lun. Juil 20th, 2026

Alors que la France traverse une période marquée par une dette en constante augmentation, une montée de la criminalité et des débats sur l’immigration, une nouvelle inattendue vient agiter la scène politique : Dominique de Villepin, Premier ministre de 2005 à 2007, a récemment annoncé la création de son propre parti, Humanist France. « J’ai décidé de créer un mouvement d’idées, de citoyens, à travers la fondation d’un parti politique », a-t-il déclaré. « Ce mouvement s’adresse à tous. Nous devons rassembler les Français autour de la défense de la justice sociale et de l’ordre républicain », a-t-il ajouté.

Rassembler tous les Français, cependant, pourrait être un défi pour de Villepin, notamment à cause de certaines de ses prises de position controversées. En octobre dernier, le philosophe Bernard-Henri Lévy, figure respectée dans le paysage intellectuel français, lui a reproché des propos à connotation antisémite. Plus récemment, lors d’une cérémonie, trois membres éminents de la communauté juive française ont refusé de lui serrer la main. De Villepin a vigoureusement démenti ces accusations. Par ailleurs, sa défense de la liberté pour les petites filles de porter le hijab — « Je ne suis pas styliste » — a irrité une partie de la droite conservatrice.

Les baby-boomers n’ont rien à léguer à la France

Âgé de 71 ans, de Villepin, qui lorgnerait sur la présidentielle de 2027, reste surtout célèbre hors de nos frontières pour son discours saisissant à l’ONU en février 2003. À l’époque, alors ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac, il avait défendu la position française opposée à l’intervention militaire en Irak, insistant sur la nécessité d’opter pour le désarmement par les inspections plutôt que pour la guerre.

Ce discours, empreint d’élégance et de fermeté, trahit une certaine grandeur d’âme. Pourtant, depuis son départ de la scène politique en 2007, de Villepin a parfois semblé plus préoccupé par sa réussite personnelle. Un an plus tard, la presse économique française notait qu’il prospérait en tant que consultant et avocat international, avec un carnet d’adresses incluant de hautes personnalités comme Vladimir Poutine.

En 2014, un article du Daily Telegraph évoquait une polémique autour d’un bonus de 100 000 euros, attribué par erreur par l’administration et rapidement remboursé par de Villepin dès qu’il en avait pris conscience. L’année suivante, un hebdomadaire français détaillait ses succès auprès d’acteurs économiques majeurs en Chine, en Russie, en Arabie Saoudite et surtout au Qatar, grâce à ses liens privilégiés avec la famille régnante Al Thani.

Lors d’une interview télévisée récente, de Villepin a refusé de préciser ses sources de revenu, ni d’expliquer pourquoi les comptes de sa société n’avaient pas été publiés depuis 2008. « Quand on travaille dans le conseil, on ne dévoile pas les noms des clients », a-t-il justifié, assurant toutefois qu’« aucune puissance étrangère ne se cache derrière ». Un constat révélateur de l’arrogance persistante d’une caste politique issue de la génération dite des baby-boomers – cette génération qui, partie des contestations de 1968, s’est convaincue de légitimité à gouverner. Parmi eux se trouvent des figures comme Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, Michel Barnier et Christiane Taubira.

Cette dernière, ancienne ministre de la Justice sous Hollande, a tenté un retour en 2022 mais a dû se retirer, faute du nombre minimum de parrains requis. Hollande lui-même envisage une candidature en 2027, en dépit d’une popularité historiquement basse, désormais détrônée par Emmanuel Macron. Cette génération au centre du jeu politique, souvent perçue comme responsable du déclin multidimensionnel de la France – économique, social, culturel, académique et moral – continue d’exercer une influence notable, au risque de verrouiller le renouvellement politique.

Le constat financier est pointé du doigt : la dette publique française a atteint début 2025 un nouveau record à 3 346 milliards d’euros, soit 40 milliards de plus qu’à la fin de l’année précédente. Pendant ce temps, de jeunes talents politiques tels que Jordan Bardella, Gabriel Attal, Marion Maréchal, François-Xavier Bellamy, Marine Tondelier ou Mathilde Panot, sont parfois perçus comme de jeunes cadres inexpérimentés à discipliner, selon l’attitude affichée par Michel Barnier envers Attal récemment. Mais la déchéance peut être rapide – Barnier lui-même ayant été éconduit en quelques mois, victime de ses propres insuffisances.

En résumé, la génération des baby-boomers n’a guère laissé d’héritage tangible à la France contemporaine. Quelle que soit la portée des efforts des générations suivantes, le chantier s’annonce colossal. La question reste ouverte : la République saura-t-elle se reconstruire ou devra-t-elle se contenter de survivre aux séquelles d’une époque révolue ?

Points à retenir

  • Dominique de Villepin tente un retour en politique avec Humanist France, un parti qu’il présente comme rassembleur mais qui divise déjà.
  • Sa relation compliquée avec la communauté juive française et ses positions sur des sujets sensibles soulignent les difficultés à fédérer largement.
  • Son passé diplomatique reste son meilleur atout, notamment son discours de 2003 à l’ONU contre la guerre en Irak.
  • Les affaires financières liées à ses activités de consultant international éveillent la suspicion sur ses motivations et ses réseaux d’influence.
  • La génération des baby-boomers, souvent protagoniste des débats politiques actuels, est perçue simultanément comme porteuse de conservatisme et responsable de la dégradation du pays.
  • Les jeunes figures politiques patinent face à ce poids historique et à leurs propres faiblesses, ce qui ne rassure pas quant à l’avenir.
  • La dette publique continue sa folle ascension, symbole d’une gestion jugée souvent défaillante, malgré les promesses et discours enflammés.

Finalement, on pourrait s’interroger : à force de refuser de tourner la page, ces dinosaures politiques feraient-ils mieux de prendre leurs distances ? L’expérience a son prix, c’est vrai, mais elle ne garantit pas toujours la sagesse. Peut-être la relève, bien que maladroite, est-elle précisément ce à quoi la France doit s’accrocher, avec un zeste d’espoir… ou de pragmatisme détaché. Mais qui suis-je pour juger ? Après tout, la meilleure stratégie pourrait être de s’armer de patience — ou de pop-corn — en attendant de voir ce que cette comédie va encore nous réserver.


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