Ben Shelton signe le plus grand succès de sa jeune carrière : il a éliminé le tenant du titre Carlos Alcaraz en cinq sets, au terme d’un match épique qui s’est étiré jusque tard dans la nuit new-yorkaise. De quoi décrocher une place en demi-finale à l’US Open.
Le joueur américain s’impose au finish, 6-7 (5-7), 6-1, 6-3, 1-6, 7-6 (10-7), après 4h28 de jeu. Le public d’Arthur Ashe a tenu la cadence jusqu’à 3 h 33 du matin, pour un des matchs les plus tardifs de l’histoire récente de la quinzaine.
C’était aussi une victoire contre un top 3, chose rare pour Shelton jusque-là : avant cette rencontre, il restait sur une série de 0 victoire pour 17 défaites face à ce niveau.
Pour la suite, Shelton affrontera Frances Tiafoe, qualifié plus tôt dans la soirée après un autre scénario à suspense.

Sur le court, Shelton a d’abord parlé des gens : la salle, ses proches, l’ambiance “New York” et les encouragements américains qui l’ont porté pendant les moments où tout peut basculer.
Il a aussi rendu hommage à la ville et au stade, avec ce mélange de gratitude et d’humour qui va bien avec les longues nuits de Grand Chelem.
Grâce à ce résultat, les États-Unis auront forcément un représentant lors de la finale masculine du dimanche. Le dernier Américain à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem remonte à 2003, avec Andy Roddick.
De son côté, Alcaraz voit s’arrêter sa tentative de retour. Remis d’une blessure au poignet qui l’avait éloigné des terrains pendant plus de quatre mois, il avait même été longtemps incertain. Et malgré un début difficile, il a livré une remontée solide… jusqu’au bout.
Le septuple vainqueur de Grand Chelem a semblé souffrir physiquement avant d’attaquer le dernier set : il a été vu en train de vomir avant le tie-break décisif.
Interrogé après la rencontre, Alcaraz a reconnu le scénario très serré, tout en expliquant qu’après le troisième set, la fatigue était réelle. Il dit avoir trouvé l’énergie pour repartir, et souligne surtout la qualité de son adversaire, capable d’utiliser son service comme une arme dans les moments chauds.

Shelton file donc vers sa troisième demi-finale en Grand Chelem. Il avait déjà atteint le dernier carré à l’US Open (2023) et à l’Australian Open (2025).
Dans le match, après avoir perdu le premier tie-break, Shelton enchaîne : neuf jeux de suite pour prendre le large et installer un rythme difficile à contrer. Alcaraz revient au match pour envoyer tout le monde au cinquième set, où le tie-break devait départager définitivement les deux joueurs.
Et comme souvent avec Shelton, le coup décisif arrive sur le service : il place une balle à environ 146 mph, que l’Espagnol ne parvient pas à neutraliser. Le stade se lève, naturellement. Ça aussi, ça compte.
Tiafoe se qualifie après une remontée impressionnante
Dans l’autre affiche du quart de finale, Frances Tiafoe revient de très loin : menée 0-3 dans le cinquième set, la tête de série relance tout et finit par s’imposer face à Alex Michelsen en 5 sets : 5-7, 3-6, 7-5, 6-3, 7-6 (10-6).
Après une première partie où tout semblait lui échapper, Tiafoe récupère progressivement sa dynamique. Le stade d’Arthur Ashe bascule, notamment quand il conclut le troisième set sur un coup gagnant de coup droit, dans une ambiance qui fait oublier le chrono.
Michelsen, lui, avait fait le job sans trop de bruit jusque-là. Mais il a apporté le chaos sur le grand théâtre : 21 aces. De quoi forcer le respect, même dans la défaite. À la fin, Tiafoe coupe court à la fête pour prendre Michelsen dans ses bras : un geste d’empathie qui tranche avec l’image parfois trop “froide” du haut niveau.
“J’espère qu’il va se mettre sous pression.” Tiafoe explique qu’à 4-5 dans le troisième set, il a senti que l’adversaire pouvait “craquer” sur quelques détails — notamment des fautes comme des doubles fautes.
Tiafoe rejoint un groupe assez rare : il devient l’un des seuls Américains, avec Andre Agassi, à atteindre trois demi-finales à l’US Open sur la période. Et il pourrait revenir dans le top 10 après plusieurs années.
“J’avais l’impression qu’on m’avait porté un coup en plein ventre”
Dans les réactions, la douleur de la défaite de Michelsen ressort. Une ancienne joueuse, Laura Robson (spécialiste tennis), décrit une sensation difficile : quand un match est à portée, mais que “ça” ne tourne pas au bon moment, on n’a pas seulement mal… on a l’impression d’avoir laissé quelque chose sur la table.
Robson reconnaît aussi le mérite de Tiafoe : revenir après être passé complètement près du KO, c’est une façon de rappeler que le tennis se joue autant dans les détails que dans l’envie.
Points à retenir
- Shelton passe un cap : face à un top 3, il sort enfin du schéma “ça ne marche pas” et valide un succès majeur (et pas juste “un set de temps en temps”).
- Le rythme a fait la différence : après une entame compliquée, Shelton enchaîne, puis tient le choc dans le cinquième set comme si l’heure de fermeture n’existait pas.
- Alcaraz paye la facture physique du retour : malgré une remontée solide, la fin ressemble à une lutte pour rester debout, autant qu’à une bataille de stratégie.
- Tiafoe renverse le scénario : l’important n’est pas seulement d’être mené, c’est de trouver le déclic assez tôt… sans perdre la confiance en route.
- Sur l’US Open, le public pèse encore : les fins de match tardives sont pénibles pour tout le monde, sauf pour ceux qui savent transformer la pression en carburant.
Au final, je retiens surtout une chose : ces matchs ne donnent pas l’impression de “savoir” à l’avance qui va gagner. Shelton et Tiafoe ont prouvé que le tennis, ça se construit dans les séquences, pas dans les pronostics. Et en tant que journaliste, je trouve ça encourageant — parce que quand la passion prend le dessus sur les certitudes, tout le monde a une raison de regarder jusqu’à la dernière balle… même quand il est presque l’heure du petit-déjeuner.