lun. Août 31st, 2026

Titre proposé: En Argentine, les clubs subventionnent l’entraînement des jeunes et nourrissent le vivier du football, une référence pour les États-Unis

ROSARIO, Argentine — Newell’s Old Boys est l’un des clubs les plus populaires de la ville de Rosario et dirige aussi l’une des académies de jeunes les plus performantes du pays. Chaque semaine, près de 700 enfants âgés de 4 à 12 ans s’entraînent au sein de ses installations centrales, où des fresques noires et rouges célèbrent des anciens joueurs devenus mythiques, dont Lionel Messi, passé par le club avant d’atteindre les sommets.

Les talents les plus prometteurs de l’académie, surnommée le “baby football”, reçoivent des bourses leur permettant de s’entraî­ner gratuitement. Pour les autres, les frais tournent autour de 25 dollars par mois pour deux séances hebdomadaires, avec des entraîneurs majoritairement d’anciens professionnels. Les week-ends proposent des matchs compétitifs contre d’autres formations de la ville.

“On y reçoit un bon encadrement,” résume Carlos Gil, ébéniste de métier et père d’un enfant de huit ans qui va s’entraîner chaque semaine à Newell’s. “Et votre enfant peut développer ses compétences.” Il rappelle aussi que, aux États-Unis, les parents dépensent entre 1 000 et 3 000 dollars par an pour ce type d’instruction. “Si c’était le cas ici, presque personne ne pourrait jouer,” ironise-t-il en évoquant les frais des clubs de football pour jeunes américains. Il ajoute que si les clubs argentins facturaient des milliers de dollars chaque année aux jeunes, le statut du pays en tant que puissance mondiale du football serait peut-être menacé. “Nos meilleurs joueurs viennent souvent de milieux modestes. Où les ferait-on s’ils n’étaient pas soutenus ?”

Avec la Coupe du Monde encore fraîche dans les mémoires, une question revient régulièrement en ligne et à la télévision: comment rendre le football pour les jeunes plus abordable aux États‑Unis et le modèle pay-to-play, encore dominant outre-Atlantique, ne freinerait-il pas le potentiel réel de l’équipe nationale, surtout chez les hommes ? L’Argentine montre qu’un football accessible peut coexister avec un fort rendement, en nourrissant un flux constant de joueurs d’élite. Et certains entraîneurs pensent que le modèle argentino pourrait servir d’exemple pour les États-Unis.

Newell’s — où Messi a évolué de 6 à 13 ans — n’est pas le seul club argentin à subventionner l training de ses jeunes talents. Sa survie ne dépend pas des frais de scolarité ou des dons d’entreprises locales. L’équipe première évolue en première division et dégage des revenus grâce aux recettes de billetterie et aux droits de diffusion. Le dirigeant du développement des jeunes, Gustavo Tognarelli, souligne que “les enfants que nous formons aujourd’hui alimentent l’institution demain.” Les clubs argentins jouent leur futur sur le terrain des jeunes et des transferts.

Aux États‑Unis, les clubs pour jeunes n’ont pas, ou peu, droit à des compensations lors des transferts de leurs joueurs. En cause: la MLS, ligue professionnelle dominante, n’impose pas, selon la fédération locale du football, une part des frais de transfert des grandes stars vers les clubs professionnels. Dans les systèmes européens et latino-américains, des mécanismes comme la compensation de formation et les paiements de solidarité existent: les clubs qui ont formé un joueur jusqu’à ses 23 ans reçoivent une partie du transfert. La MLS a été lente à adopter ce modèle, craignant une éventuelle transgression des lois américaines. Beaucoup d’entraîneurs estiment toutefois que l’absence de ces mécanismes freine les clubs locaux dans leur développement.

“Aux États‑Unis, si tu prépares un joueur et qu’il rejoint une meilleure structure, tu ne touches rien,” déplore Rory O’Neill, entraîneur d’une équipe U-13 en Pennsylvanie et présentateur d’une chaîne YouTube consacrée au football américain et à la tactique. Selon lui, les clubs pour jeunes disposent de revenus très limités et dépendent essentiellement des contributions des parents. Une transition vers un “écosystème ouvert” pourrait modifier durablement leur situation économique, pensent certains.

Aujourd’hui, la MLS n’est pas encore un championnat ouvert comme en Argentine ou dans d’autres pays où la promotion et la relégation existent. Seulement une trentaine d’équipes évoluent en MLS, après avoir investi des montants considérables pour accéder à la ligue du haut niveau. Dans un système plus ouvert et fondé sur le mérite, les pires équipes seraient reléguées et les meilleures promues, ce qui inciterait de nombreuses formations à investir dans leurs académies et à améliorer leurs structures de formation pour atteindre, un jour, le rang le plus élevé et bénéficier des retombées financières associées. Des voix s’élèvent pour dire qu’un tel système attirerait des investisseurs, même modestes, prêts à mettre de l’argent dans le football pour en retirer des gains à terme.

Filippo Silva, propriétaire et entraîneur installé à Orlando, partage ce point de vue: “Si nous avions un système ouvert et fondé sur le mérite, je pense que cela ouvrirait des portes à davantage d’investisseurs qui veulent faire avancer les choses. Plus de personnes seraient prêtes à investir dans le football si l’on peut en retirer quelque chose.” En Argentine, où la promotion et la relégation règnent depuis longtemps, des milliers de clubs permettent à des joueurs de petit ou moyen niveau de viser la élite nationale. Bien que certains n’y parviennent jamais, beaucoup misent sur le développement des jeunes pour gravir les échelons du football national ou pour tirer profit des transferts et des paiements de solidarité.

Newell’s, l’un des grands clubs argentins, finance la formation et l’éducation d’environ 400 joueurs âgés de 12 à 18 ans, qui s’entraînent jusqu’à six fois par semaine. Certains plus jeunes, entraînés deux fois par semaine, bénéficient de bourses. Le témoignage de Dastan Gil, fils de huit ans de Carlos Gil, illustre la réalité des déplacements et des coûts: le père parcourt 120 kilomètres pour amener son fils à Rosario, où il travaille comme réparateur de clôtures sur de grandes exploitations.

Pour que l’accès au football pour les jeunes reste réaliste, Newell’s et d’autres clubs argentins démontrent que subventionner l’entraînement et limiter les coûts peut favoriser l’inclusion tout en maintenant un modèle économique viable: un club qui investit dans ses jeunes peut, à long terme, créer une chaîne de valeur qui ne dépend pas uniquement des frais des familles ou des dons.

En Argentine, le football est plus que le sport: c’est une culture qui cherche à rester accessible tout en nourrissant son esprit compétitif. Le débat sur la meilleure façon d’organiser les structures de formation et les finances du football américain mérite d’être nourri par des exemples concrets comme celui de Newell’s Old Boys.

Bon à savoir
– Le système de formation des clubs argentins repose sur des bourses et des frais réduits pour les jeunes, complétés par des ressources internes et des revenus permanents issus du club professionnel et des transferts.
– Dans les pays où l’on pratique la promotion-relégation, les clubs peuvent capitaliser sur les talents formés sur plusieurs années et bénéficier des paiements de solidarité et de formation lors des transferts internationaux.
– Aux États-Unis, le modèle actuel de la MLS peut limiter l’émergence de clubs jeunes et la croissance des académies; un passage vers un écosystème ouvert pourrait favoriser l’investissement local et l’essor de formations de haut niveau.
– L’accessibilité financière du football pour les jeunes influence directement l’inclusion sociale et l’éventuelle diversité des talents qui parviennent au haut niveau.
– L’exemple argentin montre que l’équilibre entre soutien financier pour les familles et rentabilité économique peut permettre à des clubs de nourrir un pipeline durable de joueurs, tout en restant compétitifs.

Note: Le récit met en lumière des dynamiques réelles observées à Newell’s Old Boys et dans d’autres clubs d’Argentine, et s’efforce d’évoquer les enjeux qui animent le football des jeunes, notamment en regard des modèles économiques alternatifs discutés dans le contexte américain.


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