Angel Correa : le destin d’un « Aladino » qui a su s’imposer à River
Pour LesNews, voici une version adaptée en français d’un récit évoqué par Bernardo Romeo et Fernando Kuyumchoglu sur la trajectoire d’Angel Correa, de San Lorenzo à sa révélation à River Plate. Le portrait esquisse comment un staff attentif et des rencontres déterminantes peuvent changer le cours d’une carrière.

Correa est décrit par Romeo comme un joueur fendant et déterminé. Lorsque Romeo est devenu manager de San Lorenzo, le jeune attaquant était en réserve et avait manqué une semaine d’entraînement parce qu’il était blessé à Rosario. « Si tu es blessé, tu peux manquer un jour, pas une semaine », se souvient Romeo. Il a même été près de le licencier lorsque Kuyumchoglu, alors entraîneur de la Tercera, a pris les choses en main et a demandé qu’on le laisse travailler avec le joueur. C’est là que tout s’est accéléré : Correa est monté en première et a confirmé son potentiel. « Heureusement que je ne l’ai pas licencié », affirme Romeo avec un sourire à demi-complice.

Le récit est partagé par Bernardo Romeo lui-même, qui était présent lorsque Correa était encore considéré comme un espoir, aujourd’hui devenu une figure de River Plate et champion du monde en Qatar 2022. Le second protagoniste clé est Fernando Kuyumchoglu, ancien joueur et formateur du club Millonario, qui travaillait alors au sein de la cantera de San Lorenzo et avait un œil de lynx pour repérer les talents dans toutes les divisions. « Je l’avais vu évoluer depuis la Séptima, moi qui dirigeais l’Octava à River », raconte Kuyumchoglu. « Quand Romeo m’a dit qu’il voulait le licencier, je lui ai demandé de me laisser m’en occuper. J’étais convaincu de ce que Correa pouvait devenir. On le surnommait Aladino, parce qu’il semblait frotter une lampe et trouver des solutions magiques sur le terrain. »

« Je l’avais remarqué dès sa Séptima, et lorsque River cherchait des talents, je pensais déjà à lui », se rappelle Kuyumchoglu. Il compare Correa à des joueurs qui savent faire la différence malgré leur taille modeste et les défis physiques qu’ils peuvent rencontrer. L’échange avec Romeo l’a convaincu : Correa ne devait pas être abandonné, mais accompagné et encadré pour révéler tout son potentiel. Romeo, qui a aussi côtoyé d’autres talents du Rio de la Plata, parle d’un joueur « potrero », issu des quartiers, doté d’un talent inné et d’une force de caractère qui le pousse à chercher des solutions quand la situation l’exige.

Le regard d’un entraîneur peut changer une trajectoire. Kuyumchoglu rappelle que Correa a été l’un des moteurs lors de la pré-saison 2013, lorsque le groupe voyageait tôt le matin vers Mar del Plata et que Correa, blessé, était encore loin d’être pleinement opérationnel. Malgré tout, son retour en forme fut fulgurant : il est monté en première et n’a plus quitté l’équipe. Dans l’un des passages marquants, un assistant d’un entraîneur de l’époque a pris Correa et deux autres jeunes sous son aile et a laissé entendre qu’ils ne reviendraient pas : Correa et ses coéquipiers ont remporté le tournoi local Inicial 2013, puis la Libertadores en 2014.

« Correa est bien plus qu’un joueur chanceux », insiste Kuyumchoglu. « Il est potrero, mais aussi doté d’un esprit de gagnant et d’un talento inné. Je l’appelais Aladino et je lui faisais des signes pour qu’il frotte la lampe quand il a le ballon près des pieds : il s’inspire et devient imparable. » Dans cette vision, il est difficile de rater les parallèles avec les talents du River des années précédentes, comme Erik Lamela, Manu Lanzini ou Lucas Ocampos, que Kuyumchoglu a également côtoyés à leurs débuts.

Comment définir Correa aujourd’hui ? Kuyumchoglu répond sans détour : « C’est un joueur de terrain, capable de jouer librement sur tout l’avant. Il faut le laisser évoluer, prendre confiance et trouver les espaces. Il commence tout juste avec River et peut progresser de manière constante. Sa connexion avec Thiago Almada potentialisera les deux joueurs. »
Un amour du jeu et un regard sur l’avenir

Selon Kuyumchoglu, les principales vertus de Correa résident dans le contrôle lorsque le dos est tourné, les gestes techniques en mouvement et la capacité à dribbler en duel. Il précise toutefois qu’il ne va pas trop vite : Correa a encore des temps de progression et son meilleur niveau n’est pas encore pleinement visible à River.

Et que dire du contact entre les deux hommes aujourd’hui ?« Je n’ai plus de contact régulier, la vie m’a conduit en Uruguay, mais j’aimerais le saluer un jour au club. C’est un monstre sur le terrain et une personne simple et humble en dehors. »
En somme, ce récit met en lumière une trajectoire où la rencontre entre talent brut et encadrement attentif peut donner naissance à un destin prometteur, à River comme au-delà. Il rappelle aussi l’importance des réseaux de formation et de l’accompagnement dans la progression des jeunes talents.
Points à retenir
- Correa a émergé grâce à une opportunité saisie par un staff prêt à croire en lui, malgré des débuts modestes.
- Fernando Kuyumchoglu a joué un rôle central dans la détection et le mentorat du joueur, notamment en l’intégrant à la première équipe.
- Le parcours inclut des titres marquants avec San Lorenzo (Inicial 2013 et Libertadores 2014) et une progression qui l’a conduit vers River Plate.
- Correa est décrit comme un attaquant polyvalent qui aime occuper tout le front d’attaque et qui bénéficie d’une connexion potentiellement forte avec Thiago Almada.
- Le surnom Aladino illustre sa capacité à “frotter la lampe” et à créer des moments décisifs sur le terrain.
- Malgré les succès visibles, l’entourage insiste sur la modestie et la simplicité du joueur hors des projecteurs.
- Le récit met aussi en évidence l’importance du repérage et du soutien continu pour les jeunes talents dans les clubs.
En regardant ce parcours, je me surprends à penser que le talent ne se suffit pas à lui-même : il faut une alchimie entre potentiel et accompagnement. Pour LesNews, ce type de trajectoire mérite d’être suivi avec attention, car il éclaire les chemins qui mènent des terrains de formation aux scènes des clubs géants. J’y vois une invitation à soutenir les jeunes talents avec autant d’exigence que d’espoir et à mesurer les décisions qui peuvent, en une semaine, sauver ou briser une carrière. Je suis persuadé que ces histoires nourrissent notre réflexion collective et incitent chacun à croire, sans naïveté, que le travail et l’humilité restent des socles immuables du succès. En tant que journaliste engagé, je continuerai à suivre de près ces parcours et à interroger les choix qui façonnent l’avenir du football.”