dim. Juil 12th, 2026
Découvrez jusqu’où va l’ascension de Zverev à la finale de Wimbledon avec Superior Sinner

Pendant un bref instant, dès le premier jour de Wimbledon, on aurait pu croire que Jannik Sinner mettait seulement du temps à digérer son revers à Roland-Garros. Pourtant, la manière compte autant que le résultat : perdre, d’accord, mais s’effondrer quand tout semblait acquis, ça laisse des traces. Et celles-ci n’étaient pas vraiment effacées.

Sinner a mené, et pas qu’un peu. Face à Juan Manuel Cerundolo, il était devant de deux sets à zéro et menait 5-1 dans le troisième set. Puis le corps a lâché : physiquement, il a craqué, tout simplement. Même s’il a ensuite pris le temps de souligner ce qu’il avait accompli sur la tournée sur terre battue, cette défaite-là a fait mal — parce qu’elle s’est jouée de façon brutale.

Jannik Sinner au moment clé, lors d’un match marquant.

Du coup, quand l’Italien a été stoppé au premier tour de sa défense de titre — non pas sur une grande annonce, mais après une manche décisive perdue au tie-break du troisième set contre Miomir Kecmanovic — les inquiétudes ont commencé à pointer le bout de leur nez. D’autant qu’avant Wimbledon, Sinner avait perdu huit de ses neuf matchs en cinq sets. Pour un joueur de ce niveau, c’est presque une anomalie statistique.

Cette fois, il a fait le dos rond au bon moment : il a remis de la stabilité dans un revers et un coup droit qui tournaient moins rond, a repris le contrôle, et s’est frayé un chemin. Résultat : il n’a plus perdu de set depuis.

Il n’avait pas affronté de tête de série avant les demi-finales, mais après sa prestation contre Novak Djokovic, le débat sur “le niveau” ne s’est plus trop attardé. Sinner a étouffé le septuple champion : service au rendez-vous dans les moments importants, échanges dominés, et surtout cette capacité à refuser à l’adversaire l’once de retour qui redonne du carburant. Djokovic n’a pas trouvé la clé pour relancer.

Jannik Sinner lors de sa victoire en deux sets contre Novak Djokovic
Jannik Sinner au retour, sur sa démonstration en deux manches face à Novak Djokovic.

Ce parcours ressemble à un retour à la “normale”, au moment où Sinner poursuit son deuxième titre consécutif. En l’absence de Carlos Alcaraz, il reste — et de loin — la référence du circuit. Sur le gazon comme sur les autres surfaces, il continue d’imposer son rythme, avec une constance qui ressemble à une habitude.

Un aperçu de la dynamique du match.

Maintenant, place à Alexander Zverev. Et là, l’histoire récente a de quoi rendre les pronostics un peu… inconfortables pour le camp allemand. À l’US Open 2023, Zverev avait gagné un match en cinq sets au quatrième tour. C’était leur première rencontre perdue pour Sinner ? Non : c’était surtout la dernière fois que Zverev prenait l’avantage dans ce face-à-face avant une série qui a basculé.

Depuis, Sinner a gagné neuf matchs d’affilée. La différence ne tient pas qu’au score : elle se voit dans la façon dont Zverev subit, notamment quand Sinner trouve ses solutions sur les points importants. Cette domination s’étire même sur les manches : la série de sets “d’un seul bloc” face à Zverev s’élève à 14. Et certains résultats ont été franchement sans compromis.

Par exemple, à Paris en novembre dernier, Zverev s’est retrouvé derrière 6-0, 6-1. Puis, lors de leur dernière confrontation — la finale de Madrid en avril — Zverev avait déjà le sentiment de courir après le match avant même d’entrer sur le court. Au final : 6-1, 6-2 pour Sinner, avec un Zverev visiblement en manque d’adhérence et de confiance.

Alexander Zverev avec son premier titre du Grand Chelem sur terre battue
Alexander Zverev, premier lauréat d’un Grand Chelem sur terre battue cette année.

Sinner a rebondi vite après sa surprise à Roland-Garros, mais ce “petit accroc” a eu des conséquences plus larges. Entre la défaite précoce de Sinner, l’élimination de Djokovic plus tôt que prévu et une série d’autres sorties qui ont laissé des places vacantes, l’équation a fini par tourner au bénéfice de Zverev : avec une régularité solide, il a décroché son tout premier titre majeur à Paris.

Et c’est justement ce qui rend la question intéressante : Wimbledon peut offrir un récit différent. Zverev va-t-il profiter de son titre comme d’un déclencheur mental, lui permettant d’attaquer plus librement dans les moments décisifs — en allant chercher le filet, en accélérant sur le coup droit, en jouant pour gagner plutôt que de subir la pression ? Ou bien est-ce que ce succès à Paris restera un épisode isolé, sans garantie contre le niveau technique et le “calme” de Sinner ?

Le fait qu’il ait atteint la finale joue en sa faveur. Zverev n’avait jamais passé le quatrième tour à Wimbledon, et la surface n’a jamais été sa meilleure alliée. Mais il a mené son travail proprement, en gérant des adversaires délicats comme Jiri Lehecka et Taylor Fritz.

Reste que l’écart entre Sinner et le reste du plateau est immense — et rien ne l’illustre mieux que la dynamique face à Zverev. Cette finale, c’est donc une page que l’allemand doit essayer d’écrire autrement. Là-dessus, le poids du passé ne disparaît pas, il attend juste une correction.

Points à retenir

  • Sinner a connu un choc à Roland-Garros, et Wimbledon n’a pas directement effacé les inquiétudes liées à sa résistance en matchs tendus.
  • Depuis, il a remis de l’ordre : une capacité retrouvée à tenir ses sets et à passer au travers des moments de bascule.
  • Contre Djokovic, le scénario a été clair : service efficace, échanges contrôlés, et aucune “porte de sortie” offerte au champion.
  • Face à Zverev, l’historique pèse : une domination qui ne tient pas seulement au score, mais à la sensation de contrôle permanent.
  • Le titre de Zverev à Roland-Garros change le décor mental… mais il ne supprime pas le différentiel technique. On verra lequel parle le plus.

À mes yeux, cette finale ressemble à une rencontre entre deux récits : d’un côté, la maîtrise en mode “sans bavure” de Sinner ; de l’autre, l’espoir de Zverev de transformer un premier grand titre en véritable tournant. Et je pense qu’il faut regarder au-delà du résultat : la manière dont Zverev encaisse le niveau, puis répond quand il en a l’occasion, dira beaucoup du tennis qu’il veut défendre. Moi, je suis partisan d’un sport où l’on tente, où l’on ose et où le mérite se construit sous pression — pas seulement dans les trajectoires parfaites. Et c’est justement pour ça que j’ai hâte de voir qui, aujourd’hui, aura le dernier mot.


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