La Suisse faisait partie des favorites pour s’imposer dans l’épreuve du contre-la-montre en relais mixte des Championnats du monde UCI, mardi. Sauf que ses chances ont reçu un sérieux coup de massue dès les trois premiers kilomètres du parcours de 40,6 km.
Stefan Küng, en grande forme et vainqueur de l’étape contre-la-montre sur le Tour d’Espagne côté hommes, a été victime d’une panne mécanique. Il a dû changer de vélo, forçant ensuite Stefan Bissegger et Mauro Schmid à parcourir les 17 kilomètres suivants… seuls. En relais, ça ressemble vite à un handicap impossible à rattraper.
Au point de passage, l’équipe masculine termine finalement à la sixième place, à 35 secondes des vainqueurs italiens. Stefan Küng estime que ce problème mécanique pourrait bien leur avoir coûté la médaille d’or, d’autant que les femmes ont franchi la ligne avec seulement 20 secondes de retard sur l’Italie.
« On avait dit avant la course qu’on n’attendrait personne. Le temps qu’on perd, c’est ce qu’on récupère à la fin… donc oui, c’est un peu frustrant. »
Côté femmes, Marlen Reusser, championne du monde en titre du contre-la-montre individuel élite, a tiré l’équipe vers l’avant avec Noemi Rüegg et Jasmin Liechti. Malgré la fatigue et les aléas d’une course où tout peut basculer, la Suisse a limité la casse et réussi à résister à l’Australie pour décrocher le bronze.
« Je savais que ce serait bien plus difficile maintenant. On s’est dit qu’il pourrait encore y avoir un souci mécanique (ça nous est arrivé une troisième fois dans cette discipline), mais je me disais qu’on pouvait quand même être sur le podium. Et si tout se passe “parfaitement”, peut-être que la victoire restait possible. »
Reusser souligne aussi le côté “enchaînement” des contretemps : mécaniques ailleurs, rythme mal calibré, équipière lâchée trop tôt… Autant d’éléments qui peuvent rebattre les cartes. Sa consigne : donner tout jusqu’au bout, sans attendre que la course décide pour eux.
« On ne sait jamais : peut-être que d’autres auront aussi une mécanique, ou un problème de rythme, ou qu’il faudra gérer le fait de perdre quelqu’un trop tôt. Donc je leur ai dit : “Les filles, on donne tout et on verra à l’arrivée.” »
Au final, la Suisse repart bien avec une médaille, mais Stefan Küng n’arrive pas à effacer le sentiment de “presque”. « Les “si” font partie du sport », dit-il. Lui sait surtout qu’il n’a pas pu apporter plus, à cause de son incident mécanique.
« Il y a énormément de “si”, et c’est une partie du sport. Malheureusement, je n’ai pas pu contribuer davantage à cause de ma mécanique. Et forcément, c’est frustrant. »
Points à retenir
- Le relais mixte se joue sur des détails : 3 kilomètres plus tôt, et la course n’a déjà plus la même couleur (et pas seulement sur les podiums).
- En relais, un contretemps sur une étape “charnière” oblige souvent les coéquipiers à surabsorber l’effort — ce qui laisse peu de marge.
- La Suisse termine avec le bronze grâce à la relance collective menée par Reusser, Rüegg et Liechti, mais l’écart réel avec l’or s’explique par l’addition des secondes.
- Küng et le reste de l’équipe évoquent clairement une histoire qui se répète : des soucis mécaniques lors de précédents rendez-vous… ce qui donne envie d’enfin changer le scénario.
- Et oui, gagner “en équipe” est aussi synonyme de vivre la déception “en équipe”. Aujourd’hui, pour Küng, ça a un goût un peu différent.
À mes yeux, ce relais illustre parfaitement l’absurdité tendre du cyclisme : quand tout roule, c’est magique ; quand un vélo décide de faire de la résistance, ça devient presque une leçon de statistiques. Je trouve ça aussi révélateur du caractère suisse : ils se battent, ils reviennent, ils continuent… même quand la course semble avoir déjà tracé un autre chemin. Et en tant que journaliste, je n’oublie pas que derrière les secondes, il y a de vrais choix, de vraies émotions, et surtout une exigence qui mérite d’être racontée sans détour.