Deux frères de Belfast s’apprêtent à boucler, dans quelques semaines, un trajet cycliste de 3 800 miles à travers les États-Unis. L’objectif : financer la recherche contre la sclérose en plaques (SP).

Michael O’Hare, 58 ans, installé aujourd’hui à New York, s’est lancé dans une aventure exigeante faite de montagnes, de plaines et de 15 États. Il a démarré depuis la côte Ouest, à Portland (Oregon), le 20 août.

En moyenne, il vise environ 88 miles par jour, avec une arrivée programmée sur la côte Est à Portland (Maine), le 6 octobre.

Cette fois-ci, Michael n’est pas seul. Dans le Minnesota, il rejoint son frère Eamonn, qui prend aussi la route pour couvrir les 1 500 miles restants jusqu’à la ligne d’arrivée.

Malachy O'Hare (assis), vivant avec la sclérose en plaques depuis 40 ans, en photo avec ses frères Michael (à gauche) et Eamonn (à droite).
Malachy O’Hare (assis), vivant avec la SP depuis 40 ans, entouré de ses frères Michael (à gauche) et Eamonn (à droite).

Tout cela est porté, avant tout, par leur frère Malachy, 61 ans, qui vit avec la sclérose en plaques depuis 40 ans. À ce jour, environ 120 000 dollars (près de 90 000 livres) ont été réunis pour financer directement la recherche.

“Un vrai spectacle de galère.” C’est en substance ce qu’a confié Eamonn, 62 ans, en parlant de l’itinéraire de Michael. Selon lui, les premières semaines ont été marquées par des journées difficiles et surtout par un mauvais cocktail : très peu de pauses et beaucoup de vent de face.

Eamonn, qui dirige une entreprise à Londres et en Espagne, admet ne pas avoir eu autant de temps pour s’entraîner qu’il l’aurait voulu. Mais il compte sur son expérience du cyclisme d’endurance pour tenir le rythme.

Il revient aussi sur ce que représente la SP dans la vie de Malachy : il y a environ quarante ans, alors qu’il venait de remporter avec l’équipe de la Queen’s University des championnats gallois-irlandais (GAA) universitaire, il a commencé à ressentir des fourmillements dans les jambes.

« À partir de là, c’est devenu plus compliqué. Aujourd’hui, il reste alité et il n’a pas marché depuis de nombreuses années. »

Michael, récemment retraité de ses fonctions de directeur des ressources humaines chez Estée Lauder, nuance l’idée d’un “simple défi sportif”. Pour lui, la différence, c’est la durée, et surtout la réalité vécue par son frère.

« Les gens ont tendance à dramatiser ce type de défi… mais quand on souffre de SP depuis aussi longtemps que mon frère, tout prend une autre dimension. Durant cette période, il a aussi construit puis vendu une entreprise, et il a élevé deux enfants. Même si c’est difficile à regarder, je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi positif. »


Les deux frères viennent d’une grande fratrie de sept enfants à Andersonstown. Ils sont les fils du regretté homme d’affaires de Belfast, Hugh O’Hare, et de leur mère, Margaret, qui fait partie des neuf victimes tuées en 1972 lors des attentats du Bloody Friday revendiqués par l’IRA.

Michael raconte avoir beaucoup lu au fil des ans sur le traumatisme. Grandir à Belfast pendant les “Troubles” n’a rien d’un décor de carte postale.

Pourtant, il préfère retenir autre chose : leur trajectoire a fini par prendre une direction marquée par la réussite professionnelle. Selon lui, leur lien familial et une forme d’énergie positive se sont construits aussi grâce à ce passé — pas en l’effaçant, mais en apprenant à vivre avec.

Malachy O'Hare enfant au centre, avec ses frères Eamonn et Michael à chaque côté. On voit aussi leurs parents, Hugh et Margaret, aujourd’hui disparus.
Malachy O’Hare enfant au centre, avec ses frères Michael et Eamonn. En arrière-plan, leurs parents Hugh et Margaret.

Pour la suite, Michael et Eamonn enchaînent les étapes. La prochaine journée d’Eamonn doit couvrir environ 120 miles : du Minnesota vers le Wisconsin, puis le long de la rivière Mississippi.

Michael, lui, explique qu’il se situe déjà vers 2 200 miles parcourus. Et il précise, avec l’humour de ceux qui ont trop roulé : « qui compte, au fond ? »

Le quotidien reste néanmoins long, et la première semaine a été la plus rude pour Eamonn. Michael confie aussi que, malgré la fatigue, le corps finit par s’adapter à la cadence — surtout quand on sait pourquoi on le fait.

Il dit avoir aussi sous-estimé l’immensité du pays. En traversant les zones agricoles, on enchaîne les champs de maïs sur des kilomètres, puis viennent des paysages comme les Badlands dans le Dakota du Sud, que beaucoup d’Américains ne voient jamais.

Le trajet de 3 800 miles, prévu sur 48 jours, traverse 15 États.
Le parcours de 3 800 miles devrait durer 48 jours et traverser 15 États.

Enfin, les supporters peuvent suivre le voyage en ligne. Les frères ont aussi prévu un système de “double coup de pouce” : ils s’engagent à faire correspondre chaque don à l’identique, afin de renforcer l’impact au profit de la recherche menée par un scientifique récompensé de l’université de Pennsylvanie.

Michael O'Hare en pause près du Yellowstone National Park.
Michael O’Hare, de passage près du Yellowstone National Park.

Points à retenir

  • Le projet repose sur une cadence ambitieuse : environ 88 miles par jour pour viser Portland (Maine) le 6 octobre.
  • Eamonn et Michael roulent en binôme : pendant qu’un frère enchaîne, l’autre couvre les étapes depuis un autre point, notamment via le Mississippi.
  • Le mobile n’est pas “juste” sportif : leur frère Malachy vit avec la sclérose en plaques depuis 40 ans, et cela change tout dans la façon d’appréhender l’effort.
  • Le suivi en ligne et l’engagement de matching des dons donnent une dimension collective — utile quand l’endurance se mesure aussi en heures de route.
  • Et puis il y a l’immensité américaine : des champs à perte de vue, des paysages grandioses… et le vent de face, qui, lui, ne fait pas dans la poésie.

À mes yeux, ce genre d’initiative dit quelque chose de simple : on n’arrive pas à “résoudre” une maladie en pédalant, mais on peut aider la recherche à avancer, et on peut surtout maintenir un cap quand la vie a déjà imposé trop d’épreuves. Je trouve ça profondément humain. Alors oui, je suis forcément de ceux qui restent attentifs aux progrès scientifiques — et je pense qu’on a aussi le devoir de soutenir, avec sérieux, les gens qui mettent leur énergie au service des autres.