Goran Ivanisevic fait partie de ces voix qui comptent vraiment dans le tennis. Pas seulement parce qu’il a remporté Wimbledon en 2001, mais aussi parce qu’il a accompagné Novak Djokovic jusqu’aux sommets. De 2018 à 2024, le Croate a contribué à hisser le Serbe vers un total de 24 titres, dont huit Grand Chelems.
Du coup, quand Ivanisevic s’exprime, on a tendance à écouter. Dans des propos relayés par Sportsklub, l’ancien entraîneur revient sur Djokovic, mais aussi sur Roger Federer et Rafael Nadal. Et s’il place naturellement son ex-poulain au plus haut, il ne tarit pas d’éloges pour le Suisse et l’Espagnol.
Goran Ivanisevic arbitre son “top 3” entre Djokovic, Federer et Nadal
« Pour moi, Novak est l’un des meilleurs athlètes de l’histoire, et possiblement le meilleur joueur de tennis. Si on parle de Federer, il joue avec une beauté vraiment rare, et c’est un plaisir de le voir même quand il n’est pas dans son meilleur jour. Puis il y a Nadal : il donne toujours tout, et je lui confierais un match même si ma vie en dépendait », explique Ivanisevic avant d’ajouter : « Novak est le plus complet. Il joue le meilleur tennis. C’est comme un requin ou un serpent : tu te fais attraper et tu n’as plus d’air. Il n’y a pas de retour en arrière. »
L’entraîneur actuel d’Arthur Fils insiste aussi sur le fait que Djokovic ne se résume pas à ce qu’on voit sur le court : « Les gens le jugent d’abord par ce qu’ils voient pendant les matchs, et c’est une erreur. C’est quelqu’un de très drôle, et une personne qui veut aider. Il a créé des initiatives autour du tennis, des fondations, de l’aide pour le monde entier. Il y a très peu d’individus qu’il n’a pas aidés. »
Ivanisevic dit aussi qu’il a hâte de découvrir le documentaire consacré au Serbe, attendu pour le 20 août : « Il a du temps et des conseils pour tout le monde. Ça m’a parfois surpris parce qu’il s’occupait de tout le monde une demi-heure avant le match… mais c’est comme ça. Et après, on lit : “Regardez-le, il crie”. Oui, il crie. Il dit ce que les autres pensent, puis on comprend que ce sont les autres qui se taisent. Maintenant que le documentaire sort, j’ai très envie de voir ce que ça donnera. »
Le champion de Wimbledon 2001 souligne enfin une ressemblance marquée dans l’approche mentale : « Il est très proche de moi, question tempérament, état d’esprit, espace, même langage. Sa force mentale le distingue des autres au sommet. Si tu alignes cent joueurs sans savoir qui est qui, sur le plan du tennis ils pourraient tous se ressembler. Tu ne saurais pas qui est premier ou centième. Mais quand le match commence, quand les coups et les points comptent vraiment, là tu vois la différence. »
Et pour décrire le “mode de fonctionnement” de Djokovic, Ivanisevic ne fait pas dans la demi-mesure : « Il est extrême, un génie qu’on ne peut même pas essayer de comprendre, parce que sinon on y laisserait sa santé. Au début, on m’avait prévenu : “Tu ne peux pas travailler avec lui si tu ne comprends pas sa folie”. Cette communication, surtout pendant les matchs, peut sembler chaotique. Pas simple d’arriver au sommet… et encore moins d’y rester aussi longtemps. »
Un souvenir que Goran Ivanisevic garde en particulier de son passage au banc de Novak Djokovic.
Points à retenir
- Ivanisevic sépare le “personnage” visible pendant les matchs du “vrai” Djokovic : pour lui, le Serbe veut aider, et pas seulement performer.
- Le Croate compare l’efficacité mentale au moment clé : sur le papier, beaucoup de joueurs se ressemblent, mais au moment des points importants, les écarts apparaissent.
- La patience collective avant les matchs est au centre du récit : une demi-heure de discussions, et ensuite seulement… le court. (Oui, ça peut sembler très intense.)
- “Top 3” : si Federer et Nadal sont salués, l’argument revient surtout sur la complétude et la capacité à “étouffer” la compétition.
Au fond, ce qui ressort de ces déclarations, c’est une idée simple : les champions qu’on dit “cool” ou “calmes” ne sont pas forcément ceux qui maîtrisent le plus leur énergie. Moi, ce que j’aime suivre, c’est la façon dont Ivanisevic décrit le travail — pas comme un conte de fées, mais comme une discipline, parfois chaotique, qui dure. Et si le tennis a un mérite, c’est qu’il continue à nourrir une discussion passionnante sur le mental… tout en rappelant qu’on peut viser très haut et garder une envie de transmettre. Autrement dit : bon match sur le court, mais aussi un débat nécessaire autour de ce qu’on construit en dehors.