mar. Août 4th, 2026
Pogačar vise La Vuelta pour compléter son palmarès vertigineux

Le “cadeau” de l’été espagnol est tombé. L’UAE Team Emirates-XRG a confirmé ce lundi matin que Tadej Pogacar, 27 ans, s’alignera sur la Vuelta a España 2026, enchaînant l’épreuve avec son cinquième Tour de France tout juste remporté, et en revenant en Espagne pour la première fois depuis 2019 — jusqu’ici, sa seule participation à la course. Le départ aura lieu le 22 août, et l’annonce met fin à une semaine de rumeurs.

« Je suis très excité de revenir à La Vuelta. C’était ma première grande tournée, en 2019, et l’expérience a été incroyable. L’Espagne est un pays que j’aime visiter, et où j’aime aussi me battre. Je pense que c’est maintenant le bon moment pour y retourner », a déclaré le Slovène. Il a ajouté : « La motivation est élevée pour terminer l’année comme il faut, et La Vuelta sera un grand objectif. »

Ce qui se joue dépasse le simple maillot. La Vuelta est, pour le coureur de sa génération, le dernier “trône” des Grands Tours à débloquer : en 2024, Pogacar a remporté le Giro dès sa première tentative, et il est déjà cinq fois vainqueur du Tour. En gagnant en Espagne, il deviendrait le neuvième coureur masculin de l’histoire à remporter les trois Grands Tours. L’urgence a aussi un nom : Jonas Vingegaard a bouclé le même triptyque en mai, en remportant le Giro — et à Pogacar il manquait justement ce chapitre. Son seul précédent à La Vuelta, en revanche, disait déjà ce qu’il venait chercher : 3e en 2019 et trois victoires d’étapes.

La décision n’était pas figée d’avance. « Aujourd’hui, si La Vuelta commençait demain, je dirais probablement non. Mais dans deux semaines, je peux encore décider », avait-il confié à Paris après avoir officialisé son cinquième Tour. Le sujet a ensuite été discuté lors de la réunion de bilan entre le coureur et son équipe. Du côté de Madrid, on respirait déjà : Javier Guillén, directeur de la Vuelta, a martelé que « c’est la meilleure année pour que Tadej vienne », en estimant que « les étapes sont très propices au spectacle auquel il nous a habitués », et que gagner en Espagne serait « un grand tremplin » pour tenter ensuite de défendre son titre mondial au Canada en septembre — là où il remettra son maillot arc-en-ciel en jeu.

Une Vuelta qui commence… chez lui

Le calendrier a aussi choisi une entrée en matière très “symbolique”. La 81e édition débutera le 22 août à Monaco — un troisième départ consécutif à l’étranger, après le Portugal en 2024 et l’Italie en 2025. On retrouve une contre-la-montre individuel de 9,6 km entièrement sur le territoire monégasque, dans le principauté où le Slovène réside.

Ensuite, la course traversera la France et Andorre avant d’entrer en Espagne. Au total : 3 275 km et 58 000 m de dénivelé cumulé. L’organisation a qualifié l’édition de « l’une des plus dures de l’histoire ». Au programme : deux contre-la-montre individuels (dont un second de 32,5 km, le plus long des dernières années) et sept étapes de montagne. La course s’achèvera le 13 septembre à Grenade, avec l’Alhambra en toile de fond.

Un menu taillé pour les qualités de Pogacar, avec un seul vrai juge imprévisible : la chaleur du Sud. On notera aussi un fait : il n’a réussi à enchaîner deux Grands Tours la même année qu’une seule fois, en 2024. Il les a remportés.

Palmarès (au moins pour voir la taille du dossier)

  • Grands Tours : Tour de France (2020, 2021, 2024, 2025 et 2026) ; Giro d’Italie (2024)
  • Championnats du monde en route : Zurich (2024) et Kigali (2025)
  • Monuments : Il Lombardia (2021, 2022, 2023, 2024 et 2025) ; Liège–Bastogne–Liège (2021, 2024, 2025 et 2026) ; Tour des Flandres (2023, 2025 et 2026) ; Milan–San Remo (2026)
  • Jeux olympiques : bronze sur la course en ligne à Tokyo 2020

Cette Vuelta ne se jouera pas à un seul contre le vent. Le UAE comptera sur un bloc solide autour de Pogacar : Joao Almeida (une vraie option pour le général), Jay Vine, Pavel Sivakov, le jeune Espagnol Pablo Torres, Ivo Oliveira, Kevin Vermaerke et Domen Novak.

En face, la liste s’étoffe : Mads Pedersen et Mattias Skjelmose ont déjà annoncé qu’ils feraient le déplacement, Wout van Aert est attendu à la sortie, et Sepp Kuss ainsi que Primož Roglič sont également évoqués. La grande question, elle, porte un nom : Jonas Vingegaard. Le tenant du titre à La Vuelta n’a pas dévoilé ses plans après son abandon sur chute au Tour. S’il est au départ, la Vuelta pourrait bien prendre la forme de la revanche que tout le monde espère.

Quoi qu’il arrive, La Vuelta a déjà gagné quelque chose : le champion du monde, celui qui poursuit Merckx dans les statistiques comme on poursuit un fantôme, a choisi les routes espagnoles pour tenter de refermer la boucle de sa carrière. Sept ans après qu’un jeune inconnu de 20 ans ait frappé fort vers Los Machucos, Pogacar revient au point de départ. Cette fois, il ne vient pas pour “se présenter”. Il vient pour couronner l’histoire.

Points à retenir

  • Départ à Monaco le 22 août, avec un contre-la-montre individuel de 9,6 km à domicile (enfin, “chez lui”).
  • Parcours pensé pour la bataille : deux chrono au total, dont un de 32,5 km, et sept étapes de montagne.
  • Pogacar vise un cercle complet : gagner La Vuelta le rapprocherait d’un rang historique, dans un sport où “il manque juste une case” finit souvent par devenir… obsessionnel.
  • Le UAE arrive en groupe, pas en escorte : Almeida et plusieurs coureurs capables de tenir le rythme seront là pour aider, au-delà du scénario “Pogacar seul”.
  • Jonas Vingegaard reste l’inconnue. Son éventuelle présence transformerait la Vuelta en duel de calendrier… et pas seulement en compétition.

À mes yeux, cette annonce dit une chose assez claire : la Vuelta 2026 a déjà le profil d’une édition qui va obliger les équipes à sortir de leurs habitudes. Et si Vingegaard répond présent, on aura peut-être droit à ce genre de confrontation qu’on raconte pendant des années. Je trouve ça excitant, et je garde un œil attentif : quand un champion choisit une course pour “compléter” son histoire, ce n’est rarement pour faire de la figuration — c’est pour écrire une suite. En tant que journaliste, je serai là pour défendre l’idée que le spectacle, lui, mérite qu’on le prenne au sérieux.


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