lun. Août 10th, 2026

Le front commun du football appelle à une réforme de la FIFA face au dossier Infantino

Le scandale qui ébranle la présidence de Gianni Infantino continue de secouer le monde du football. Pour la première fois, l’US Football Federation, accompagnée du Canada Football et des entités régionales d’Amérique centrale et des Caraïbes, a publié une mise au point conjointe appelant à des changements significatifs visant à renforcer la gouvernance, la transparence et la responsabilisation au sein de la FIFA.

Ce message, publié lundi, ne réclame pas explicitement le départ d’Infantino, mais s’en approche fortement. Il fait écho à une déclaration précédente, signée cette fois par les confédérations d’Asie et d’Europe, et émanant d’un front uni avec Concacaf.

La déclaration affirme que lorsque la confiance est brisée par la tromperie et que quelqu’un se place au-dessus du collectif qui lui a confié son pouvoir, le devoir est abandonné. Si le nom d’Infantino n’est pas prononcé explicitement, les remarkes laissent clairement entendre une critique dirigée contre lui. Un interlocuteur proche du dossier décrit ces propos comme une invitation à démissionner calmement avant que la situation ne dégénère.

Les signataires ne se limitent pas à des vœux pieux: les présidents et les secrétaires généraux des trois bodies – Concacaf, AFC et UEFA – ont apposé leurs noms, ce qui donne une portée politique forte à l’appel. Ces dirigeants occupent aussi des postes de vice-présidents de la FIFA: Victor Montagliani (Concacaf) du Canada, Sheikh Salman bin Ibrahim al-Khalifa (AFC) du Bahreïn et Aleksander Čeferin (UEFA) de Slovénie.

La discussion s’est ensuite portée sur le projet controversé de privatiser une partie de la Coupe du Monde en créant une entité au sein de la FIFA, une structure à but non lucratif devant vendre des parts à des investisseurs, dont Josh Kushner, frère de Jared Kushner. La FIFA a déclaré ne plus envisager ce plan, mais les critiques estiment que la dénonciation ne suffit pas.

La déclaration pointe également du doigt le choix d’Infantino d’organiser une réunion de crise dans le bureau satellite de la FIFA, à Rabat, au Maroc, et non au siège de Zurich. Par ailleurs, aucun membre du Conseil officiel de gouvernance n’a été invité à y assister.

Seuls quelques membres du « Management Committee » – une instance peu connue jusqu’alors – étaient présents. Parmi les absences figuraient le directeur opérationnel Kevin Lamour, qui avait accusé Infantino de « tromper » le personnel de la FIFA, affirmant que s’il perdait son poste, cela serait sans problème pour lui. Jill Ellis, ancienne entraîneuse de l’équipe féminine nationale des États‑Unis et actuelle responsable football à la FIFA, n’était pas non plus présente, tout comme Arsène Wenger, devenu dirigeant à la FIFA, qui avait jugé nécessaire de rejeter l’idée de privatisation.

Si le fil semble se resserrer autour d’Infantino, le soutien n’est pas totalement écrasé à l’échelle mondiale. Des confédérations d’Amérique du Sud et d’Afrique lui apportent leur appui, et l’unité n’est pas parfaite au sein même de Concacaf. Par exemple, le fédération mexicaine a pris publiquement position en faveur d’Infantino, surprenant certains observateurs.

Les signataires couvrent toutefois l’ensemble du reste de Concacaf: les États‑Unis, le Canada, les 31 membres de la Caribbean Football Union et les sept du Central American Football Union. Selon une source proche du dossier, le Mexique peut exprimer son opinion, mais se retrouve actuellement isolé dans la région.

Plusieurs questions demeurent aujourd’hui, et il reste du chemin avant que tout ne se dénoue. Deux épreuves dominent:

Premièrement, si Infantino ne démissionne pas, qui pourrait se présenter contre lui l’an prochain ? Montagliani a été évoqué comme candidat potentiel, mais il n’a pas encore confirmé ses intentions. Un candidat doit réunir au moins cinq nominations d’associations membres de la FIFA; la date limite est fixée au 18 novembre.

Deuxièmement, l’Union européenne menace toujours de boycotter l’ensemble des compétitions de la FIFA si les garanties demandées ne sont pas données. L’objectif est d’assurer que les tentatives de réformer le jeu dans le sens d’un business model privé ne se reproduisent pas. Cette position met en lumière la Coupe du Monde U20 dans son édition polonaise et jette un éclairage particulier sur l’éventualité que des pays européens refusent non seulement de participer, mais aussi d’accueillir le tournoi.

La plupart des interlocuteurs contactés par The Inquirer estiment qu’il serait injuste pour les joueurs d’être pris au piège de ces divisions, mais l’idée de mesures plus fermes demeure une éventualité pour peser sur Infantino. Des discussions en coulisses sur une possible collaboration entre Concacaf, UEFA et AFC restent à des stades préliminaires mais sont suivies avec attention.

Pour l’heure, le dossier n’est pas clos et les évolutions seront suivies de près par les acteurs du football mondial, qui restent attentifs à l’issue du processus et à la manière dont les réformes pourraient influencer l’équilibre du pouvoir au sein de la FIFA.

Bon à savoir

  • Les déclarations conjointes des fédérations américaines et régionales cherchent à instaurer une meilleure transparence et responsabilité au niveau mondial, sans réclamer publiquement le départ d’Infantino dans l’immédiat.
  • Le rôle des signataires – présidents et secrétaires généraux des confédérations – est stratégique puisqu’ils détiennent des postes de vice-présidents au sein de la FIFA, ce qui influence les dynamiques de pouvoir.
  • Le débat sur la Coupe du Monde, notamment la proposition de privatisation et de financement par des investisseurs privés, demeure une source majeure de tension et de scepticisme parmi les critiques
  • Le calendrier évoque des échéances importantes dans les mois à venir, notamment la date limite de candidatures et le congrès de la FIFA à l’approche du rendez-vous 2031, qui pourrait être influencé par les débats en cours.
  • Les positions divergentes au sein des différentes confédérations soulignent une fracture potentielle entre régions, ce qui pourrait façonner le futur de la gouvernance du football international.


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