Aujourd’hui, Alexander Hadji aurait célébré ses 80 ans. Il a passé près de trois décennies au sein du célèbre club « Spartak », occupant d’abord le poste d’administrateur d’équipe, avant de devenir directeur général dans les dernières années de sa carrière. Il a été le bras droit de Konstantin Beskov, puis d’Oleg Romantsev.
Hadji nous a quittés le 11 septembre 2025, à l’âge de 79 ans. Dans les mois précédant son décès, il avait subi quatre infarctus et une amputation. Lors de la cérémonie d’adieu, qui s’est tenue dans le hall du Spartak à Sokolniki, Oleg Ivanovich s’est exprimé en ces termes : « Pour moi, c’est une perte immense et inestimable. Nous étions amis que ce soit lorsque j’étais joueur, entraîneur ou même en retraite… Nous avons toujours été proches. »
Il est surprenant de constater qu’au sein de « Spartak », peu de gens savaient en réalité que son nom n’était pas Alexander Leonidovich, mais Salih Lyutfievich. Hadji a partagé l’histoire de ce changement d’identité et de son travail avec Beskov, Starostin et Romantsev dans une interview intitulée « Une discussion du vendredi ».
— À quel moment êtes-vous devenu Alexander Leonidovich ?
— C’est une histoire intéressante. J’ignorais jusqu’alors que mon vrai prénom était Salih. Tout le monde m’appelait Alexander depuis que j’étais petit. Lorsque j’ai dû fournir mon acte de naissance pour inscrire à l’école de sport, j’ai découvert mon véritable nom. J’ai d’abord pensé que c’était une erreur avant de corriger tout le monde en leur disant de m’appeler Sasha. À 16 ans, j’ai voulu changer de prénom pour obtenir mon passeport, mais on m’a conseillé de ne pas le faire : « Que dirait votre famille en Turquie ? »
— Pourquoi cette mention de la Turquie ?
— Mon père était Turc. Mes parents se sont séparés lorsque j’étais très jeune. Je porte le nom de Salih en hommage à mon grand-père, qui était un homme politique important en Turquie. Il a même été emprisonné pendant 25 ans. En 1921, il a déménagé en Union soviétique et a fini par mourir en détention.
Alexander Hadji.
Photo : Alexander Vylf, archive « Sport Express »
— En quelle année avez-vous commencé à travailler dans le Spartak ?
— C’était en 1980, même si sur papier c’est noté 1983. Tout le monde se demandait pourquoi je n’étais pas membre du parti.
— Pourquoi pas ?
— Je n’y tenais pas. Nikolai Petrovich a géré cela pour moi, lui aussi n’était pas membre. Starostin a longtemps observé mon comportement, m’interrogeant sur mon amour pour le Spartak.
— Quelle était la paie d’un administrateur dans les années 80 ?
— Au départ, c’était 104 roubles sans bonus. Quand on partait en déplacement, on recevaient trois roubles par personne. C’était un vrai défi d’alimenter les joueurs !
— Quel a été votre premier déplacement avec le Spartak ?
— À Leningrad. Quand Beskov est descendu du train, il a rencontré le célèbre administrateur du Zenit, qui lui a demandé si nous venions de recruter un nouvel administrateur. Et il a pointé vers moi.
— Quel cadeau avez-vous reçu ?
— Un bouchon en plastique pour les bouteilles. Je le garde toujours avec moi, comme un talisman. Les entraîneurs sont volontiers nerveux et amusez-vous à imaginer ce qui se passait à l’époque.
Points à retenir
- L’ombre d’un passé héroïque : Hadji a été un personnage central dans l’histoire du Spartak.
- Le dilemme identitaire : un nom, deux histoires, un parcours.
- Les aléas du sport : entre rémunération modeste et bruits de vestiaire, la vie d’administrateur n’a rien de laid.
- Une dose de nostalgie : des histoires racontées près des terrains de jeu, comme les souvenirs de coupes de champagne surprises.
En réfléchissant à la carrière d’Alexander Hadji, je ne peux m’empêcher de me demander à quel point il est fondamental de conserver nos racines tout en s’immergeant dans un univers aussi éphémère que le sport professionnel. Son héritage dépasse largement le cadre du football. En tant que journaliste, je suis interpelé par cette dualité entre célébrité et anonymat, une réalité que partagent de nombreuses figures souvent éclipsées par les performances des athlètes en première ligne. Quel sera notre héritage, finalement ?