Revenons un instant sur le passé. Au sein de Tractor, en Iran, j’ai eu l’opportunité de travailler aux côtés de mon père [Toni]. Combien était-il difficile de séparer les aspects professionnel et familial ?
— Je l’ai déjà mentionné, c’est à ce moment-là que j’ai réellement découvert mon père. Nous avons partagé une expérience de vie si intense qu’elle ressemblait à un Big Brother. Nous avons échangé des choses que nous n’avions jamais abordées auparavant. Mon père, en raison de son métier, était souvent absent. Ma mère, quant à elle, a joué le rôle des deux parents. Je le voyais presque comme un héros, une figure presque inaccessible. Vivre avec lui sous le même toit a été une expérience totalement différente de l’environnement familial traditionnel. Nous avons partagé des rires, des larmes et des célébrations. Les frustrations étaient rares et les moments de joie nombreux. Nous avons réussi à remporter le premier trophée de l’histoire de Tractor, une réalisation qui m’est extrêmement précieuse. Gagner un trophée aussi marquant aux côtés de mon père, pour un peuple qui en avait besoin… À ce moment-là, j’aurais pu partir heureux. L’Iran est un pays riche en culture, mais qui traverse une période difficile. Néanmoins, je peux affirmer, même si parfois cela peut être risqué de le dire, que plus de 90 % des gens exprimaient un cri de détresse qui dure depuis 40 ans.
Dans ce parcours déjà bien rempli, quelle a été la situation la plus improbable ou amusante que vous ayez vécue ?
— J’ai vécu plusieurs situations, surtout en Iran. Des moments divertissants aux tremblements de terre. Il y a eu un jour où, avec João Vilela et Anselmo, nous avons dormi dehors par crainte des répliques. Mais ce sont des expériences qui m’ont beaucoup appris. Je me souviens d’un incident drôle. Le président de Tractor avait un grade militaire élevé. Une fois, après un match nul à domicile, il a convoqué une réunion technique pour questionner les compétences de mon père. Le président a commencé à parler en persan, et le traducteur, Amir, a déclaré : « Monsieur, le président dit que l’équipe a un trou au milieu du terrain. » Mon père est resté 30 secondes silencieux avant de rétorquer : « Amir, sais-tu ce qu’est une pelle ? Dis au président, avec tout le respect, qu’il devrait prendre une pelle et réparer le trou qu’il voit au milieu du terrain. » Lors de la traduction, le président s’est renfrogné et a répondu : « Mais c’est moi qui te paie ! » Mon père a alors riposté : « Dis-lui qu’il ne me paie pas, il me doit quatre mois de salaire ! Et qu’il doit d’abord me régler pour avoir le droit de discuter avec moi. De plus, qu’il ne convoque plus de telles réunions, car il n’a pas la compétence technique pour débattre de football avec moi ! » Si ce avait été un entraîneur moins influent, il aurait certainement été licencié sur-le-champ… Ce sont des réalités qui diffèrent.
Points à retenir
- La relation familiale peut être déstabilisante dans un environnement professionnel.
- Gagner un trophée qui compte peut changer notre vision des choses.
- Des situations cocasses peuvent survenir même dans des milieux sérieux.
- La communication entre dirigeants et entraîneurs peut parfois tourner au ridicule.
- Le sport est un reflet des tensions sociales d’un pays.
Il est fascinant de constater comment des moments de tension peuvent mener à des échanges humoristiques, souvent révélateurs de la dynamique entre pouvoir et compétence. Qui aurait cru qu’une simple réunion pourrait résulter en une telle joute verbale ? Cela nous pousse à réfléchir : combien de fois avons-nous, dans nos propres vies, voulu répondre avec la même franchise mais avons choisi le silence ? C’est un rappel discret que dans chaque domaine, professionnel ou non, la passion et l’authenticité peuvent parfois s’imposer avec le plus de panache, même au prix d’un conflit.