Ben Shelton et Frances Tiafoe poursuivent leur objectif : devenir les premiers champions américains masculins d’un Grand Chelem depuis le sacre de Andy Roddick en 2003 à Flushing Meadows. Le US Open entre désormais en phase de demi-finales, et l’histoire commence à se rapprocher dangereusement des courts new-yorkais.
Shelton, lui, a envoyé le tenant du titre Carlos Alcaraz sur la touche dès les premières heures de mercredi. Dans le match le plus tardif de l’histoire du tournoi, il a pris son ticket pour une 3e demi-finale en Grand Chelem. Le Britannique ? Non, l’Américain. Et il l’a fait avec du rythme : demi-finaliste à l’US Open 2023 et à l’Australian Open 2025, cette fois encore.
« C’était une guerre. Le match le plus plaisant de ma carrière », a lâché Shelton.
Les demi-finales du vendredi
Les demi-finales de l’US Open auront lieu vendredi 11 septembre, toutes les rencontres se jouant au stade Arthur Ashe.
- Alexander Zverev vs Karen Khachanov : pas avant 15 h (heure locale)
- Ben Shelton vs Frances Tiafoe : 19 h (heure locale)
Tiafoe, de son côté, a dû revenir après avoir accusé deux sets de retard, puis gérer un break qui ne voulait clairement pas lui faciliter la tâche. Finalement, il a pris le dessus sur son compatriote Alex Michelsen et file en demi-finales pour la troisième fois, après un rallye de patience et d’énergie.
À New York, il a déjà offert de vrais souvenirs aux supporters : il avait notamment réussi l’exploit contre Rafael Nadal en 2022, en route vers sa demi-finale. Et deux ans plus tôt, il avait aussi été de ceux qui produisent les “gros” matches quand il faut, face à … Shelton. Oui, encore une fois.
Le finaliste de Cincinnati (et pas par hasard) veut désormais écrire un nouveau chapitre :
« Je suis une personne différente, en général. Ces deux parcours jusqu’aux demi-finales, c’était génial. Je vais m’en souvenir. Mais je ne suis plus la personne qui jouait alors : celle de 2022, celle de 2024. Je ne suis plus elle. Je suis excité de voir ce que le “moi” d’aujourd’hui peut faire », a expliqué Tiafoe.
À retenir : on n’est jamais très loin du moment où “ça tourne” dans un Grand Chelem… et parfois, ça tourne en faveur de ceux qui ont appris à encaisser.
Après un nouveau passage en force, Shelton a aussi insisté sur l’idée que ce n’est pas “fini” parce qu’on a gagné : il reste des sets, de la fatigue à gérer, et du travail physique.
« J’ai des attentes plus élevées pour moi-même. Le tournoi continue. Il reste beaucoup de tennis à jouer, beaucoup de sets, beaucoup de choses physiques à faire. On va en profiter, mais il faut continuer ».
Un retour de forme côté Tiafoe
Tiafoe profite d’une forme renouvelée : à la fin de l’année dernière, il a décidé de changer d’approche, en travaillant sa condition et son quotidien comme un instrument de performance (ce qui, reconnaissons-le, est plus efficace que de compter uniquement sur la magie).
Il y a aussi eu des mots d’encouragement très parlants de Lindsay Davenport, ancienne numéro 1 mondiale :
« Si vous écoutez leurs histoires de l’automne dernier, vous réalisez dans quel endroit sombre Frances pouvait être. Il a accepté de retourner la situation, d’essayer de donner le meilleur. Ce n’est pas toujours facile pour les joueurs… mais il a réorganisé sa vie autour du tennis. Maintenant, le voir revenir après deux sets, comme l’ancien Frances ne le faisait pas forcément, puis s’accrocher en disant “je ne bouge pas”, c’est de la lutte ».
Points à retenir
- Si Shelton et Tiafoe se départagent en finale, ce serait une première : un Américain noir atteint une finale de l’US Open depuis Arthur Ashe (1972).
- Pour Tiafoe, l’idée centrale ressemble à un vrai changement : moins “le joueur d’avant”, plus “la version qui a appris à tenir”. Le tennis adore quand on s’adapte, et déteste quand on s’excuse.
- Chez Zverev, le scénario est plus classique : une progression plutôt propre, au milieu d’un tableau qui a perdu plusieurs têtes. Quand la route se dégage, encore faut-il ne pas se perdre.
- On sent que la confiance n’est pas un interrupteur : elle peut être solide… puis s’évaporer si le rythme se coupe. Et à ce niveau, ça arrive vite.
Au fond, ce qui me frappe dans ces demi-finales, c’est le mélange : d’un côté des retours et des métamorphoses, de l’autre une mécanique de tournois en grand format. Je garde un œil sur les détails — ceux qui ne se voient pas sur les points les plus spectaculaires — parce que dans un Grand Chelem, c’est souvent là que tout se décide. Et si le sport peut parler aussi de résilience, alors tant mieux : c’est une belle leçon de courage, et j’espère qu’on en parlera comme il faut.
Zverev, en roue libre… mais pas vraiment

Sans Sinner, et avec Novak Djokovic puis Carlos Alcaraz éliminés, le tableau masculin a pris des allures de puzzle incomplet. Pourtant, Alexander Zverev avance sans trop de bruit, comme si le chaos autour ne devait pas le concerner.
Le Germain a notamment profité d’un chemin clair jusqu’au match suivant : son adversaire le mieux classé jusqu’ici était Luciano Darderi (tête de série 21). Et il a surtout réussi l’essentiel face à Botic van de Zandschulp (numéro 70 mondial), en deux sets.
Sur le papier, Zverev est grand favori pour battre Karen Khachanov, qui sera son adversaire en première demi-finale, le vendredi — une affiche qui s’annonce beaucoup plus “classique” que ne le laisse penser le tableau.
La dynamique face à Khachanov ? Les données parlent : Zverev a gagné leurs cinq confrontations contre Ben Shelton, et il n’a perdu qu’un seul match sur dix contre Frances Tiafoe. Des statistiques qui donnent envie de faire une pause… puis de regarder quand même le match.
Après un premier titre de Grand Chelem à Roland-Garros cette année et une finale à Wimbledon, le numéro 2 mondial devrait se sentir à l’aise dans les dernières étapes, là où le mental et l’expérience pèsent plus que les promesses.
Khachanov a déjà connu ce genre de route

Karen Khachanov vise une première finale de Grand Chelem, après deux passages en demi-finales à l’US Open (2022) et à l’Open d’Australie (2023).
Son parcours actuel est aussi une forme de “surprise” administrative : il était non tête de série pour la première fois depuis 2018, dans une saison à la trajectoire un peu irrégulière.
Il a atteint au moins le troisième tour dans les quatre tournois du Grand Chelem pour la première fois, mais ses résultats ailleurs ont été plus compliqués : 10 victoires et 15 défaites dans les autres épreuves, avec des éliminations dès le début sur les trois tournois sur surface dure avant New York.
Face à Zverev, c’est une histoire déjà écrite : ils se sont rencontrés neuf fois, et le Germain mène 6-3. Leur match le plus marquant ? La finale des Jeux olympiques de Tokyo 2021, où Zverev a gagné en deux manches pour l’or. Leur unique confrontation en Grand Chelem, elle, remonte à Roland-Garros 2018 : Zverev avait alors renversé un match piège après avoir perdu un set.
Le tennis n’attend pas : il vous met face à vous-même, puis il avance. Alors, vendredi, on verra qui encaissera le mieux et qui transformera la pression en carburant.