lun. Juil 20th, 2026

Au cours des deux dernières semaines, plusieurs étudiants palestiniens diplômés dans l’attente de visas pour étudier au Canada ont été acceptés en France, révèle un collectif de professeurs engagés pour leur cause.

Selon ce groupe, des dizaines d’étudiants bénéficiaires de bourses ou titulaires de lettres d’admission d’universités canadiennes restent bloqués, confrontés à de longs retards auprès du ministère de l’Immigration canadienne.

L’association Palestinian Students and Scholars at Risk (PSSAR) dénonce que certains de ces étudiants, qui se dirigent désormais vers la France ou y sont déjà arrivés, illustrent le laxisme du gouvernement canadien.

« Nous sommes heureux qu’ils aient finalement une opportunité », confie Ayman Oweida, professeur en sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke et président de PSSAR. « Mais c’est un crève-cœur qu’ils n’aient pas choisi le Canada, alors que nous avons tout fait pour les accueillir. »

Les étudiants et professeurs ont commencé à alerter publiquement sur ces délais dès le début du mois.

Le ministère canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC) avait alors expliqué à CBC News que les contrôles de sécurité — notamment la prise de données biométriques comme photos et empreintes — ne pouvaient être effectués directement à Gaza, compliquant l’arrivée des Palestiniens au Canada.

Il reconnaissait aussi des retards possibles pour ceux ayant déjà quitté Gaza, justifiés par la complétude des dossiers, les demandes d’informations supplémentaires, la vérification des données fournies ou la complexité même des demandes.

« Des rêves brisés à Gaza »

Ihab, étudiant récemment admis à l’université Centrale Méditerranée à Marseille, confie que son premier choix aurait été l’Université de l’Alberta.

« J’ai déposé une demande de visa auprès de l’IRCC, mais j’attends depuis longtemps », explique-t-il depuis Marseille.

La ministre canadienne de l’Immigration Lena Metlege Diab au Parlement d’Ottawa.
Le ministère de Lena Metlege Diab affirme que le gouvernement canadien ne contrôle pas les sorties de Gaza. (Adrian Wyld/The Canadian Press)

Pour des raisons de sécurité, Ihab a préféré ne pas divulguer son nom complet, redoutant pour ses proches toujours à Gaza.

Il dispose d’une lettre d’admission de l’Université de l’Alberta pour un master en génie mécanique, obtenue en mars dernier, ainsi que d’une confirmation du dépôt de sa demande de visa à la mi-avril.

Mais sans nouvelles de l’IRCC, Ihab a postulé à l’université méditerranéenne française le 1er juin, puis a été accepté le 17 juin en master de génie biomédical. Son visa français a été validé dès le 10 juillet.

« Les autorités françaises m’ont aidé à sortir de Gaza et ont réalisé les tests biométriques en Jordanie », précise-t-il.

Il loue les efforts de la France, « qui accompagne les étudiants, contacte des organisations pour faciliter leur accueil ».

Ihab est diplômé en génie biomédical de l’Université Al-Azhar de Gaza, dont le campus a été rasé dans le conflit israélo-hamasien actuel. Plus aucune université n’est active dans l’enclave.

Les forces israéliennes ont affirmé avoir découvert des armes sur le site, accusant le Hamas d’y organiser des attaques.

Des amis d’Ihab, ayant déposé des candidatures au Canada début 2024, restent enfermés dans la zone de guerre.

« Ils sont à Gaza. Leurs rêves s’effondrent avec cette ville », déplore-t-il.

Un autre étudiant, accepté en juin par l’Université de Calgary, a lui aussi attendu un visa canadien sans évolution, avant d’être admis à l’Université Grenoble Alpes en novembre 2024 et d’obtenir une bourse française fin mai.

Il a décidé de renoncer à Calgary. Trois autres étudiants ont indiqué vouloir se désister de banques canadiennes, l’un ayant déjà été évacué par la France, les deux autres bénéficiant d’offres d’évacuation.

Près de 900 Palestiniens évacués de Gaza

L’IRCC n’a pas répondu explicitement aux questions sur une éventuelle collaboration avec la France pour faciliter l’évacuation des personnes de Gaza.

Dans un communiqué, le ministère affirme qu’à la date du 8 juillet, plus de 1 750 personnes sorties de Gaza ont passé les contrôles de sécurité et obtenu l’autorisation d’entrer au Canada, dont 864 sont déjà arrivées.

Les défenseurs des Palestiniens soulignent cependant que ces personnes ont trouvé par elles-mêmes un chemin vers l’Égypte, sans assistance canadienne.

L’IRCC rappelle que la décision d’admission revient aux universités, mais qu’« avant de se déplacer au Canada, les étudiants étrangers doivent satisfaire les exigences du système d’immigration, dont obtenir une lettre d’institution d’enseignement désignée et un permis d’études approuvé ».

Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur, serre la main du président Emmanuel Macron.
Bruno Retailleau, ministre français chargé de l’immigration, et Emmanuel Macron. La France a récemment accueilli des étudiants palestiniens qui auraient préféré le Canada. (Ludovic Marin/Reuters)

Le site officiel du gouvernement français précise que les demandes de visa des habitants de Gaza doivent être déposées à Ramallah ou à Jérusalem à cause de la guerre.

En temps normal, un organisme tiers nommé VFS Global assiste les candidats à Gaza.

Ayman Oweida exprime sa surprise devant la capacité de la France à mobiliser ses relations diplomatiques avec Israël afin d’évacuer les étudiants palestiniens à destination de la France, contrastant avec l’ouverture canadienne jugée timide.

« La France a pris une position critique face à la guerre en cours à Gaza. Le Canada devrait être capable de faire pareil », conclut-il.

Points à retenir

  • Les étudiants palestiniens attendent souvent des mois, voire plus, pour obtenir un visa étudiant au Canada, malgré des lettres d’admission et des bourses.
  • La France, en mobilisant ses liens diplomatiques, réussit à évacuer certains étudiants palestiniens, une initiative moins visible mais efficace comparée à celle du Canada.
  • Les efforts académiques et personnels des étudiants palestiniens sont mis à rude épreuve par des contraintes bureaucratiques et un contexte géopolitique délicat.
  • La destruction des infrastructures universitaires à Gaza complique encore la poursuite des études pour les jeunes Palestiniens.
  • Les autorités canadiennes invoquent des raisons sécuritaires et la complexité des dossiers pour justifier les délais, sans grande transparence ni coordination apparente avec la France.

Face à cette situation, on se demande si le Canada, souvent loué pour son ouverture et son accueil, ne se repose pas un peu trop sur ses lauriers diplomatiques. En laissant ces talents s’exiler vers d’autres horizons européens, il risque de perdre sa place sur la scène universitaire internationale. Mais bon, à quoi bon se presser quand on peut simplement laisser le temps faire son œuvre — ou du moins, c’est ce qu’on semble croire. En attendant, les jeunes Palestiniens continueront de rêver, et parfois de voir leurs rêves s’évanouir à Gaza, pendant que les bureaux d’immigration accumulent les formulaires en silence. Triste spectacle. 


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