous la cuillère est autant un outil tactique qu’une signature.
- Entre deux matchs, il n’hésite pas à détruire quelques raquettes, un petit geste de rébellion dans le temple du tennis.
- La peur de sortir du top 100 est la seule motivation plus sérieuse de ce joueur atypique.
- Face à des adversaires qui ressemblent parfois à des machines – Draper en tête – Bublik mise sur le plaisir avant tout.
En résumé, on a affaire à un électron libre qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui semble prendre un malin plaisir à bousculer un milieu où le sérieux et la rigueur sont la norme. Joli paradoxe : dans un sport si codifié, Bublik joue la carte de la spontanéité – quitte à taper un peu fort, parfois dans les raquettes, parfois dans les esprits. Alors, au fond, qui est le plus normal dans toute cette histoire ? Allez, laissez-moi un court instant rêver à un tournoi de tennis où tout le monde ferait une pause, irait boire un verre ensemble et s’échangerait des coups de raquette… Mais ça, c’est peut-être pour un autre article.