lun. Juil 20th, 2026

Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment plaidé pour un axe stratégique entre Londres, Paris et Berlin afin de mieux gérer l’immigration illégale et de renforcer la coopération en matière de défense, tout en exprimant son profond regret face au Brexit.

Aux côtés de Keir Starmer lors d’une conférence de presse à Stevenage, Merz a officialisé la signature du traité de Kensington, la première entente formelle entre le Royaume-Uni et l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce pacte, signé au musée Victoria & Albert et suivi d’une rencontre à Downing Street, établit un cadre de coopération renforcée dans les domaines de la migration, de la défense, du commerce et de l’éducation, incluant la mise en place d’échanges scolaires.

« Ce traité était attendu depuis longtemps », a déclaré Merz. « Nous vous avions dans l’Union européenne et pensions que cela suffisait… mais nous réalisons aujourd’hui que ce n’est pas le cas, il faut aller plus loin. »

Si l’initiative pour cet alignement trilatéral vient de Berlin, Keir Starmer a clairement exprimé son soutien envers une coopération étroite avec l’Allemagne et la France, qualifiant la relation avec le gouvernement de Merz comme « le reflet de notre ambition de travailler toujours plus étroitement ensemble ».

Malgré son regret affiché du Brexit – « Je le déplore profondément, personnellement » –, Merz relance une idée proche de la vision de « l’Europe centrale » proposée par son mentor Wolfgang Schäuble dans les années 1990, qui imaginait un groupe intégré de puissances européennes dirigeant le continent, le Royaume-Uni n’étant alors pas inclus. Aujourd’hui, dans ce contexte post-Brexit, Merz et Starmer veulent montrer que le Royaume-Uni reste un acteur incontournable, même en dehors de l’Union européenne.

Face aux menaces renouvelées de la Russie et à l’incertitude du rôle futur de Washington au sein de l’OTAN, les deux responsables insistent sur la nécessité d’une meilleure coordination continentale.

Concernant la migration irrégulière, Merz a proposé d’élargir l’accord de retour récemment signé entre le Royaume-Uni et la France à un pacte tripartite incluant l’Allemagne, afin de coordonner une réponse plus efficace. « La coopération entre le Royaume-Uni et la France doit impérativement être complétée par un accord que nous espérons conclure à trois : Royaume-Uni, Allemagne, France », a-t-il expliqué via un traducteur. « Nous voulons réduire drastiquement l’immigration illégale en Europe. Le chemin est engagé, mais la cible n’est pas encore atteinte. »

Starmer a confirmé que l’Allemagne va modifier sa législation pour permettre la saisie des moteurs de bateaux et des matériels de contrebande utilisés pour traverser la Manche, comblant ainsi une lacune persistante dans l’application des lois.

Le traité de Kensington, signé également par le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères David Lammy et son homologue allemand Johann Wadephul, comprend plusieurs volets :

  • Une clause d’assistance mutuelle en matière de sécurité nationale, reconnaissant la Russie comme « la menace la plus significative et directe » pour les deux pays.
  • Une collaboration dans l’acquisition et le développement de technologies de défense, notamment pour les avions Typhoon, les véhicules Boxer et les missiles longue portée.
  • La création d’un groupe de travail ferroviaire commun pour étudier les infrastructures, à commencer par une potentielle liaison Londres–Berlin.
  • Des engagements renforcés pour favoriser les échanges scolaires et les liens culturels.

Si ce traité ne crée pas un bloc militaire formel, il rapproche le Royaume-Uni des deux principales puissances européennes sur des sujets devenus cruciaux, notamment à cause du conflit en Ukraine et des doutes autour des engagements américains.

Il faut noter que cet appel à un accord trilatéral se fait sous la pression croissante de l’Alternative für Deutschland, l’extrême droite allemande, qui a rendu les questions migratoires et les dépenses militaires particulièrement sensibles politiquement. Certains critiques reprochent au parti de Merz, l’Union chrétienne-démocrate, de manquer de propositions claires face à la montée du populisme, malgré les efforts de son leader pour incarner une force de stabilité en Europe.

Points à retenir

  • Malgré le Brexit, l’Allemagne et le Royaume-Uni cherchent à resserrer leurs liens, adaptation nécessaire mais pas forcément faite avec un grand enthousiasme diplomatique.
  • La coopération sur la migration illégale est sur le devant de la scène, une question qui semble désormais rassembler les grandes capitales européennes – alors qu’elle était jusqu’ici un prétexte pour se renvoyer la balle.
  • Les ambitions sont larges, allant de la défense à l’éducation, histoire de rappeler que l’Europe reste un terrain de jeu complexe et multifacette.
  • Le traité évite toute création formelle d’un bloc militaire, évitant ainsi une Coalition de l’Arc Britannique trop visible, mais laisse entendre que la guerre froide contre la Russie a encore de beaux jours devant elle.
  • Pendant ce temps, les tensions internes en Allemagne donnent un arrière-plan kafkaïen à une initiative qui entend pourtant parler « réel politique ». On dirait presque que le populisme sert de carburant aux discussions officielles…

Au final, ce genre d’accord à trois nous rappelle que la vieille Europe sait toujours trouver des raisons de se rapprocher, quand bien même elle peine à faire oublier certaines rancunes. Le Royaume-Uni redevient un partenaire à part entière, mais sans retour évident dans le giron européen – une sorte de voisin un peu envahissant qu’on accepte à contrecœur. À méditer : est-ce que cette nouvelle alliance suffira vraiment à changer la donne ou s’agit-il simplement d’un habillage diplomatique pour cacher certaines impuissances ? De toute façon, on est partis pour vivre ça à doses répétées… Heureusement, ou malheureusement, c’est selon.


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