mar. Août 11th, 2026
La puissance iconique absente de la course est un coup dur… mais voir la montagne en flammes l’est encore plus : Melisa Rollins vise sa 2e victoire au Leadville Trail 100 MTB

Victorieuse de l’édition 2024 du Leadville Trail 100 MTB, Melisa Rollins (Liv Racing Collective) a quitté son quotidien pour s’installer début août dans le Colorado, à près de deux mille mètres d’altitude. Objectif : s’acclimater et affûter sa préparation avant la course de samedi, malgré un contexte compliqué.

En cause : les incendies de forêt qui continuent de toucher la région. Les organisateurs ont dû manœuvrer dans l’urgence afin d’obtenir les autorisations nécessaires et de bâtir, à temps, un parcours modifié pour le départ fixé au 15 août.

« Ils pourraient probablement se montrer créatifs [avec un parcours plus difficile], mais je pense que ce serait trop dur. Cette course est énorme », a expliqué Rollins à Cyclingnews, en regrettant la disparition de portions clés — notamment Powerline, ainsi que Sugarloaf Mountain et Hagerman Pass Road.

Elle concède que remplacer des segments “iconiques” n’est pas seulement une question de stratégie… mais aussi de réalité sur le terrain. « Ce n’est pas seulement dommage que Powerline ne fasse plus partie de la course. Le plus dur, c’est que la montagne est en feu. Une de mes amies habite au pied de Powerline : sa famille a dû être évacuée, et ce depuis maintenant un mois et demi. »

Rollins estime néanmoins que, dans ces conditions, il fallait prioriser la faisabilité. « Je pourrais imaginer un parcours qui serait vraiment sympa, autour de quatorze mille pieds et une centaine de milles, mais ce n’est pas réaliste. On se demandait tous si Leadville allait bien pouvoir avoir lieu. Ils doivent faire ce qu’ils peuvent pour que ça se fasse. Donc je suis contente qu’ils aient réussi à proposer un parcours globalement praticable. »

L’athlète revient sur sa forme avec un petit goût d’inachevé. L’an dernier, elle est passée sous la barre des sept heures sur l’épreuve des 104 miles. Mais cette performance l’a laissée à plus de dix minutes de la gagnante, Kate Courtney (She Sends Racing), qui avait signé un record chez les femmes en 6 h 48 min 54 s. Le temps de Rollins, lui, a été de 6 h 59 min 15 s, effaçant une marque vieille de dix ans détenue par Annika Langvad.

À cela s’ajoute une dimension particulière : sa place de deuxième s’est jouée avec un astérisque, car elle était la meilleure cycliste du Life Time Grand Prix. Un détail de règlement qui pèse… quand on vise un championnat.

Du côté des nouveautés 2025, la dynamique est encore en mouvement. La place la plus haute de Leadville reste ouverte : l’ancienne lauréate, Kate Courtney, a décidé de poursuivre une carrière sur route et s’est engagée avec une formation européenne, FDJ United-SUEZ, avant de prendre part à plusieurs courses en Europe dès le milieu du mois de juillet.

Pour Rollins, l’idée est claire : remonter sur le podium de Leadville. Et pas seulement “pour faire joli” : l’enjeu concerne aussi ses points dans le Life Time Grand Prix.

Ses séances d’entraînement ont, elles aussi, dû composer avec la météo — mais pas celle qu’on choisit. La qualité de l’air fluctue, avec des fumées liées aux incendies qui traversent parfois l’ouest des États-Unis. « La fumée a un cycle : elle revient et repart tous les jours. J’utilise une appli de prévision des vents qui me donne de bonnes fenêtres pour rouler. Donc ça ne m’a pas vraiment empêchée », a-t-elle expliqué à Cyclingnews.

Le vrai chantier, ce n’était pas l’air, c’était le corps. « La seule vraie perturbation de ma préparation, c’est une blessure : j’ai eu un membre cassé. J’ai eu quelques “cassures” au niveau du coude, avec une fracture principale maintenant fixée avec une plaque, puis une déchirure partielle du triceps quelques semaines plus tard. Et depuis, ça reste le problème. Mon bras gauche pèse deux livres de moins que le droit, donc je suis encore faible de ce côté. »

En mars, Rollins s’était notamment blessée à l’épaule/bras gauche (coude) et au poignet droit, juste quelques jours avant un départ en équipe à deux (avec Courtney) sur l’épreuve Absa Cape Epic en Afrique du Sud. Elle avait ensuite regagné l’Utah pour subir une intervention.

Quand elle est revenue au dehors, elle a dû gérer une déchirure partielle de muscle du triceps, puis un nouvel épisode : quelques semaines après, un accident de voiture l’avait percutée alors qu’elle tentait de reprendre les sorties à l’air libre.

Elle a quand même réussi à se rendre en mai à Emporia, Kansas, mais sans pouvoir réellement s’imposer : « J’ai seulement pédalé quelques centaines de mètres, puis j’ai dû renoncer. » La suite a permis de garder un pied dans le Grand Prix, via le départ d’Unbound Gravel 200, une épreuve à invitation où elle a pu rester dans le champ, à condition de cocher les conditions requises sur les quatre dernières manches.

En juin, elle a repris la compétition sur SBT GRVL après 156 jours d’absence. Résultat : une place à la vingtième position, loin de ce qu’elle espérait. Mais elle en a retenu autre chose : la possibilité de rouler à nouveau en groupe, et surtout de revenir sans aggravation majeure.

Depuis, elle a enchaîné les objectifs. En juillet, à Roanoke, Virginie, elle s’est rendue aux championnats nationaux USA Cycling Endurance Mountain Bike et a ramené une victoire dans la course élite cross-country marathon, avec le maillot frappé des couleurs du drapeau américain.

« Je suis vraiment, vraiment fière d’avoir gagné, parce que c’était l’un de mes gros objectifs de l’année. Tout le monde fixe des objectifs chaque saison. Parfois ça ne se passe pas comme prévu, mais là je suis contente. Et je suis ravie de pouvoir porter le maillot et rouler à Leadville », a-t-elle déclaré.

Leadville arrive comme la 3e course du Life Time Grand Prix, et surtout la première des trois manches consécutives en VTT de la série. Deux ans plus tôt, son succès lui avait permis de terminer 2e au classement général. L’an dernier, elle avait pris 3e, derrière Sofia Gomez Villafañe (Specialized Off-road), triple championne de la série.

Cette fois, la feuille de route est différente. Après deux manches, Villafañe conserve un avantage confortable devant Cecily Decker (PAS Racing) et Rosa Klöser (Canyon-SRAM). Rollins, elle, doit remonter depuis la dernière place du groupe de 25 participantes. Dans le LTGP, seuls les meilleurs résultats comptent : les 4 premières manches parmi 6 sont retenues. Leadville devient donc un point de départ, et surtout une marche à gravir… sans trop traîner.

Ce que ça dit, c’est que la course ne se jouera pas uniquement sur la puissance.

Points à retenir

  • Le parcours de Leadville a été ajusté à cause des incendies : certains secteurs “mythiques” ne seront pas là, et ce n’est pas une question de goût.
  • Melisa Rollins a dû faire avec un air parfois chargé en fumée, en misant sur des fenêtres plus favorables pour rouler.
  • Le vrai frein, ces derniers mois, a surtout été médical : coude, triceps, et un bras gauche encore moins solide que le droit.
  • Son maillot de championne nationale cross-country marathon ajoute une motivation… et une pression supplémentaire à porter proprement jusqu’à la ligne.
  • Au classement du Life Time Grand Prix, l’équation est simple : Leadville compte, et Rollins part avec du retard, comme si la montagne avait aussi un tableau de points.

À mes yeux, ce qui rend cette histoire intéressante, ce n’est pas seulement la rivalité sur un chronomètre : c’est la manière dont les athlètes s’adaptent quand le décor change au dernier moment. Entre logistique de course, incendies et blessures, on se dit que le VTT à Leadville ressemble parfois à un test grandeur nature. Et moi, je trouve ça plutôt sain : ça force à regarder au-delà du “who’s the fastest” pour se demander qui tient, qui apprend, et qui garde le cap — même quand la montagne n’a pas demandé à brûler.


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