lun. Juil 20th, 2026

Lors d’une visite d’État historique, Emmanuel Macron a lancé un avertissement à l’Europe : réduire ses « doubles dépendances » vis-à-vis des États-Unis et de la Chine est devenu impératif. Ce discours, prononcé devant plusieurs centaines de députés britanniques et invités, a marqué le premier déplacement officiel d’un chef d’État européen au Royaume-Uni depuis le Brexit.

Le président français a esquissé la vision d’une « Europe élargie » où la France et le Royaume-Uni joueront un rôle central, dépassant les frontières de l’Union européenne à 27. Tout en exprimant brièvement sa déception face à la sortie du Royaume-Uni du bloc européen, il n’a pas manqué de louer chaleureusement ses hôtes britanniques.

Emmanuel Macron a notamment promis une coopération renforcée entre les deux pays sur les questions migratoires. Il a chaleureusement soutenu l’idée d’un accord « un entrant, un sortant » en matière d’asile, proposé par le leader travailliste Keir Starmer, permettant le renvoi vers la France de certains demandeurs d’asile, tout en appelant à la création d’un programme de mobilité pour les jeunes, idée saluée par des ministres britanniques présents.

« Nous devons démultiplier nos efforts pour sortir de ces dépendances excessives aussi bien vis-à-vis des États-Unis que de la Chine », a insisté Emmanuel Macron. Selon lui, ces liens sont problématiques : d’un côté, la Chine déstabilise le commerce mondial avec des aides d’État et des pratiques commerciales défavorables, de l’autre, les États-Unis, à travers une guerre commerciale, remettent en cause les règles du commerce mondial encadrées par l’OMC. « Pour construire un avenir durable pour nos enfants, il faut réduire ces risques », a-t-il conclu.

Cette visite de trois jours, la première d’un président français au Royaume-Uni depuis Nicolas Sarkozy en 2008, a été marquée par des cérémonies officielles mêlant tradition et symboles forts. Après un accueil par le roi Charles au château de Windsor et un cortège en calèche, Emmanuel Macron s’est rendu au Parlement britannique, dans la prestigieuse Royal Gallery, lieu emprunt de poids historique puisqu’y ont également pris la parole des personnalités telles que Bill Clinton, Kofi Annan ou Angela Merkel.

Face à deux immenses toiles représentant Waterloo et Trafalgar, Macron n’a pas évoqué ces batailles, mais a souligné l’importance de l’Entente Cordiale de 1904, symbole d’une coopération politique désormais tournée vers l’avenir plutôt que vers les conflits passés. Il a annoncé avec émotion le retour de la tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni, un prêt prévu pour la première fois depuis plus de neuf siècles.

Sur le front migratoire, les négociations pour un accord franco-britannique sur le traitement des demandeurs d’asile se poursuivent, bien que Macron soit resté prudent quant à leur conclusion imminente. En revanche, il a fait l’éloge du programme de mobilité pour les jeunes en cours d’élaboration, insistant sur le risque de fracture sociale entre les deux pays si les échanges culturels et éducatifs ne sont pas facilités. « Nos jeunes risquent de devenir étrangers les uns aux autres, alors même que les défis internationaux nous rappellent chaque jour notre avenir commun », a-t-il alerté.

Le président a aussi mis en garde contre les menaces commerciales et technologiques encourues par l’Europe. « Je ne mets pas un signe égal entre la Chine et les États-Unis », a-t-il précisé. « Les États-Unis restent un allié fort, tandis que la Chine est un challenger – et parfois un partenaire, notamment sur le climat. »

Il a pointé du doigt des pratiques telles que les algorithmes manipulatoires des géants technologiques américains, qu’il compare aux campagnes de désinformation orchestrées par la Russie. Ces remarques mettent en lumière les divergences entre les approches française et britannique concernant la régulation des réseaux sociaux : la France et l’Union européenne ont choisi de renforcer les règles, tandis que le Royaume-Uni préfère alléger la pression fiscale sur ces entreprises pour favoriser leurs investissements.

Points à retenir

  • Macron évoque une « Europe élargie » avec un rôle pivot pour la France et le Royaume-Uni, dépassant les tensions post-Brexit.
  • La réduction des dépendances économiques et technologiques à l’égard des deux géants que sont les États-Unis et la Chine est au cœur du message.
  • L’accent est mis sur la coopération accrue en matière migratoire, avec des propositions aussi pragmatiques que controversées.
  • Le projet d’un programme de mobilité pour les jeunes, symbole de rapprochement culturel et intellectuel, suscite un large consensus.
  • La France porte un regard méfiant sur l’influence des grandes firmes technologiques américaines, alors que le Royaume-Uni semble user d’une approche plus accommodante.

Au final, on pourrait se demander s’il s’agit là d’un rêve d’amitié retrouvée ou d’une opération délicate pour sauver les meubles d’une Europe en reconstruction. Entre la méfiance à l’égard des puissances extérieures et la nécessité de coopérer avec un voisin parfois mal compris, la route semble longue. Mais bon, comme disait l’autre, mieux vaut une entente cordiale qu’une guerre froide… Ou pas.


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