Résumé éclair
- Deux entreprises françaises spécialisées dans le quantique, Alice & Bob et Pasqal, figurent dans la liste Tech Next40/120 2025, soulignant le soutien stratégique de l’État pour développer les technologies quantiques.
- Alice & Bob, retenue parmi l’élite du Next40, travaille sur des qubits « chat » auto-correcteurs destinés à alléger la complexité matérielle des ordinateurs quantiques tolérants aux fautes.
- Pasqal, dans le French Tech 120, conçoit des processeurs quantiques à base d’atomes neutres et a renforcé son expertise en acquérant la société canadienne spécialisée en photonique AEPONYX.
La sixième édition de la sélection française Tech Next40/120, dévoilée le 5 juin 2025, met en lumière deux sociétés quantiques prometteuses : Alice & Bob et Pasqal. Ce programme annuel, orchestré par Mission French Tech, cible 120 entreprises françaises à forte croissance et à vocation internationale. La présence de ces start-up révèle un engagement conséquent du gouvernement pour faire passer la technologie quantique du laboratoire à l’économie réelle.
Alice & Bob : un pari sur les qubits « chat »
Classée dans le prestigieux Next40, Alice & Bob figure parmi les acteurs clés de la course à l’ordinateur quantique en France. Fondée en 2020 à Paris, la start-up développe une architecture innovante basée sur des qubits dits « chat », des circuits supraconducteurs conçus pour résister aux bruits quantiques.
Cette innovation reposent sur un qubit logique capable d’auto-correction d’erreurs, réduisant considérablement le nombre de qubits physiques nécessaires pour assurer la fiabilité du calcul. Cette approche vise à relever l’un des plus grands défis du quantique : concevoir des machines capables d’exécuter des calculs à grande échelle fiables pour des applications concrètes.
Intégrer le Next40 témoigne de la confiance de l’État dans la trajectoire d’Alice & Bob, qui bénéficie ainsi d’une visibilité accrue, d’un accompagnement réglementaire accéléré et d’un soutien au développement, particulièrement pertinent à l’heure où la société vise des clients internationaux sur des marchés comme la cryptographie et la simulation.
Pasqal : une plateforme quantique à base d’atomes neutres
Pasqal, implantée à Massy, s’inscrit dans le French Tech 120. Elle se distingue par sa technologie exploitant les atomes neutres, ces atomes manipulés par laser pour effectuer des calculs quantiques.
Créée en 2019 à partir de l’Institut d’Optique, la société s’appuie sur les travaux pionniers du physicien Alain Aspect, lauréat du prix Nobel de physique. Pasqal a levé près de 140 millions de dollars et a fusionné en 2022 avec la start-up néerlandaise Qu&Co pour proposer des solutions quantiques complètes. Récemment, elle a acquis AEPONYX, spécialiste des circuits photoniques intégrés, afin d’accélérer le développement de l’informatique quantique tolérante aux fautes.
Pasqal cible des applications concrètes comme l’optimisation des réseaux électriques, la dynamique des fluides en aérospatial et l’apprentissage machine quantique.
Un signal fort de la stratégie nationale
Les deux entreprises profitent d’un écosystème national conçu pour transformer la recherche académique en puissance industrielle. Le dispositif Tech Next40/120 repose sur des critères objectifs : chiffre d’affaires pour inspirer confiance aux clients, levées de fonds pour rassurer les investisseurs. Dans le domaine quantique, où les revenus commerciaux suivent parfois plusieurs années après la validation technique, ce soutien est crucial.
Les lauréats bénéficient d’un accès privilégié aux institutions publiques, d’un accompagnement dans leurs démarches réglementaires et de contacts facilités avec acheteurs publics et privés. Ce filet de sécurité étatique est précieux pour des acteurs deep tech aux cycles de R&D souvent longs et complexes.
Points à retenir
- La France mise clairement sur le quantique, non pas juste comme une lubie scientifique, mais comme un pilier industriel à venir.
- Les qubits « chat » d’Alice & Bob promettent de rendre les ordinateurs quantiques un peu plus humains, en corrigeant eux-mêmes leurs erreurs – on aimerait en dire autant de nos ordis classiques.
- Pasqal joue la carte atomique, littéralement, avec sa technologie centrée sur les atomes neutres manipulés par laser, histoire d’allier théorie de pointe et développement pragmatique.
- Le soutien institutionnel ne se limite pas au doux discours : visibilité, aides réglementaires, mise en relation, la mécanique est bien huilée, ce qui n’est pas toujours le cas dans la tech.
- Quant à la route entre recherche et marché concret, elle est encore longue, sinueuse et bordée de café à forte dose, mais au moins les ambitions sont là.
Au final, on ne peut que se réjouir que le quantique ne soit plus un simple rêve de laboratoire mais un enjeu industriel inscrit dans la stratégie nationale. Reste à voir si les promesses technologiques sauront vraiment s’étendre à un usage commercial à grande échelle sans se perdre en chemin – car entre enthousiasme et réalité, il y a souvent un fossé que seule une bonne dose de réalisme (et un soupçon de cynisme) peut combler. Mais bon, espérons que cette fois-ci, la machine quantique ne tourne pas à vide trop longtemps.